Nous avons vu ensemble que le vote était déterminé donc par des variables sociologiques, mais que celle-ci produisait pas exactement les mêmes effets que par le passé. Donc nos variables, elles jouent toujours fortement, on pourrait dire, mais pas de la même manière. Puisque les effets des anciens clivages ont évolué, on s'est alors interrogé. On s'est demandé si ce signe devait pas plutôt être remplacé. Et donc on a cherché à trouver des clivages substitutifs, voire finalement de nouvelles variables n'étaient pas plus puissantes, n'avaient pas des déterminations, des conditionnements, vous saisissez bien sûr ces logiques sur l'orientation du vote.
Quels sont alors les nouveaux clivages électoraux qui ont été envisagés ? On peut brièvement se focaliser sur quelques phénomènes qui ont été relevé, disons, dans les dernières décennies. Un nouveau clivage est devenu particulièrement discriminant, disons au tournant du siècle, à peu près 25 ans, c'est celui qui oppose le secteur public au secteur privé, opposition secteur public, secteur privé. Ce clivage électoral, il a d'abord été posé dans d'autres pays, il a été relevé en Grande-Bretagne dans les années 1980 à peu près.
Et donc cette polarisation électorale, vous avez saisi, elle opposerait surtout les salariés du public d'un côté, aux indépendants du privé, les non-salariés de l'autre. Ce sont deux catégories qui ont composé le nouveau socle électoral à gauche et à droite, disons à la fin du socle dernier au Royaume-Uni. C'étaient les clivages finalement les plus opposés, les pôles radicaux pour le dire simplement. Dès lors, certains ont cru un temps de voir comme le nouveau clivage électoral le plus discriminant en matière de vote.
Donc dans le cadre de nos variables lourdes, ce serait finalement les nouvelles variables lourdes, au delà simplement du genre, de l'effet de la jeunesse, et ce qu'on avait vu sur tous les variables socio-économiques ou religieuses. Et de fait, donc ce clivage remplacerait l'ancien clivage ouvrier indépendant. Alors, qu'est-ce qu'on constate dans le cas français ? Eh bien lors des élections présidentielles de 2012, les salariés du public sont le segment le plus capté par François Hollande devant toutes les autres composantes socio-professionnelles.
Ils recueillent quasiment les deux tiers, disons un peu moins, les chiffres précis sont pas si importants à connaître, mais que vous ayez bien sûr une idée en valeur absolue, autour d'un peu plus de 60% des votants salariés du public ont voté pour François Hollande. Par comparaison, eh bien Nicolas Sarkozy, on l'avait vu ensemble, il obtient quasiment 70% des commerçants et artisans. Donc en 2012, c'était un clivage électoral qui est beaucoup plus déterminant que le clivage ouvrier non ouvrier.
Cependant, ce qu'on peut dire, c'est que les années Macronistes ont conduit à un reflux de ce clivage. Il ne s'est pas confirmé la décennie suivante en France, et on peut dire que ce clivage public privé, il a été peu discriminant que ce soit en 2022 ou en 2024. Ça signifie qu'il y a plutôt un éclatement du vote des salariés de la fonction publique d'État, et qui est relativement équivalent entre les différents blocs qu'on connaît aujourd'hui. Et donc, le fait d'être salarié du privé ou du public ne serait pas le facteur le plus discriminant.
Alors pourquoi je vous le cite ? C'est que les en moins quelques évolutions sont tout de même tout à fait notables. Désormais, les enseignants qui se positionnaient à gauche, on parlait de la forteresse enseignante, sont moins nombreux que ceux qui se positionnent au centre ou à droite, et donc c'est un changement véritablement majeur. L'autre fait marquant, à nouveau, c'est bien sûr l'apercer de l'extrême droite. Et cette fois-ci, on constate que le clivage public privé devient pertinent pour relever tout de même une implantation forte du RN, donc je le redis, il y a bien une ventilation des salariés du public, selon les candidats des trois pôles, mais il y a de fait aussi une percée du secteur du reassemblement national dans le secteur public.
Lors des élections régionales de 2015, il y a déjà une dizaine d'années, on a assisté à une percée du front national dans des secteurs qui étaient alors ciblés, fonctions publiques hospitalières, entreprises publiques, et qui avaient des votes au-dessus d'un tiers des votants, donc tout à fait notables. On notera également que la catégorie la plus perméable est sans surprise la catégorie C des fonctionnaires, donc celle des personnels le moins qualifiés, donc le moins diplômés, qui recouvrent donc d'autres logiques du vote qu'on avait vu ensemble.
On voit alors que cette donnée se manifeste pour la montée du vote RN chez les aides soignants, les manutentionnaires du secteur public, qui bien sûr manifeste cette logique. Enfin, dernier élément qu'on peut citer alors sur ce clivage public privé, on dispose d'une enquête relativement récente de 2024 qui indique l'importance du vote reassemblement national chez les fonctionnaires, relevant donc des domaines cette fois-ci de la sécurité. Donc, domaines régaliens de la sécurité, des militaires, des policiers, gendarmes. Or, ce segment, il a rarement été enquêté, mais donc désormais, on dispose d'une enquête du centre de recherche de Sciences Po et qui relève une captation importante qui serait quasiment d'un sur deux, donc plus de 50% des votants de ce domaine de la sécurité auraient voté Rassemblement national lors des derniers cycles électoraux.
Naturellement, cette étude devra être approfondie, confirmée par d'autres études, mais immanquablement, le fait est tout à fait remarquable. Donc, premier clivage substitutif qui a été interrogé, c'est ce clivage public privé qui finalement, ce n'est pas totalement substitué au clivage antérieur et aux oppositions classiques, mais en même temps, qui a un certain nombre de spécificités que je viens d'évoquer. Un deuxième clivage mérite d'être interrogé, longtemps, l'effet possible du clivage ethnique a été négligé en France. Alors, ce nouveau clivage est apparu dans les débats des enquêtes électorales, autrement dit, pour elle signifier très simplement, existe-t-il un vote ethnique.
Alors, pendant longtemps, le clivage ethnique n'a été évalué qu'aux États-Unis, c'est dû naturellement au fait que le pays est un pays d'immigration, de forte immigration, pays naturellement marqué par l'esclavage, puis par la ségrégation, et donc des questions posées par les études électorales, à donc porter au départ, et bien sur le vote des Afro-Américains. On interrogeait la différence de vote entre population noire et population cocazienne pour aller vite, et donc ces interrogations sont posées dans les études électorales dès 1948 aux États-Unis, donc juste dans l'après-guerre.
C'est assez ancien des études tout à fait historiques. Par extension, les enquêtes se sont intéressées, bien sûr, aux autres minorités ethniques, hispaniques, asiatiques. Quelques remarques alors sur ce d'abord cadre américain, ne faut pas se tromper, à l'origine, les citoyens afro-américains, ils votent républicains, et non pas donc démocrates. Le parti républicain, historiquement, à la fin du 19e siècle, c'est le parti anti-esclavagiste. Le parti qui a interdit l'esclavage, il faut le rappeler, c'est le parti d'Abraham Nelkon. Le basculement alors du vote afro-américain ou africain-américain, vers les démocrates, il intervient surtout dans les années 30, avec le New Deal et l'arrivée au pouvoir de Franklin Delano-Rousvette.
Et donc à partir de cette date, désormais, le clivage racial ou ethnique est le premier facteur de clivage électoral aux États-Unis. Or, les études ont montré que le sentiment d'appartenance au groupe ethnique est crucial, plus que le simple accord sur les projets politiques du parti. Et donc un ouvrage classique indique que l'affiliation partisan résulterait d'une mémoire de l'oppression, de ceux qui partent, qui marchent, l'expression a été employée, ceux qui marchent à pied derrière la mule. C'est le titre d'un ouvrage paru il y a quelques années.
C'est l'idée qu'il y a une mémoire collective d'un groupe dominé, ceux qui marchent à pied, qui définit alors l'orientation durable du vote. Donc pour le dire simplement, vous saisissez bien cette logique, l'appartenance ethnique va fonder une véritable communauté de destin. Et donc les électeurs africains américains vont durablement voter pour le parti qui est vu comme celui qui les protège, qui les défend. Et donc si l'on synthétise le vote ethnique, il correspond à un vote des minorités pour le parti perçu comme leur défenseur.
Le courant politique, le parti au service des dominés, et comme j'indique, ça signifie donc que la logique du programme sur l'intervention de l'État, les politiques libérales, les politiques sociétales sont secondaires en réalité. Néanmoins, on pourrait penser qu'on se trompe en définissant en effet cette variable ethnique comme une variable primordiale. Si on retrouve nos logiques de corrélation et de causalité, que j'indiquais des nos premières leçons, attention, on s'offre ce commun, il existera en réalité une same corrélation entre le vote ethnique et le vote démocrate aux États-Unis, une corrélation statistique.
Mais en réalité, la causalité, l'explication serait tout autre. Il y aurait l'intervention donc d'un autre facteur, d'une autre variable. Alors l'idée avancée est que derrière le vote ethnique se cache en réalité la variable de la situation sociale. Et donc vous avez compris, c'est pas l'identité ethnique qui compte mais ce serait le statut social, la variable socio-économique et on retrouve l'enjeu bien sûr d'une risque d'erreur fondée sur notre sens commun. Or on le voit très bien, les couches populaires urbaines votent historiquement démocrates, et ces minorités afro-américaines sont sur-représentées dans ces catégories sociales populaires.
Donc on se trompe des faits en réalité de déterminant. Comment trancher, vote ethnique ou vote social ? On cherche à isoler la variable pertinente. On peut le faire si on observe ce vote ethnique, cette fois-ci chez des classes moyennes ou des classes supérieures. Le résultat est très clair. Le fait d'améliorer sa situation socio-économique pour ces catégories de population n'a pas conduit à voter pour un autre parti, manière majoritaire que le parti démocrate. Donc les professions libérales, les lawyers afro-américains et quatre d'entreprises, ils votent démocrates.
Ce phénomène a été notamment dans les années 70-80 lorsqu'une classe moyenne noire afro-américaine va émerger aux États-Unis. On constate qu'il n'y a pas eu de ce qu'on pourrait appeler un réalignement vers les républicains. Conclusion intermédiaire, vous le voyez bien, il existe bien aux États-Unis un vote ethnique identitaire qui ne se résume pas au vote de classe ou socio-économique. On a donc une variable tout à fait significative. Cette captation du vote ethnique des minorités est en réalité une captation plus ou moins diffuse.
Et donc on va aussi la retrouver, cet effet du parti porteur, défenseur des minorités chez donc les autres populations, populations asiatiques, hispaniques aux États-Unis. Alors j'ai fait un détour par les États-Unis car l'effet du vote ethnique a été depuis lors interrogé en Europe. Premièrement les travaux sont venus de Grande-Bretagne, donc travaux à nouveau anglo-américains et donc il a existé de études nombreuses en sociologie électorale, donc toute une tradition. En ce qu'on constate c'est que l'effet est vérifié.
La minorité non-coccasienne, elle vote essentiellement travailliste, plus grande propensant à voter pour le parti travailliste. On a parlé alors, selon les termes, je dirais de la littérature anglo-américaine, de race vote, donc on préférera dans le cadre français parler de vote ethnique. Alors qu'en est-il en France ? Eh bien pendant longtemps, il n'y a pas eu de travaux. La raison tient plusieurs facteurs, allez on peut dire à la fois culturelles et historiques. D'abord le modèle républicain universaliste, eh bien que c'est opposé à l'existence d'un recensement ethnique.
Et donc en France c'est interdit par la loi, la loi d'après-guerre des années 50 et le usage de la statistique, c'est pas important à connaître tous ces détails, mais la loi informatique et Liberté de 78, donc il y a la législation interdit d'avoir ces repérages ethniques en France. C'est aussi on doit le dire une norme sociale, du fait de notre passé et du poids de la classification d'État qui a parfois été faite en France et notamment sous le régime de Vichy.
Néanmoins ce qu'on peut dire c'est que des travaux ont été rendus possibles, c'est le cas de recherche scientifique, académique, parce qu'elle peut obtenir des dérogations. Et donc on a bien dans la période récente des études qui ont été menées sur le rapport au politique de ce qu'on a appelé l'étude célèbre des Français issus de l'immigration. Alors n'obtons d'abord qu'en France on n'a pas cherché à évoluer l'impact du vote des minorités par rapport à la variable sociale.
Donc ce que je vous ai présenté pour notre cas américain. L'enjeu il a plutôt porté sur le rapport à la religion. J'avais essentiellement, je m'étais focalisé sur la question du vote religieux autour du vote catholique en France. Mais cette fois-ci on a cherché à évaluer la variable pertinente. On a comparé la variable ethnique ou d'origine avec l'orientation politique des musulmans. Et en effet on constate que les musulmans votent majoritairement à gauche et ce durablement les seuils peuvent varier selon les types d'élections nationales ou local européennes mais c'est autour de 60-70%.
Or des enquêtes ont montré que ce vote à gauche se mesurait aussi pour d'autres populations issus de l'immigration déclarant une autre religion. Ainsi dans une enquête d'une dizaine d'années il ressortait que des ressortissants français mais issus de l'immigration d'Afrique noire catholique sont majoritaires à se placer eux-mêmes à gauche quasiment 65%. Et donc on voit très bien que le vote à gauche de population ici d'une immigration extra-européenne est bien plus proche de notre modèle américain. C'est un vote qui est fondé sur la perception que la gauche les défend.
Et donc on voit que la variable religieuse en réalité elle joue faiblement. Et donc c'est avant tout un vote d'identité ou de minorité. La gauche est vue alors comme proche des revendications des français issus de l'immigration et en l'estat de l'immigration extra-européenne. Donc on retrouve notre vote de ceux qui ont le sentiment d'agir et d'être derrière la mule pour le dire simplement dans le cadre des normes posées aux Etats-Unis. Quelques chiffres le montrent très bien. Le vote des populations musulmanes et captées par François Hollande en 2012 puis Jean-Luc Mélenchon c'est le cas au premier tour de l'élection présidentielle avec un vote musulman à plus de quasiment 40% et il se répartit pour le reste avec Emmanuel Macron qui est autour de 25% et puis une répartition dans les autres candidats.
On constate aussi qu'en 2022 il y a cette fois-ci un vote extrêmement important des populations qui se déclarent musulmans le vote musulman est capté à quasiment dans les 70% pour Jean-Luc Mélenchon. On constate que s'agissant des élections européennes de 2024 les données semblent tout à fait corroborer ses études. On dispose d'un sondage post-électoral qui a été publié par le journal La Croix et qui indique que plus de 60% des musulmans votants auraient voté pour la liste France Insoumise.
Mais l'étude est intéressante parce qu'à nouveau le facteur religieux semble donc en réalité secondaire. On notera que 80% de ces personnes interrogées indiquent que la question palestinienne a été centrale dans leur choix qui n'est donc pas une question religieuse et la lutte contre les discriminations est jugée déterminante à nouveau à peu près par 80% des musulmans contre seulement un peu plus de 40% dans la population générale. On retrouve bien l'effet de ce vote de minorité le modèle du vote pour le parti porteur de la minorité semble donc étayé.
L'élore on peut terminer cette présentation en indiquant que le gouvernement a une présentation en indiquant que le clivage des minorités pourrait devenir un nouveau clivage des jeunes en milieu populaire la popularisation par dons nouvelles en matière de vote à grand trait on pourrait dire elle opposerait un jeune ouvrier manutentionnaire en chômeur qui a une propension à voter rassemblement national ou à s'abstenir et des jeunes plutôt issus de l'immigration extra-européenne qui ont tendance à s'abstenir