Quels sont les fondements de l'abstention ? On peut dire que de multiples variables interviennent et si on essaie de s'instelliciser on peut s'intéresser, il me semble à trois séries de facteurs, trois séries de variables qui sont centrales. Naturellement les caractéristiques sociologiques sont parmi les facteurs les plus discriminants. La distance à l'acte de vote est d'abord un phénomène générationnel. En France les jeunes votent moins que les personnes plus âgées, on a alors parfois évoqué l'expression d'un moratoire, la nécessité d'un temps d'insertion dans la vie sociale avant de s'intéresser au vote, une période plutôt transitoire, et donc les 18-24 ans et la catégorie qui vote le moins, quelle que soient les élections, c'est un phénomène assez durable.
On peut citer ainsi plus de 40% d'abstention, premier tour de l'élection présidentielle de 2022. Mais ce phénomène il est aussi et peut-être surtout générationnel, ce qui signifie que les jeunes d'aujourd'hui votent moins que les jeunes du passé et surtout ils appartiennent de moins en moins à la catégorie des votants systématiques. Ces votants systématiques ce sont celles et ceux qui vont voter à tous les scrutins à peu près toutes les élections. On constate alors que toutes les études confirment ensuite que l'appartenance à des catégories sociales moyennes supérieures, conjugées à un niveau d'instruction élevée, et bien sont des facteurs qui sont favorables à la participation électorale.
Et donc à la vœrse, l'abstention est la plus élevée dans les groupes sociaux défavorisés et des personnes qui ont à faible niveau scolaire. Donc on assiste à la conjugaison de deux variables, le niveau scolaire, le capital culturel et la position sociale plutôt centrée sur le capital économique. En 2022, lors de l'élection présidentielle, les chômeurs et les ouvriers sont les catégories qui s'absièment le plus au premier tour. Le chiffre est toujours supérieur à 30% selon les différentes enquêtes.
Au premier tour des élections législatives de 2024, quel que soit les instituts de sondage, le ratio est de 45% d'abstention pour les ouvriers. Et donc on est à peu près à plus dix points parfois, douze points supérieurs à la moyenne. Et donc on voit très bien que c'est le taux le plus élevé de toutes les catégories socio-professionnelles. Pour conclure alors sur ce point, on parle alors d'un phénomène d'abstention différentielle. L'abstention différentielle, c'est celle qu'ils mesurent les différences entre catégories sociales.
Ce point des déterminants sociaux, il est cependant insuffisant pour permettre d'expliquer l'ensemble du phénomène abstentionniste. Les abstentionnistes ne sont pas tous issus de milieux défavorisés. C'est un facteur qui est fortement discriminant mais qui n'est pas suffisant. En 2017, au premier tour de l'élection présidentielle, on constate qu'un tiers des étudiants ne se sont pas déplacés et en 2022, près de 20% des diplômés du supérieur. Autre chiffre tout à fait marquant, en 2024, premier tour des élections législatives, eh bien on n'a pas moins d'un tiers des cadres qui ne vont pas se déplacer.
On peut alors évoquer une explication fondée cette fois-ci sur les mutations du rapport à l'acte de vote, deuxième série de variables importantes, ces mutations du rapport au vote. On peut alors constater qu'on a assisté à l'apparition de ce qu'on pourrait appeler un nouveau modèle de citoyenneté. Le processus de modernisation dans les démocraties occidentales a conduit à l'élévation de la compétence des citoyens, niveau d'information, niveau de connaissance et ces citoyens compétents sont porteurs de nouvelles demandes, de nouvelles attentes.
Et donc si ces demandes ne sont pas satisfaites, eh bien l'une des réponses possibles c'est l'abstention. On parle de sortie du jeu politique. Cette augmentation de la compétence des citoyens, eh bien elle s'accompagne d'un regard beaucoup plus critique sur le fonctionnement de la démocratie. Et donc les études d'opinion, notamment celles qui paraissent dans des enquêtes par le centre de recherche de Sciences Po, le CVPOP, eh bien montrent une crise de confiance dans le personnel politique, un déficit de confiance qui n'est pas totalement porté sur la démocratie même si ce déficit augmente, mais qui est central sur ses acteurs.
Et donc on voit qu'on a l'apparition bien sûr de citoyens qui ne sont pas dépolitisés mais plutôt désenchantés. Ce processus, il s'accompagne d'un autre phénomène, une nouvelle citoyenneté voit donc le jour depuis une trentaine d'années, la participation politique ne se résume pas à l'acte électoral qui ne serait construite finalement comme le seul acte civique qui soit possible. Et donc ça signifie que la participation politique elle prend de multiples formes. Et donc parmi elle l'abstention est conçue tantôt comme une sanction un rejet ponctuel de l'offre politique.
S'abstenir devient donc une pratique politique ordinaire qui n'est donc plus perçue comme illégitime. Et donc c'est une grande nouveauté par rapport aux décennies précédentes. On voit très bien que le droit civique désormais, eh bien c'est aussi le droit de ne pas aller voter. Le droit civique c'est ce droit de ne pas aller voter. On voit dès lors que dans un pays comme la France eh bien l'abstentionnisme intermittent est devenu presque la norme. La participation électorale constante c'est l'exception.
Autrement dit nos abstentionnistes intermittent ils sont devenus largement majoritaires en France. Si l'on synthétique donc à partir de ces deux premières séries de variables on aurait donc au final de type de profil d'abstentionnistes. Un abstentionniste plutôt déterminé par des facteurs sociologiques et un abstentionnisme plutôt politisé mais défiant vis-à-vis du pouvoir politique. On parle parfois d'un abstentionnisme subi et plutôt d'un abstentionnisme protestataire et volontaire. Cette distinction eh bien le permet de comprendre des revinements possibles conjoncturels, certains noms de revirement.
C'est dans cette dernière catégorie les abstentionnistes protestataires qu'on constate finalement l'importance des populations politisées. Et donc on peut prendre comme exemple des remobilisations stratégiques pour faire barrage à certains montés de évolution de tendance politique et notamment à l'extrême droite. Ce phénomène est intervenu à plusieurs reprises. Historiquement, sans doute le fait le plus marquant pour une remobilisation au second tour de l'élection présidentielle intervient en 2002, c'est suite à la qualification Jean-Marie Le Pen pour le second tour de l'élection présidentielle.
Or ce qu'on constate c'est qu'il y a une augmentation de 8 points de participation entre le premier et le second tour. 28% d'abstention au premier tour et pas ça à peu près à 20% au second tour, c'est bien cette logique de remobilisation. Deuxième exemple qui le montre assez bien, ce phénomène a été relevé pour les élections régionales de 2015. Second tour des élections régionales eh bien là aussi il y a une augmentation à peu près de 8 à 10 points.
Or on peut le mesurer, ce phénomène disons plutôt politique, c'est que la progression de la participation est notable dans des régions où le Front national était arrivé en tête au premier tour et donc où il avait des chances de l'emporter. C'est donc bien une participation réactive pour contrer cette percée. Je terminerai sur ce point pour signifier qu'à l'inverse cette dimension stratégique peut jouer aussi en faveur de la démobilisation. Et donc en 2022 on constate que les lectorats de gauche est l'acé de se déplacer pour un candidat qu'elle ne souhaite pas et c'est avant tout les lectorats de la France Insoumise, d'Europe écologie lévers, des écologistes qui s'est abstenu au second tour de la présidentielle.
J'indiquais trois séries de variables et bien il faut tenir compte enfin d'un dernier cycle de facteurs, c'est ce qu'on peut appeler les facteurs contextuels. Les politistes parlent de facteurs de facilitation ou des facteurs de restriction de l'acte électoral. Alors ces variables pour mesurer cette tendance sont extrêmement variées. Elles ont trait à des données politiques, il y a l'offre électorale. Si le nombre de candidatures peut jouer, le type d'élection également bien sûr, le fait qu'il s'agit d'une élection partielle qui va moins mobiliser, elles concernent également des données juridiques et institutionnelles.
Donc on voit que ces facteurs sont multiples. On peut parler des cycles électoraux, on peut parler aussi des modes de scrutin. Au titre de ces contraintes, je ne ferai pas une longue litanie dans ce cours de première année sur l'ensemble de ces paramètres, je présenterai simplement deux enjeux qui me paraissent importants qui ont créé des dispositifs administratifs ou juridiques. La question clé ici est celle des modalités de l'inscription sur les listes électorales tout d'abord et de fait on peut relever plusieurs modèles d'inscription sur les listes électorales.
On peut citer le modèle universel qui correspond à une faible contrainte d'inscription pour les citoyens. L'inscription peut ainsi s'opérer d'office, c'est le cas dans certains pays d'Europe à partir généralement des fiches de domiciliation, c'est le cas en Allemagne, en Italie, en Belgique, en pluralité de pays. Le deuxième modèle relatif à l'inscription électorale, c'est le modèle qu'on peut qualifier de modèle volontaire qui correspond à une obligation pour le citoyen, c'est volontaire, il doit effectuer une démarche, mais cette démarche est relativement facilité.
Il correspond dans la situation actuelle pour partie aux États-Unis. Ça peut paraître contre-intuitif, ce pays a longtemps caractérisé un mode de restriction d'accès aux votes avec des mobilisations notamment pour les droits civiques. Mais depuis le milieu des années 90, une campagne de facilitation aux votes a été lancée. On peut citer un Voter Registration Act sous le mandat de Bill Clinton. Et désormais, vous avez une trentaine d'étages, c'est très juste ce cas, qui exige une inscription un mois seulement avant l'élection et dans d'autres états on accorde l'inscription même à dix à vingt jours si vous ne vous êtes pas inscrits aux élections.
On a même des cas d'école, on a deux états qui acceptent l'inscription le jour même. Vous allez voter et vous inscrivez en même temps. Ce modèle volontaire, il correspond aussi à un modèle de votation qui facilite le vote par anticipation. Il y a beaucoup de discussions lors des élections présidentielles de 2020. Il s'agit d'une participation par correspondance, à distance, mais aussi sur une participation à l'avant sur plusieurs semaines dans des bureaux. Il a été systématisé aux États-Unis depuis 2004 et il est devenu ainsi possible dans une majorité d'états.
Néanmoins, on constate que du fait du système fédéral, il y a des revirements qui existent aussi et qui peuvent modifier ce que je viens de vous présenter. Dernier modèle enfin, et qui on en vient à nos contraintes, c'est un modèle que j'appellerais de modèle volontaire mais contraignant. Vodel universel, modèle de démarche volontaire, modèle volontaire contraignant. Cette fois-ci, il faut procéder à une démarche mais les modalités constituent de véritables barrières aux votes. Le principal problème réside dans un phénomène qui a largement été étudié aujourd'hui, c'est celui donc de la malinscription.
Il s'agit de cette malinscription d'une distance physique entre le bureau de vote où l'on est inscrit et l'habitation de résidence. Cette malinscription en 2022, elle a concerné à peu près à plus de 16% des inscrits sur les listes électorales en France. Donc si on fait un ratio, ça correspond à plus de 7 millions de personnes. Donc ça n'est pas neutre. Cette malinscription, elle va recouper des réalités diverses et affectent des populations variées. D'abord, elle concerne des salariés qui, du fait de leur mobilité professionnelle, ils ne réside pas le plus souvent la où sont inscrits.
Donc ils sont en déplacement et le jour du vote, ils ne vont pas faire des procurations et ne vont pas se déplacer. On peut citer également des personnes issus de milieux populaires qui ont déménagé dans la même commune mais qui n'ont pas jugé bon déclaré changement et donc le bureau est vu comme assez éloigné et ils ne vont pas les voter. Enfin les jeunes sont la catégorie d'âge, la plus malinscrite. Ça recoupe bien sûr nos contraintes sur l'effet ensuite de la variable dégénération de l'âge.
Et parmi cette catégorie, les étudiants sont particulièrement touchés. On constate qu'en 2017, eh bien plus de la moitié des 25-29 ans ne résidait déjà plus où ils pouvaient voter. Plus de 50% des 25-29 ans ne résident pas ou plus où ils pouvaient voter. Et donc les études montrent qu'il y a un impact qui est non négligeable et on peut les différencier avec les bieninscrits. Ceux qui sont inscrits classiquement près de leur bureau de vote, eh bien ils vont voter beaucoup plus que la moyenne et ne sont qu'exceptionnellement des abstentionnistes permanents, nos abstentionnistes constants.
Les malinscrits eux, eh bien ils ont tendance à devenir des abstentionnistes structurels. Ils ne se déplacent plus pour aller voter. Et donc on voit très bien que le principal facteur de l'abstention des jeunes se trouverait dans cette malinscription où en tout cas est un facteur important. On a donc vu que l'inscription sur les listes peut jouer comme un rôle majeur de frein à la participation politique. D'aucuns ont alors prenait une politique volontariste pour réduire ces contraintes de l'inscription.
Et on peut dire que le modèle français est en train de basculer de notre modèle volontaire contraint vers le modèle volontaire ou volontariste classique. La France est donc engagée dans cette voie. Cette prise de conscience de ces contraintes notamment portée par des aussi collègues qui ont publié un certain nombre d'expertises sur ce point. Et donc on a ajusté les contraintes juridiques. Simplement je citerai quelques modalités depuis 1997. Une loi en France a instauré une inscription automatique à l'âge de la majorité sur les listes électorales à 18 ans.
On n'a plus d'efforts à faire mais la loi ne tient pas compte des individus qui étaient français et qui sont devenus citoyens avant cette date. Et donc il doit volontairement s'inscrire. Or bon monde ne l'ont pas fait. Autre problème à l'échangement de domiciliation. L'inscription doit donc toujours pour partie se faire volontairement. Et donc sous la présidence de François Hollande après une réflexion l'acte de vote a été modifié. Les effets de cette inscription ont été tout à fait important.
On peut dire qu'il y a une série de lois trois lois ordinaire et organique qui ont été promulguées en 2016. On retiendra parmi les transformations la mise en place d'un fichier unique des électeurs qui est désormais géré par l'INSEE et donc qui a un partenariat avec les communes. Ça simplifie administrativement les inscriptions électorales. Et l'élément plus important c'est la mise en place d'une inscription en ligne. C'est la principale réforme qui vise à permettre aux électeurs de s'inscrire aussi dans un délai très court avant les élections.
Et là, nous voter, troisième élément important, eh bien jusqu'à une période récente il fallait s'inscrire au 31 décembre de l'année précédente avant que se tient donc une élection. Et bien désormais on peut s'inscrire environ un mois avant les élections et même des électeurs, pardon des citoyens qui ont 18 ans entre deux tours, eh bien ils peuvent aussi aller voter au second tour. Et donc si vous m'avez suivi, on constate bien que ces nouvelles règles ont déjà produit des effets puisque désormais 95% des électeurs potentiels sont inscrits depuis 2022.
Je citerai enfin au titre de ces contraintes un dernier effet qui est l'effet des réformes institutionnelles sur la participation. Et dans le cas français, eh bien la réforme du quinquennat a été améncablement une réforme significative. La réforme du quinquennat est une réforme institutionnelle qui a fait passer le mandat présidentiel comme son nom l'indique de 7 à 5 ans. On peut dire que c'est une réforme politique institutionnelle qui peut avoir avec les questions électorales et d'autant plus avec la participation.
Mais elle s'est accompagnée en réalité de deux autres effets très importants, pas simplement la réduction du mandat. Elle a conduit à coupler les élections présidentielles et législatives. Premier effet important. Deuxième effet, eh bien le choix a été fait de laisser les élections présidentielles se tenir avant les élections législatives pour conserver la logique de l'esprit de la 5e République, primoté présidentielle. Mais donc vous le voyez, la conséquence c'est que les élections législatives sont devenues des élections de confirmation.
Et donc les électeurs, qui se ponçoivent comme des perdants à la présidentielle, eh bien ne souhaitent pas s'opposer au choix effectué par les autres citoyens. Et donc la réforme du quinquennat a donc eu aussi pour conséquence la croissance de l'abstention aux élections législatives. Elles ne sont plus décisionnelles et donc on voit très bien que la campagne menée par la France Insoumise pour faire de l'élection législative, l'élection décisionnelle en 2022, eh bien elle n'a pas produit des faits notables.
Les électeurs ne se sont pas remobilisés en masse. En revanche, eh bien on peut constater en 2024 du fait de la dissolution qu'elle a conduit alors cette dissolution à une remobilisation inédite. Je l'ai dit, et donc elle a transformé l'élection législative en élection décisionnelle classique en régime parlementaire. On s'est ainsi intéressé aux enjeux de la participation électorale, mais la sociologie politique cherche ensuite à comprendre non pas les conditions de mobilisation, mais les fondements même du choix électoral.
Expliquer l'orientation du vote chez les électeurs, chez les citoyens. C'est donc la question centrale de l'explication des préférences électorales.