Cours 42 - La participation politique

SCIENCE POLITIQUE · Semaine 10 : Comportements politiques 4, la participation politique (engagements et mobilisations)
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Quels sont les grandes mutations de la participation électorale ? On peut d'abord faire un état des lieux de la participation. Plusieurs remarques peuvent ainsi être faites. Il est d'abord possible d'établir en premier lieu une temporalité ou des cycles de la participation depuis 1945, disons en Europe occidentale. La première tendance fut celle d'une croissance continue de la participation électorale, on peut dire de la preuve guerre à peu près jusqu'au début des années 1980. Le taux d'abstention est alors relativement bas, faible.

Le chiffre est autour de 10% en Allemagne dans les années 60 pour les élections législatives. Donc ça signifie si vous m'avez bien suivi, 90% des personnes inscrites, 80-90% vont se déplacer. À partir de la fin des années 70, tout début des années 80, on assiste alors à un déclin progressif de la participation électorale. Ce qui est notable, c'est qu'il s'agit d'une tendance lourde. C'est-à-dire que le mouvement de démobilisation électorale a atteint une majorité de pays d'Europe occidentale, même dans les pays les plus participatifs.

On peut dire que la chute a été en moyenne toujours supérieure de 10 points. Et donc il suffit pour cela de regarder le cas français qui est assez symptomatique. Simplement, je ne vais pas essayer de vous assainer trop de chiffres, mais il faut tout de même en donner certains. Le taux moyen d'abstention au premier tour des élections législatives pour les 30 premières années de la 5e République était autour de 20%, donc des années à peu près de 1958 jusqu'aux années 1988.

Il est passé à plus de 40% les 30 dernières années de 1993 à 2022. Donc on a une augmentation à minima autour de 15 et même jusqu'à 20 points de différence. À ce jour, le record d'abstention est de fait intervenu au second tour des élections législatives de 2017 avec 57% d'abstention. Cette désinfection, on peut dire qu'elle était diffuse. Il en a à peu près de même pour des élections locales comme les élections départementales, régionales et également pour les élections européennes.

Le phénomène est-elle que l'on a parlé de crise de la participation électorale, de démocratie en crise, d'une désaffection pour les élections donc dans nos démocraties contemporaines. Alors j'ai longtemps présenté dans ce cours ces leçons, ces tendances lourdes, elles sont largement étudiées dans des enquêtes qui sont publiées et elles sont reprises dans la plupart des manuels de sciences politiques autour de cette démobilisation. Alors néanmoins, il ne semble qu'à ce jour, l'on peut proposer tout de même un autre regard.

Si l'on fait un état des lieux, actuel, cette lecture mérite sans doute d'être désormais relativisée ou nuancée. On peut avancer alors à nouveau plusieurs remarques autour de cette tendance. D'abord, il a toujours existé des différentes fortes entre pays au sein de l'Europe, notre Europe occidentale. On est en réalité face à un panel de situations d'Europe. On peut relever à l'extrémité disons deux groupes opposés, d'abord un groupe de pays particulièrement civique où les populations votent toujours à plus de 80%.

Cela concerne bien sûr, je pense que vous l'aurez à l'esprit, les États où le vote est obligatoire naturellement. Donc on peut citer le cas belge qui avoisine les 90%, en tout cas plus de 80%, c'est aussi le cas des pays d'Europe du Nord où il n'y a pas de vote obligatoire, la Suède, le Danemark, la Finlande. Les électeurs votent aux élections législatives, c'est le cas dans les dernières élections, généralement également à plus de 80%. A l'opposé, on peut citer des pays d'Europe centrale et orientale qui sont donc de jeunes démocraties, elles accèdent à la démocratie après l'effondrement des régimes communistes, or ces régimes ne sont pas dotés d'une tradition démocratique fortement ancrée.

Et donc la participation y est très faible. Un électeur sur deux se déplace, parfois l'abstention a pu être supérieure à 70%, et donc ça correspond à une situation actuelle, on peut citer sur d'autres la Roumanie ou même la Bulgarie. Cependant ces pays sont désormais être l'exception, ils sont plutôt minoritaires. Deuxième remarque, pour les autres pays, le pôle le plus important, on pourrait dire, on peut dire que la période de déclin électoral s'est stabilisée depuis une dizaine d'années.

Donc il ne faut pas au plus surévaluer le déclin de la participation électorale en Europe occidentale. Actuellement, généralement pour l'ensemble de ces pays, les deux tiers des électeurs se déplacent lors des élections législatives. Suivez de regarder ce qu'il y en a des élections récentes dans nos pays voisins en 2023-2024. En Espagne, il y a à peu près 70% des électeurs qui vont voter, même chose en Autriche, c'est supérieur à 70%, quasiment 80%, on peut citer l'Allemagne en 2025 avec un taux extrêmement élevé, au la aussi plus de 80%, ça a été plus faible au Royaume-Uni, mais il y avait une forte participation aux élections législatives précédentes.

La France, eh bien on peut dire qu'elle s'inscrit également dans cette tendance à la stabilisation si ce n'est le reflux de l'abstention. On constate une remobilisation notable à la fois lors des élections européennes et législatives en France. 2024, 66% de participation au premier tour des élections législatives et plus de 75% lors du premier tour des élections présidentielles de 2022. Également, tout à fait notable, la mobilisation aux élections européennes a cru de 10 points en 10 ans entre 2014 et 2024.

Élection européenne croissance de plus de 10 points. Le cas des dernières élections locales municipales et communautaires, et tout à fait particuliers, donc nos élections municipales, car il a correspondu à un vote en période de Covid, et donc c'est sans doute un cas à part. En cela, eh bien notre situation française correspond bien à un troisième phénomène qui relativement diffue. Le contexte de crise intérieure et extérieure a conduit à une certaine remobilisation des électeurs et électrices en Europe liées à des tensions au sein de nos sociétés.

Ces tensions accrèment polarisation et la polarisation est mobilisatrice. Ça joue donc la situation internationale et en ce sens, le rapport au Rassemblement national également est favorable ou défavorable et il a sans doute exprimé ce retour aux urnes d'une partie de la population. Ces tensions internationales, quant à elles, elles peuvent jouer dans certains pays. En Pologne désormais, les deux tiers des populations sont allées voter lors des dernières élections législatives et l'objectif c'était de renverser la majorité en place.

Cette remobilisation la joue en faveur d'un courant pro-européen. Cette élection va à l'encombre de la période antérieure qui était plutôt marquée par une forte abstention, ce que j'ai cité tout à l'heure dans le deuxième pôle des pays d'Europe centrale et orientale qui n'allait pas voter. Dès lors, dernière remarque sur cette logique, la lecture critique de la participation en crise en France a sans doute minimisé un enjeu majeur, elle a minimisé le fait qu'il existe un phénomène structurel, les élections décisionnelles mobilisent le plus.

Dernier enjeu majeur, ce sont lorsque les populations ont le sentiment de pouvoir créer une alternance, agir sur la politique nationale, alors ces élections sont beaucoup plus mobilisatrices. Et donc ça correspond aux élections législatives dans nos régimes parlementaires classiques. Ce sont les élections fédérales au bout de l'Estat en Allemagne, les élections à la chambre des communes au Royaume-Uni, ce qu'on appelle les élections générales. C'est là qu'on du aussi tout de même à relativiser la situation en France et la lecture qui a souvent été faite sur le cas à part Français d'une situation en crise.

Cela explique que la comparaison entre les élections législatives françaises et d'autres pays perd de sa pertinence. En France, c'est donc l'élection présidentielle qui est la plus mobilisatrice, avec bien sûr la tout de la forte personnalisation du vote. Et donc si on regarde historiquement les faits, eh bien plus qu'un 80% des électeurs inscrits se déplacent en moyenne. On pourra noter tout même des exceptions mais il me semble qu'elles sont conjoncturelles. Deux situations d'émobilisatrice mérite d'être citées. Première situation c'est la faiblesse des choix d'alternatives.

Seconde situation c'est le fait qu'il y a un candidat d'extrême droite qui est qualifié au second tour. De fait, l'élection autodabstention le plus élevée pour une élection présidentielle intervient au second tour de l'élection de 1969 lorsque deux candidats de la droité du centre se sont opposés et donc il y a eu un taux d'abstention de plus de 30% 31%. On citera le premier tour de 2002 et le second tour de 2022 avec une abstention aussi autour de 28% qui sont des chiffres assez élevés.

Et donc je les citais, la remobilisation de 2024 lors des législatives s'explique aussi par le sentiment que l'élection législative est décisionnelle. L'élection est polarisée et donc elle produit des effets sur le pouvoir politique. Donc on voit bien que les tensions internes et externes, le sentiment que le vote compte, ont joué sur cette nouvelle tendance. Il faudra donc voir si celle-ci correspond à un phénomène durable. Comment comprendre alors ce phénomène de l'abstention d'une partie des citoyens ?

Quelles en sont les fondements ? C'est une nouvelle interrogation centrale sur les conditions de l'abstention.