Notre système de partis est donc fondé aussi sur des clivages partisans qui vont le structurer. En Europe, l'opposition entre familles politiques trouve son origine dans des lignes de clivage très anciens. Elle remontait à la construction même des États-nations. C'est ce qu'ont cherché à démontrer deux auteurs, Seymour Lipset et Stein Rokan. Ils ont construit un modèle d'explications qui est fondée sur une approche qu'on pourrait dire géopolitique. Elle va privilégier donc une dimension à la fois historique et sociale.
Quelles sont alors les grandes caractéristiques de ce modèle ? Deux grandes fractures ont structuré l'histoire des sociétés européennes. Il s'agit d'une fracture, d'une tension très forte issue de la construction de la nation dès le 16e siècle. Elle concerne la révolution nationale. mais s'ajoutent aussi des tensions issues de la révolution industrielle qui cette fois-ci intervient au cours du 19e siècle. On voit bien que ces deux révolutions nationales et industrielles sont communes aux états européens mais elles se sont manifestées différemment d'un pays à l'autre.
Que constate-t-on ? Lorsque ces oppositions, ces clivages sociaux d'intérêt ont été suffisamment importants, ils se sont logiquement traduit politiquement par l'apparition de formations politiques, de partis politiques. Dans d'autres cas, ces tensions étaient insuffisantes et on n'a pas de courant politique qui les a structurées. On voit alors qu'on retrouve la nature ambivalente des partis politiques. D'un côté les partis politiques permettent à des conflits sociaux de se structurer politiquement, ils vont leur donner une voie d'expression, donc de créer des tensions. mais en même temps on peut dire qu'ils vont canaliser ces conflits.
Donc les partis politiques ont été aussi des modérateurs du conflit et des tensions initiales. On voit parce qu'ils vont prendre en charge des revendications d'une partie de la population. Ces deux révolutions que je viens de citer, elles renvoient chacune à deux séries de conflits entre deux courants politiques opposés. Donc deux séries de conflits avec des logiques binaire, de tensions. Donc si l'on compte bien, ça a permis en fait à établir l'identité de huit grandes familles de partis politiques qui se sont structurés en Europe.
Alors parfois dans ces leçons je les ai détaillées, je serai sans doute plus bref. Ce qui me semble important c'est que vous compreniez la démonstration de ces auteurs et la nature même de ces clivages. Si l'on regarde alors l'effet de la première révolution, la révolution nationale a donné naissance d'abord à un clivage opposant l'État à l'Église. Lorsque l'Église a épousé la cause nationale, cela a conduit à apaiser les tensions entre le pouvoir central et l'Église. Ce fut le cas pour illustration au Royaume-Uni.
L'Église anglicane est partie prenante du pouvoir royal et donc la conséquence est qu'il n'y a pas eu de parti sur cette tension, disons confessionnelle. La question religieuse n'est alors pas véritablement centrale dans la vie politique. Au contraire, vous le savez, en Europe continentale, des tensions conduit à la création de partis confessionnels opposés à des partis laïcs, des partis opposés sur différentes confessions et on peut citer le cas belge, le cas français, on peut penser aux partis républicains, radicales et radicales socialistes, sous la quatrième république au mouvement républicain populaire qui est un parti démocrate chrétien et donc ce sont des formations qui ont été très puissante sous la troisième république sous la quatrième république le second clivage induit par la construction nationale et le clivage qui va opposer le pouvoir central aux revendications d'autonomie des territoires c'est un clivage qu'on pourrait appeler le site clivage centre périphérie et donc on notera que des partis autonomistes se sont construits dans des pays où des territoires sont dotés d'une forte identité régionale mais aussi qui s'appuie sur des ressources économiques.
Et donc c'est ces deux conditions lorsqu'elles s'agrègent qui permettent de comprendre le développement de partis autonomistes régionalistes indépendantistes. On le voit par exemple en Espagne, certaines des régions ont pu être des régions relativement riches et en même temps d une identit propre c le cas par exemple avec la Catalogne La r industrielle partir du milieu et surtout de la fin du 19e si pour sa part a donn naissance au conflit le plus structur politiquement Il s bien s d clivage économique fondé sur une opposition sur la répartition des biens et des richesses, des modes de production, ce qu'on appelle parfois un clivage possédant et non possédant.
On l'évoque alors sous l'appellation propriété contre-travail et on voit très bien que les partis ouvriers, les courants sociodémocrates se sont ainsi opposés aux partis conservateurs sur une bonne partie du 20e siècle. On rencontre de fait cette opposition quasiment partout en Europe. Pour le coup le clivage a été structuré de manière significative. La scission entre partis communistes et courants socialistes a pu être présentée comme un prolongement de ce clivage avec la révolution qui serait une troisième révolution, la révolution cette fois-ci russes ou révolution internationale.
Mais cette révolution industrielle, elle a aussi conduit à opposer le milieu rural au milieu urbain. Cette fois-ci, on peut voir que là où les élites rurales, les grands propriétaires fonciers, sont associés à la croissance économique, les tensions étaient apaisées. Ce fut le cas notamment en Grande-Bretagne. Donc l'enjeu crucial sur cette opposition rurale-urbain, c'est la position des élites rurales. Dans d'autres pays du continent, plutôt en Europe du Nord, des tensions ont pu dépoucher sur la création de partis paysans.
On peut citer la Suède ou la Finlande. On a alors parlé de partis agrariens, qui se sont progressivement transformés dans des partis dyscentristes, mais qui viennent de cette tradition. Ce modèle théorique a grandement été discuté au fil des années. la principale question a porté sur l'adaptation du modèle à la période contemporaine. Qu'en est-il des nouveaux partis politiques ? Les fractures citées, les grandes révolutions que j'ai évoquées, sont antérieures aux années 1920, donc avant la révolution russe et donc il y a notre révolution nationale industrielle.
On peut alors s'interroger, est-ce que ces clivages sont une fois pour tout immuables ? Qu'en est-il depuis les années 1920 ? On a pu proposer deux approches afin d'étudier l'apparition des nouveaux partis. Tout d'abord, il s'agit d'établir un lien entre tout nouveau parti et ses clivages traditionnels. Une expression a alors été employée, c'est celle du gel des clivages. Elle signifie ici en fait que l'effet de ces clivages perdure même si on a l'apparition de nouvelles formations.
On peut effectivement constater plusieurs phénomènes dans le cadre de l'apparition des nouveaux partis. Des partis sont nés d'un fractionnement des courants politiques. J'avais parlé des fusions mais là plutôt des logiques de scission. On assiste alors à la multiplication de compétiteurs sur le même versant d'un clivage. Donc cette fois-ci le renouveau des partis correspond à l'éparpillement d'une tendance politique. On voit très bien que cette évolution est notable s'agissant de la libération d'un espace à gauche au début du XXIe siècle.
C'est un cas notable avec le recentrage des courants sociaux démocrates. On peut le voir avec la naissance de Die Linke en 2007 en Allemagne. Ce parti a servi de modèle au parti de gauche qui se crée en France en 2009. Ce parti va se transformer ensuite dans le cadre de la compétition électorale et notamment présidentielle. Il devient la France insoumise en février 2016. On voit que cette apparition et ces transformations ne sont rien moins que la prolongation du clivage possédant-nopossédant des courants à gauche.
Très clairement, dans le cas français, c'est le recentrage du Parti Socialiste qui ouvre une voie avec la scission de son aile gauche qui intervient après son congrès de Reims dans la dernière décennie. Seconde tendance qui s'est manifestée tient à l'apparition de nouveaux partis qui vont cette fois donner corps structurer des clivages qui jusqu latents Donc des tensions sont demeur non prises en charge dans le syst politique d pays Or désormais, ils vont prendre forme. En France, je dirais, on peut le citer à un moment sans doute ponctuel, conjoncturel, mais significatif, avec l'apparition d'un clivage riral urbain, avec la création du parti Chasse-Pêche Nature et Tradition, Elle laisse supposer la traduction politique du cluvage entre un intérêt urbain et un intérêt rural.
Ce mouvement s'est développé sur un peu plus d'une décennie, dans les années 90-2000. Or le parti n'est pas totalement anodin puisqu'il fait plus de 6% des voix lors des élections européennes de 1999. Il va obtenir 6 députés européens. et donc on voit qu'il est dans une position parfois équivalente à ce que peut être le Parti Socialiste aux élections européennes de 2019. On voit que le succès du parti est lié au fait que la France est un pays de chasseurs, ce qui lui a offert une relative, en tout cas à l'origine, représentativité territoriale, dans le Nord avec la Somme, dans la Nouvelle-Aquitaine notamment.
Ce mouvement transpartisan, progressivement il s'est rapproché de la droite et il sera un soutien de François Fillon lors de la campagne présidentielle. Donc on voit que finalement notre grand modèle de création des partis par les clivages permet de comprendre l'apparition de nouvelles formations. Néanmoins une deuxième approche est intervenue au sein de la littérature où on va questionner l'apparition de nouvelles fractures d'ampleur. est-ce qu'il existe de nouvelles révolutions qui structureraient de nouveaux clivages ? Cette fois-ci, ce ne sont pas tant les clivages qu'il s'agit d'interroger que ces révolutions.
Je citerai deux grands types de fractures potentielles qui ont été interrogées. D'abord, l'apparition de clivages relatives aux nouveaux rapports aux valeurs au sein de nos sociétés, qui sont devenues des sociétés plutôt post-matérialistes. Cette analyse s'appuie sur une lecture des transformations des sociétés développées. Cette lecture a été développée par un politologue américain, Ronald Englehart, et au courant des années 1970, il s'est appuyé sur les résultats au sein des enquêtes d'opinion pour définir ce qu'il a appelé alors une révolution silencieuse.
Cette révolution silencieuse, qu'on n'a pas vu venir à bas bruit, serait intervenue dans les Trente Glorieuses, donc disons depuis les années de l'après guerre 1945 jusqu'à la fin des années 60. Il constate que les besoins économiques, matériels, ont été progressivement satisfaits. Il n'y a plus de demande sociale importante sur ces questions. C'est le cas dans, bien sûr, les sociétés occidentales développées. Et donc cela explique qu'à la sortie de cette période, dans les années 70 et après, les populations vont se tourner vers de nouvelles attentes, de nouvelles demandes.
Ils vont revendiquer de nouvelles valeurs, de nouveaux besoins, des besoins dits plutôt immatériels. Cette évolution se traduit par des revendications de nouveaux droits et libertés, des demandes de minorités, on peut penser aux revendications de la communauté LGBT+, la défense aussi de nouvelles valeurs ou de causes. Bien sûr, on pense à l'environnement. Dès lors, cette révolution post-matérialiste se serait traduite par de nouveaux clivages, de nouvelles tensions au niveau politique, avec la formation, vous l'avez compris, de nouveaux partis politiques.
Un clivage industrialiste-écologiste expliquerait la création, sur une même période, des partis écologistes à peu près partout en Europe, disons fin des années 1970, première tentative et modélisation et structuration et stabilisation au début des années 80 et milieu des années 80. Les revendications libertaires sur les valeurs auraient toutefois entraîné une demande d'un retour à l'ordre dans certains courants d'idées, courants de pensée, courants politiques. Cette fois-ci, ça permettrait d'expliquer alors la montée de l'extrême droite en Europe depuis le milieu des années 80.
Un politologue italien a alors employé l'expression de « contre-révolution silencieuse ». Des courants se sont d pour s ces nouvelles revendications sur certaines valeurs en ou de minorit On ainsi l d clivage qui serait un clivage cette fois libertaire contre autoritaire ou aussi clivage universaliste anti universaliste. Ce clivage opposerait donc des parties favorables à une société plutôt ouverte face à ceux qui sont favorables à une société fermée. Donc on On voit que là les tensions se font sur l'opposition liée au thème de l'immigration, de l'intégration européenne.
On peut citer la globalisation ou la libéralisation des échanges. Ici bien sûr, on pense à la création des partis nationaux populistes que l'on peut aussi étudier. Une autre grande révolution ou fracture a été envisagée qui concerne spécifiquement la question européenne. existe-t-il une nouvelle ligne de clivage géopolitique en Europe ? Un clivage qui opposerait des partis anti-européens à des partis pro-européens. Est-ce que la question européenne est suffisante pour structurer ces conflits ? Pour l'heure, ce qu'on peut dire, c'est que de nombreux auteurs considèrent que l'intégration européenne n'a eu encore qu'un impact plutôt limité sur les familles politiques existantes. et donc n'a pas structuré véritablement l'apparition des nouveaux partis.
C'est lié à plusieurs phénomènes qu'on a pu étudier et qu'on peut relever. Il n'existe pas de fait dans l'Union Européenne un parti national qui aurait été créé et géré par un centre partisan au niveau européen. C'est-à-dire la création d'une organisation européenne qui aurait créé ensuite des ramifications nationales. Cela n'a jamais existé. et donc on voit très bien qu'il existe des regroupements de partis européens qui sont nés, on pourrait dire, par en bas. On peut également ajouter que les partis politiques nationaux n'ont procédé durablement à une véritable stratégie de confinement de l'enjeu européen.
Cette stratégie de confinement consiste à chercher à évacuer les questions européennes des débats politiques, de ne pas trop en parler. On parle aussi de stratégie d'absorption qui a été tendancielle durable sur les questions européennes par l'ensemble des partis existants depuis plus d'une trentaine d'années sans doute. On dispose d'une analyse comparée de programmes électoraux nationaux qui a été réalisée par trois pays pour l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni. Cette enquête a été réalisée sur plus de 30 ans, de 1980 à 2013.
Que nous montre cette étude ? Elle montre que l'importance des enjeux européens n'augmente pas de manière continue avec le temps. C'est plutôt déjà en densie, selon les différentes campagnes électorales dans ces différents pays. Et surtout, autre élément notable de cette étude, c'est que la moyenne a durablement était inférieure à 10% des enjeux de campagne. Donc ça n'est pas le thème structurant des campagnes électorales, vous vous en apercevez sans doute. On assiste de plus à une différenciation de traitement de l'Europe par pays.
Ce n'est pas homogène. Dans certains pays, c'est le principe général de l'intégration européenne qui est dépatu, et dans d'autres, c'est plutôt l'angle européen qui est mobilisé dans des débats sur ce qu'on appelle des politiques publiques, les politiques la santé ou les politiques migratoires. Et donc, sauf exception, la question européenne est un aspect du programme des partis, mais il n'est pas structurant. Donc pour résumer ces tendances lourdes, le clivage géopolitique y s'est avéré encore relativement faible. Une dernière question se pose, relative cette fois-ci à la pérennité des partis politiques.
On a vu la création de l'organisation de la forme, on a essayé de voir quelques approches qui nous permettent d'expliquer pourquoi des types de systèmes de partis existent, mais comment se fait-il que cette forme partisane n'ait pas été supplantée ? On peut dire que la réponse tient aux transformations qu'ont su apporter les partis. Ils ont su se renouveler dans le cadre d'une transformation de leurs fonctions et de leur organisation.