Cours 39 - Les campagnes électorales (1)

SCIENCE POLITIQUE · Semaine 9 : Comportements politiques 3, l'orientation du vote (II)
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L'acte de vote prend forme dans un contexte spécifique et ce contexte spécifique c'est bien sûr celui des campagnes électorales. Alors regardons le rôle des campagnes électorales bien sûr dans notre orientation du vote. D'abord ce qu'on peut dire c'est que ce terme de campagne électoral, il est ambivalent. Il va désigner deux choses. La campagne électorale est comprise d'abord comme une activité. Ce sont les formes d'action qui visent à rallier le suffrage des électeurs. Campagne électorale comme forme d'action qui rallie le suffrage des électeurs.

Et donc on voit très bien la notion, le terme en tout cas, fait référence à un registre militaire, religieux, faire campagne. La campagne électorale a aussi un second sens. Elle renvoie de faire à une séquence temporelle, qui est d'ailleurs encadrée par le droit, c'est cette fois-ci la campagne selon le sens d'une phase qui va précéder le vote. Alors depuis les premières élections au suffrage universel, les campagnes électorales se sont profondément modifiées. On peut s'appuyer sur les travaux d'une politiste américaine, Pippa Norris, qui a établi une périodicisation à partir de changements qui vont affecter à la fois, elles s'intéressent aux organisations, à la centralisation, aux médias et à l'électorat.

Je ne vais pas rentrer en détail sur sa présentation, on peut en tirer un tableau d'ailleurs qui permet de spécifier cela, simplement quelques mots sur les périodes qui sont distinguées. Trois périodes sont ainsi définies. Dans la période dite pré-moderne, jusque disons aux années 50, on peut considérer que les campagnes sont peu coûteuses, on assiste à une utilisation qui est encore limitée des médias et donc si on prend une expression on pourrait dire il faut tenir les murs et donc on le voit très bien avec l'affichage.

C'est aussi le moment de l'usage des tracts et progressivement le recours à la radio va aussi se développer. Deuxième période qui s'ouvre, on peut dire dans les années 60 jusqu'à la fin des années 80, c'est une période plutôt dite période moderne. Là aussi, la politique américaine se fonde sur la politique américaine, mais on voit que ces différentes techniques et modifications sont arrivées aussi en Europe. La durée des campagnes s'allonge, phénomène important. Donc il y a une campagne officielle, mais il y a des fois ce qu'on peut appeler une pré-campagne en réalité.

La coordination centrale des campagnes s'accentue, c'est un critère très important pour Pippa Norris, centralisation de ses campagnes. On va assister, de fait, on le voit dans notre cas européen, à la nationalisation de ces élections. Les techniques vont s'affiner avec un recours à des sondages occasionnels. Et puis, on a surtout un processus de segmentation avec des messages téléphoniques ciblés. La télévision devient un média de communication important. La conséquence, bien sûr, c'est que ça a conduit à une augmentation des coûts.

Depuis lors on peut dire qu partir des ann 90 au tournant du si on est entr dans la p dite post Elle se caract pour sa part par une v professionnalisation Cette professionnalisation s'intensifie, on le voit avec la coopération de spécialistes internes aux partis mais aussi d'experts extérieurs. On parle d'externalisation. Bien sûr c'est l'usage de nouveaux supports, donc ces choses sont relativement connues, je vais rapidement sur ces aspects, recours d'abord aux télévisions locales puis à l'internet et aussi la multiplication des sondages et des études qualitatives.

Alors l'élection de Donald Trump aux États-Unis en 2016 est tout à fait particulière car c'est un homme des médias et il va se servir des réseaux sociaux, des médias nationaux comme caisse de résonance. Et de fait il va faire le choix de moins se déplacer dans certains territoires que sa concurrente démocrate lors de l'élection présidentielle de 2016. On peut en simplifiant dire que des tweets vont remplacer pour partie les déplacements. Remarque toutefois, il ne faut pas surévaluer certaines évolutions.

Et donc je ferai ainsi deux remarques significatives sur ces grandes tendances générales. Première remarque, s'agissant de la dernière période, une question se pose bien sûr sur l'usage de ces réseaux sociaux. Les réseaux sociaux contribuent-ils désormais à faire l'élection ? Si on a une formule choc, ce serait celle-ci. Les réseaux sociaux contribuent-ils désormais à faire l'élection ? On a dans la période récente beaucoup évoqué l'usage de TikTok par Jordan Bardella du Rassemblement National. Ce qu'on peut dire, premier constat, on a bien assisté dans la période récente à une mutation significative des modes d'information.

Et donc on a différentes enquêtes qui le mesurent assez bien, des enquêtes d'InfoCom, d'information communication, des enquêtes de politistes, de communication spécialistes, de communication politique ou d'internet. Alors on notera d'abord que Facebook reste en moyenne le réseau le plus utilisé en France ainsi que d'autres pays européens et ce loin devant X, et donc les deux tiers des 18-24 ans font pour leur part un usage intensif de ces réseaux sociaux. Et donc l'âge est bien la variable la plus discriminante devant les autres variables économiques, sociales, et une enquête de 2024 le montre très bien.

Donc primauté à Facebook de manière générique dans l'usage qu'on peut se faire de ces réseaux sociaux, contrairement à ce qu'on peut croire en valeur absolue, et le clivage de l'âge qui est tout à fait important. Aux États-Unis, en 2024, on s'aperçoit que 60% de ceux qui utilisent X indiquent le faire pour s'informer en politique. Une étude américaine d'un centre de recherche le montre très bien. De surcroît, je l'avais cité en évoquant la question de l'espace public, les algorithmes des réseaux sociaux créent des espaces numériques fractionnés. un espace public donc éclaté qui se retrouve dans les espaces numériques, espaces numériques fractionnés.

Les sp de l et communication parlent alors de biais de confirmation des biais de confirmation Donc cela signifie que les personnes s via des m qui fournissent des donn des positionnements mais qui en r vont conforter leurs croyances pr Donc il existe bien des blocs des bulles d'informations homogènes extrêmement clivées et donc on est face à des communautés numériques en réalité qui sont relativement fermées. L'accès au au numérique n'a pas permis en réalité d'améliorer une sorte de processus de délibération.

On n'est pas face à une information qui va remettre en cause sa croyance et donc ce type d'information est plutôt ignorée, délaissée. On voit le rôle très important d'ailleurs des algorithmes. On constatera alors que cette pratique de réassurance a aussi une tendance qui est celle à la radicalisation des points de vue, donc qui est un élément extrêmement important dans le débat public. On voit donc un certain nombre de transformations à l'aune de cet usage des réseaux sociaux.

Alors pour autant, nos enquêtes disponibles vont nuancer grandement l'impact direct de ces réseaux sociaux, cette fois-ci sur ce qui nous intéresse en l'espèce, les comportements et les conceptions politiques. On dispose d'une étude publiée par le centre de recherche de Sciences Po en 2024 qui indique que celles et ceux qui utilisent intensément les réseaux sociaux sont les plus critiques vis-à-vis du personnel politique. Mais, ce qu'on constate c'est l'impact sur le vote est, quant à lui, relativement ou très limité.

On peut relever qu'il ressort que les indicateurs ou les utilisateurs plutôt intensifs, les utilisateurs intensifs, et bien ils sont plutôt susceptibles de s'abstenir par rapport aux utilisateurs occasionnels. Mais surtout l'enquête montre que le fait de s'informer fortement par les réseaux sociaux ne se traduit pas par un soutien accru à des candidats aux extrêmes, donc contrairement à ce qui est parfois avancé dans l'espace public et par les médias. Et l'enquête le montre très bien. Le vote pour Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen n'est pas plus fort chez les utilisateurs intensifs des réseaux sociaux que chez les faibles utilisateurs.

Les scores obtenus par réseaux sociaux sont cumulatifs dans l'enquête mais quoi qu'il en soit les scores obtenus ne montrent pas une polarisation, une captation forte, disons aux extrêmes du spectre politique. L'impact donc de l'usage des réseaux sociaux est pour l'heure assez difficile à démontrer sur les élections. Et donc de ce point de vue, pour en terminer sur ce point, l'enquête du CELIPOF corrobore les travaux américains qui vont à peu près tous dans le même sens. Les réseaux sociaux fonctionnent avant tout principalement comme des amplificateurs de tendances sociopolitiques qui sont déjà existantes.

Il existe donc une personnalisation accrue du débat politique, vous le savez, mais en réalité les réseaux sociaux vont offrir une cristallisation des opinions qui sont des opinions déjà formées. Et donc c'est ce qui est crucial à retenir, ils ne vont pas tendre à transformer les opinions politiques Les r sociaux ne tendent pas transformer les opinions politiques Deuxi remarque que je voudrais faire pour nuancer cette ces grandes tendances de transformation du moment de les campagnes et bien ce qu'on doit constater c'est qu'il existe une très grande continuité au delà de la périodicisation que je vous ai présentée.

Et donc la médiatisation n'a aucunement supprimé des pratiques traditionnelles des campagnes électorales. Il faut insister sur cette continuité en réalité des pratiques. Pour le dire simplement, faire campagne c'est aussi peut-être toujours serrer des mains, tenir les murs. Donc la grande nouveauté c'est sans doute la professionnalisation de ces pratiques. On a eu aux Etats-Unis des pratiques de distribution de traces qui est externalisée, donc avec des prestateurs de services privés. Mais le travail de terrain il n'a pas du tout disparu.

Je citerai simplement le mythe ou les lieux communs relatifs au succès de l'élection de Barack Obama grâce à internet en 2008. Son élection a montré l'importance de la ressource militante et ce qu'on a constaté c'est qu' l'usage d'internet a servi pour les donations donc a été un enjeu crucial pour financer sa campagne. Mais l'action sur les réseaux sociaux qui a été très important effectivement en 2008, elle a été couplée avec une intense campagne de proximité. Donc le canvassing, ce qu'on avait vu dans nos premières leçons, le porte-à-porte, il a continué à exister.

Je donnerai juste un exemple qui me paraît tout à fait significatif encore aujourd'hui. En 2012, dans ces états où les résultats sont extrêmement serrés, ce qu'on appelle les swing states, un état comme celui de l'Ohio, Barack Obama va détenir et développer plus de 120 permanences qui est un record absolu dans un État contre seulement une quarantaine pour son concurrent Mitt Romney. Ces permanences sont bien des relais physiques de sa campagne. On peut aussi constater en Europe que la mobilisation de proximité perdure lors des élections générales en Royaume-Uni. il y a eu quelques enquêtes qui ont montré l'usage de manière importante des appels téléphoniques pour contacter les électeurs.

Enfin, je citerai bien sûr des transformations récentes. En 2012, en France, c'est la première fois que des grands meetings sont retransmis dans leur intégralité à la télévision. 2012 en France, première fois qu'on a la retransmission intégrale des grands meetings. et en 2022, on retiendra que de grands meetings qui visent à donner à voir l'importance et la dynamique d'un courant d'un candidat se tiennent. Et donc je citerai celui du Trocadéro pour Éric Zemmour, là aussi l'importance de ces rencontres physiques.

On peut donc dire, vous avez saisi, que ces grands meetings n'ont donc pas disparu. Dès lors, on peut s'interroger, à quoi sert une campagne ? Eh bien, la réponse, il me semble, n'est pas la même selon le lieu d'observation et selon, disons, les acteurs qui sont concernés, l'électorat ou les candidats. C'est ce qu'il nous reste à voir dans le cadre de cette leçon.