Cours 38 - L'effet du moment électoral

SCIENCE POLITIQUE · Semaine 9 : Comportements politiques 3, l'orientation du vote (II)
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La nouvelle leçon est consacrée aux partis politiques. On peut dire qu'il y a à peu près trois enjeux qui méritent d'être abordés et qui vont structurer notre leçon. Alors d'abord, je vais vous présenter comment étaient créées les organisations politiques partisanes. On va notamment chercher à comprendre pourquoi certaines familles politiques existent dans certains pays et pas dans d'autres. Un dernier enjeu important porte sur la capacité d'adaptation de ces partis politiques qu'on a pu considérer comme moribonds et qui pourtant continuent de structurer notre vie politique.

Alors en plus d'un siècle les partis se sont transformés à la fois dans leurs fonctions, dans leur mode d'organisation également. Commençons alors par évoquer quelques données relatives donc à l'origine de la forme elle-même, la forme partisane, celle de l'organisation. On peut dire que les partis politiques, ils se créent en occident, disons au courant du 19e siècle. En Europe occidentale, il faut sans doute attendre le dernier tiers du 19e siècle pour que se structurent des organisations véritablement stables et puissantes.

C'est l'apparition alors des partis politiques véritablement au sens contemporain. Auparavant ça ne veut pas dire qu'il n'existait pas des structures mais c'était plutôt des oppositions entre des courants politiques, des tendances, mais les clivages n'étaient pas vraiment institutionnalisés, on pourrait dire formalisés. Alors dans un premier temps et bien différentes structures ont cohabité. On peut d'abord dire que côté des premiers partis politiques se sont développés également ce qu'on appelait des ligues. Certaines organisations politiques continuent d'ailleurs encore aujourd'hui de préférer ce vocable à celui de parti politique.

Alors la ligue se distingue essentiellement des partis par deux traits spécifiques. La ligue défend une cause ou un intérêt spécifique et donc cela signifie qu'elle vise un objectif principal. Elle traite d'une thématique ciblée, privilégiée. Sous la Troisième République en France, elles sont extrêmement nombreuses. Ce sont des ligues nationalistes ou des ligues d'anciens combattants, que vous avez parfois pu rencontrer dans vos études secondaires en histoire. On peut citer bien sûr la Ligue des Patriotes, très active en 1898, au moment de l'affaire Dreyfus.

Et de fait, les anglo-saxons ou la littérature anglo-américaine définissent alors ces mouvements politiques comme des « single issue movements », donc à enjeux ciblés, centrés sur une thématique. Le second trait à relever concerne leur structure. Ces ligues sont organisées généralement autour d'un leader. Il existe donc une très grande personnification. En Italie a ainsi été créée une ligue régionaliste à la fin du XXème siècle, la Ligue du Nord, qui est créée dans les années 1980 et son nom s'est transformé à plusieurs reprises.

En 1920, elle se définit même par son objectif et elle va prendre l'appellation de la Ligue pour Salvini, Premier ministre. Ce trait perdure donc pour certains partis, cette logique de leadership, et on voit que l'appellation de « parti personnel », a été utilisée tout récemment pour qualifier des partis qui sont de fait centrés sur le soutien au leadership. Donc on voit un lien historiquement avec cette logique de la Ligue. Et naturellement, on peut évoquer le mouvement En Marche, devenu Parti Renaissance.

Les initiales du mouvement étaient celles d'Emmanuel Macron. Alors la naissance des partis politiques en tant que tels est naturellement directement liées en premier lieu au processus de démocratisation. À mesure où s'élargit le corps électoral, la compétition va nécessiter des organisations plus structurées. L'un des premiers à avoir tenté de préciser ce processus qui conduit à la création des partis, c'est un Français. Il s'agit de Maurice Duverger. A l c un juriste mais d l il contribue l de la science politique Il va donc publier l des premi grandes scientifiques de l consacr au parti politique donc au titre éponyme, paru en 1951.

Le livre va être réédité durant plus de 30 ans et on va s'y référencer pour un certain nombre de modèles analytiques ou de données. Et notamment, il va établir, cet auteur, une typologie de la trajectoire de la naissance des partis politiques. Il distingue tout d'abord des partis qui ont une origine électorale et parlementaire. Ce sont donc, comme le nom l'indique, des partis qui sont créés dans le cadre des institutions et de la compétition électorale. C'est assez logique.

Il naissent alors de la rencontre entre deux structures, les groupes parlementaires et les comités électoraux au niveau des territoires. Les premiers groupes parlementaires se sont créés progressivement au sein des parlements pour réunir les hommes politiques qui professent alors les mêmes idées. Et donc dans la période pré-démocratique, les luttes politiques vont s'organiser, mais plutôt entre factions, entre cliques. Ce sont des affinités occasionnelles, ou parfois par pur intérêt, ou par des liens personnels. Et donc le leadership, à nouveau, est central.

Il existe même, comme sous la Révolution en France, des affiliations par origine géographique. La démocratie a conduit également à la nécessité de pousser les électeurs à aller voter. Et donc en Grande-Bretagne, la loi 1832 amène la création d'associations d'enregistrement. Et ces associations ont pour vocation de faire inscrire le plus possible d'électeurs. Et donc on voit que l'une des premières activités en politique électorale, ce n'est pas tant d'orienter l'électeur vers son sens d'un vote favorable, mais ces associations, elles vise d'abord à agir pour convaincre les électeurs à se déplacer, s'inscrire et donc c'est la naissance du démarchage électoral en réalité c'est le développement du porte-à-porte le canvassing.

J'indiquais donc que ces structures et bien vont aussi s'organiser autour de comités électoraux qui sont créés donc au niveau local afin d'organiser cette fois-ci vraiment directement le soutien, la promotion d'un candidat local et donc on a ici les premières véritables équipes de campagne qui vont se structurer et donc le premier mouvement politique en Europe qui va fédérer toutes ces entités et bien c'est le courant des libéraux au Royaume-Uni après 1890. Rencontre donc entre ces groupes parlementaires et l'ensemble de ces structures locales des comités électoraux.

Le second type de partis politiques relève selon Duverger du parti de création extérieure. Donc ce sont des partis qui, quant à eux, comme son nom l'indique, sont nés en dehors de ce processus parlementaire et électoral. Et donc on voit que ces partis ou ces organisations ont un fondement beaucoup plus social mais aussi plus idéologique. Ils vont surtout se créer à partir de structures préexistantes. On peut citer des associations, des syndicats, mais également des sociétés savantes ou des clubs de pensée.

Et on voit que bon nombre de familles politiques sont nées à partir de ce modèle. Sans doute s'il faut citer un parti politique et bien on peut dire que à gauche le cas le plus symptomatique et le plus connu est sans doute le Labour Party britannique, le parti travailliste, donc courant du travaillisme, de la social-démocratie. Il naît de l'association de syndicats et de sociétés de pensée qui vont ensuite se structurer définitivement en partis politiques et s'est achevé le processus à peu près en 1906.

Les principaux partis chrétiens, donc plutôt au centre et à la droite, appartiennent également à cette catégorie des associations ont pu, comme en Allemagne, créer des organisations. On peut citer enfin à droite les partis d'anciens combattants qui sont issus là aussi de structures existantes. Dès lors, avec ce bref panorama, on peut dire que l'essentiel des partis politiques d'Europe occidentale se créent sur ces deux modèles à partir disons du dernier tiers du 19e siècle. Partie de création électorale et partie de création extérieure.

Alors naturellement ce sont des modèles de trajectoires, des idéotypes, il existe bien sûr des créations hybrides. Je citerai le cas du parti r radical et radical socialiste en France Il na en 1901 donc de la volont de comit de se structurer les comit r mais vont s la ligue de l des soci de pensée, donc au carrefour de nos deux modèles. On peut alors également s'interroger sur les conditions de naissance des nouveaux partis politiques dans la période toute contemporaine.

Est-ce que ce modèle correspond à un moment historique ou est-ce qu'il mérite d'être repris et correspond aussi à des tendances actuelles. Alors là je citerai deux spécificités. On relèvera d'abord que les parties de création extérieures se sont multipliées dans les dernières décennies, particulièrement donc au tout début du 21e siècle. C'est vraiment une caractéristique significative majeure de notre période. On constate l'importance des formations qui sont issues de mouvements de la société civile, parfois de mouvements sociaux, d'associations.

Je citerai le mouvement 5 étoiles, né en 2009 en Italie à vocation citoyenne, le parti pirate en Allemagne qui a été issu d'une mobilisation sur les questions numériques. On peut également citer Podemos, Nous pouvons, une formation qui n'est à la suite d'un mouvement anti-austérité qui est engagé en Espagne à peu sur la même période à partir du mouvement des années 2011-2012. Pour le reste alors, autre caractéristique, les nouveaux partis naissent désormais dans un processus de refondation de partis existants, donc assez logiquement par fusion, par scission.

Pour qu'une fusion partisane s'opère, on peut quand même noter des éléments significatifs. Il y a deux préalables que l'on retrouve généralement. Il faut que soit opéré un rapprochement doctrinal, ça peut paraître assez logique et donc ce fut le cas en France avec la création de l'UMP, donc la structure originaire du parti Les Républicains. On avait assisté sur une courte période à une conversion des gaullistes sur la construction européenne au libéralisme économique également et donc c'est bien la convergence d'idées qui permet la réunion des familles gaullistes, centristes et libérales.

Cette fusion fut néanmoins précédée d'alliances électorales, qui est un autre élément très important de ces refondations. Et donc le nouveau parti généralement, c'est plutôt un aboutissement qu'un point de départ. Ce n'est pas tant une nouvelle structure que le point d'aboutissement de ces deux processus. Et donc s'agissant de ces logiques de regroupement, pour la création de l'UMP, le rapprochement des droites et du centre en France en 2002 résulte d'une succession d'alliances électorales sous la Vème République de la droite et du centre et même de la composition d'un intergroupe parlementaire donc une structure de coordination qui a existé en 1988 à l'Assemblée nationale or on voit que c'est ce qui est une étape ou un processus en tout cas qui existe en ce moment au sein de l'ANUP.

On peut noter que l'extension du droit de vote n'est pas le seul critère du développement des partis politiques contemporains. Un socio-historien américain considère que l'apparition plus ou moins précoce de ces partis est liée à la conjugaison d'un ensemble de paramètres. La démocratisation est donc centrale, mais il retient également l'état du processus de bureaucratisation. On peut alors définir cette bureaucratisation comme l'adoption de règles de recrutement impersonnelles des fonctionnaires. L'auteur va alors essayer de dissocier deux trajectoires assez différentes des créations de partis.

Il va différencier cette fois-ci le contexte plutôt nord-américain du cas européen. Et donc il va s'intéresser à la relation entre bureaucratisation et démocratisation. Que constate-t-on ? et bien on constate que les partis américains se sont structurés plus précocement que les partis européens, en tout cas au sens contemporain de structures durables, institutionnalisées, j'y reviendrai. On peut dire que ça intervient disons à partir des années 1820-1850 selon les organisations. Et donc la thèse avancée c'est que là où l'adoption du suffrage universel a précédé la bureaucratisation, et bien les représentants élus ont ont cherch contr les nominations dans la fonction publique Et donc ils ont impos la diffusion du principe de l pour les juges les sh ce que vous connaissez sans doute Et donc ce syst a permis le d de partis puissants Et donc, on voit que les ancêtres des partis démocrates et républicains des années 1820-1850-1854, dès le milieu du XIXe siècle, sont définis comme de véritables machines, les machines politiques dirigées par des chefs locaux, les bassises, Et on voit que leur activité consiste à récolter des voix en échange d'emplois, de services rendus, d'un certain nombre de passe-droits.

A l'inverse, on a donc le cas européen. En Europe occidentale, l'autonomisation de l'appareil d'État a précédé l'adoption du suffrage universel. Et donc le recrutement dans l'administration, dans l'état moderne, est fondé sur la voie de concours ou du recrutement sur titre qui est réservé à une certaine élite. Et donc on voit que dans ce cas les élus ne peuvent pas peser sur ces nominations dans la fonction publique et donc ils n'ont pas suffisamment de ressources qui peuvent être mobilisées pour développer les organisations politiques.

Cette source de ressources est tarie. Et donc dans ce cas, l'apparition de partis puissants est de fait beaucoup plus tardif et il intervient, comme je l'ai dit, plutôt au dernier tiers et à la fin du XIXe siècle. A l'issue de ce panorama, ce processus permet alors de concevoir l'essence même d'un parti politique, ce qu'est un parti politique. On dispose des caractéristiques qui différencient un parti moderne de l'ensemble des formes pré-partisanes. La définition la plus communément retenue s'appuie sur quatre grands critères qui ont été conçus par des auteurs américains.

Il s'agit de Joseph Lapalombara et Myron Viner dans un ouvrage collectif, un grand classique de la science politique, qui est paru au milieu des années 1960. Depuis le 20ème siècle, un parti moderne est ainsi fondé sur une organisation durable. Désormais elle survit à son créateur et donc ça permet de différencier des simples clientèles, des cliques fondés sur un simple intérêt qui avait prévalu. L'organisation est surtout désormais ramifiée, c'est à dire qu'elle lie une organisation centrale, un centre de l'appareil à des implantations géographiques sur le territoire.

Et donc on voit qu'on assiste à la fin des seuls groupes parlementaires qui n'ont pas d'assises territoriales ou à des comités locaux qui sont peu représentatifs et qui ne sont pas liés à une organisation, à un appareil structuré. Il en existe beaucoup au milieu du 19e siècle, ce sont simplement des groupements politiques régionaux et parses. Cette organisation alors structurée, elle vise un soutien populaire principalement bien sûr par les élections, c'est son objectif. Ça signifie ici que l'organisation n'est pas un cercle d'idées, donc ça nous permet de différencier nos partis des nombreux clubs de la révolution qu'il serait faux de qualifier de partis politiques.

Et on voit enfin que ce qui caractérise ces organisations, c'est bien la volonté de conquérir le pouvoir par tous les moyens, fût-ce-t-il d'ailleurs révolutionnaire. Ces grands traits ainsi brossés sont bien les invariants du parti politique. Ils ont été discutés mais ils demeurent à mon sens des fondamentaux. Cela n'a guère on pourrait dire changé depuis lors. Alors on va voir que les nouveaux partis comme la France Insoumise ou la République En Marche ont cherché à remettre en cause ces logiques, ces caractéristiques si vous réfléchissez aux traits que je viens de citer.

Mais on voit la difficulté de s'affranchir des critères qui sont classiques de ces partis. Nous venons donc de voir les conditions de création de ces structures partisanes. Et bien une seconde question se pose, c'est comment s'établit cette fois-ci la compétition en elle-même de différentes formations dans un pays données. Quels sont alors les fondamentaux cette fois-ci de la logique d'opposition, d'interaction de ce qu'on peut appeler le système de parties ?