Cours 35 - Les mutations des effets des variables sociologiques

SCIENCE POLITIQUE · Semaine 8 : Comportements politiques 2, l'orientation du vote (I)
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Regardons alors à présent les mutations des effets de nos variables sociologiques. Toutes les analystes s'accordent pour indiquer qu'on a assisté à une transformation de l'effet de ces variables. Alors ça ne signifie pas qu'elles ne produisent plus d'effets, simplement ce ne sont plus les mêmes effets. Regardons alors simplement nos variables classique, lourde, que je vous ai présenté. D'abord, s'agissant de la variable religieuse, c'est d'abord ce qu'on pourrait évoquer comme un changement numérique quantitatif, pourrait-on dire, qui va se jouer.

Cela signifie que la chute du nombre de croyants et des pratiquants conduit à un affaiblissement de l'effet religieux sur le vote. En effet, on a assisté à une sécularisation de la société occidentale, vous le savez. Et donc, pour donner là à nouveau quelques chiffres qui permettent bien sûr de clarifier les choses, jusqu'au milieu des années 90, fin du XXe siècle, les catholiques pratiquants en France étaient plus nombreux que les sans-religion. Actuellement, ce n'est plus le cas.

Un tournant s'est opéré, tournant majeur. Et donc, en France, dorénavant, à peu près un Français sur deux se déclare catholique. Mais les catholiques pratiquants, hebdomadaires, sont passés en dessous des 2%. Et donc ça pose des difficultés aussi pour les enquêtes électorales de sociologie politique. Et donc pour parler des pratiquants, on en est venu à retenir celles et ceux qui vont à la messe au moins une fois par mois. On peut cependant nuancer ce constat. Une étude récente montre que les catholiques engagés auraient un rapport multiple à leur religion.

Ce rapport ne passe pas nécessairement par la pratique régulière des rites collectifs. C'est aussi une nouveauté, ces catholiques vivent différemment leur foi en pratique individuelle, par des rencontres festives ou des pratiques intermittentes. Donc ils compteraient à peu près ces populations pour un quart de la population française. Quoi qu'il en soit, il s'agit bien d'un déclin majeur. On peut noter que cette chute de l'impact du facteur religieux a pu aussi être mesurée s'agissant des transformations qui concernent le vote des protestants et notamment l'affiliation avec le parti de la CDU-CSU en Allemagne.

Même chose dans les Pays-Bas pour le vote protestant, donc phénomène assez global. Donc si on retient ce que nous avons vu plus avant cela signifie que l de la barri religieuse joue toujours aussi fortement mais d elle s sur un qui est plus r Un fait toutefois notable le catholicisme n plus un remport au vote d Il faut ainsi relever deux évolutions significatives des tendances lourdes. D'abord, c'est la progression du rassemblement national chez les catholiques déclarés.

Au second tour de la présidentielle, Marine Le Pen a fait un score plus élevé parmi la catégorie des catholiques que son score national moyen. C'était le cas progressivement en 2022 et cette tendance est confirmée lors des élections européennes de 2024. Le score des catholiques pratiquants est même plus élevé que son score national. C'est à peu près 40% chez les pratiquants occasionnels et donc on mesure que c'est le seul pôle des personnels des personnes les plus pratiquantes qui reste véritablement un rempart au vote rassemblement national.

Cette évolution, captation des catholiques déclarés et d'une partie même des catholiques pratiquants, en tout cas les pratiquants occasionnels, c'est tout à fait inédit. S'ajoute également une autre mutation relative cette fois-ci aux effets du vote de classe. Là aussi c'est un phénomène que l'on remarque dans la plupart de nos démocraties consolidées. Premier constat, constat numérique, eh bien on voit que le nombre d'ouvriers a également chuté. Il représentait à peu près 30% de la population active il y a 40 ans et donc ce chiffre s'est été divisé par deux, c'est autour de 20% actuellement.

On peut toutefois noter que si on additionne avec les employés, ces catégories populaires représentent quand même à peu près 45% en 2022 de la population active. Alors que mesure-t-on ? On assise surtout, du point de vue de notre variable sociale ou sociologique, un véritable éclatement du vote au sein même des différentes catégories sociales. Éclatement du vote au sein des différentes catégories sociales. On peut dire que le sentiment d'appartenance de classe, eh bien il a été remplacé par un sentiment de déclassement ou de peur du déclassement.

Et donc le vote des catégories sociales est désormais diffus, éparpillé, fractionné. On peut le relever donc à partir de plusieurs catégories sociales. Les ouvriers bien sûr, mais aussi les employés, les indépendants. Première dynamique, c'est la dynamique de l'abstentionnisme des ouvriers. On peut dire que le milieu ouvrier est bien divis entre ceux qui votent et ceux qui ne votent pas ou plus Et donc une part importante majoritaire des ouvriers conserve une opinion et des attitudes de gauche mais ne se traduit plus par un vote à gauche, faute d'aller voter.

Et donc au premier tour des législatives de 2017, seuls 40%, un peu plus de 40% des ouvriers ont été votés. Deuxième dynamique, on constate un phénomène de désalignement électoral. Il n'y a plus de vote automatique d'une majorité du milieu ouvrier pour les partis de gauche. Le vote ouvrier n'est plus capté, ça n'est plus un véritable vote de classe. Attention, ça ne suffit pas que les ouvriers ne votent plus à gauche. Conjoncturellement, eh bien ils l'ont fait à différents moments.

On peut citer 2012, élection présidentielle, eh bien François Hollande, au second tour de l'élection présidentielle, capte une majorité des ouvriers qui se sont donc portés sur sa candidature. Mais donc désormais le vote se ventile et évolue au cours des différents cycles électoraux. En 2024, ce serait là aussi un chiffre, c'est pour vous étayer ce que je vous présente, et bien lors des élections européennes environ 25% seulement des ouvriers votants ont voté pour des candidats de gauche.

S'adjoint donc une troisième dynamique, ce fractionnement des votes des classes sociales. On a assisté ainsi en premier lieu à l'avènement d'un vote ouvrier à l'extrême droite. Et donc là encore, la dimension générationnelle, elle est cruciale. Cette dimension générationnelle est centrale. Ce sont donc les nouvelles générations, les jeunes ouvriers isolés, emplois précaires ou au chômage qui votent le plus Rassemblement National. Ce phénomène est apparu dès 1995. Des politistes évoquaient alors ce phénomène d'ouvrier-héros le pénisme. Ce processus n'est pas propre à la France.

On l'a retrouvé également en Autriche avec des votes du parti libéral autrichien qui sur cette période captaient à peu près un tiers des suffrages ouvriers et qui vont donc dépasser le vote social-démocrate sur cette période. On constate ainsi que Jean-Luc Mélenchon capte un peu plus d'un quart du vote ouvrier la présidentielle, mais Marine Le Pen obtient des scores qui sont supérieurs à 30 ou 40%. C'est le cas en 2022 et surtout au second tour de la présidentielle de 2022, Marine Le Pen est majoritaire au sein du vote ouvrier.

Donc si on essaye de le dire d'une manière marquante, eh bien si seuls les ouvriers votant avait voté, elle aurait été élue. Même chose pour les élections législatives de 2024, si seuls les ouvriers votants avaient voté, le rassemblement national aurait eu la majorit absolue aux l Ce ph donc d du vote des groupes sociaux il vaut aussi pour les ind les commer les artisans C l aussi une transformation structurelle tout à fait significative, déterminante de nos dernières années.

Et donc ça veut dire que là, véritablement, on a une répartition plutôt à équidistance. On le voit très bien dès 2022, où le vote des commerçants et artisans va se répartir entre, pour simplifier, trois tiers, ça ajoute aussi d'autres candidatures, mais entre Emmanuel Macron, Marine Le Pen et également Jean-Luc Mélenchon. On est en dessous des 30% pour chacun de ces candidats, mais ça s'inscrit bien dans cet éparpillement. Enfin, je citerai le fait, depuis 2024 de manière notable, qu'une partie des cadres également désormais votent aussi pour le Rassemblement national.

C'est une tendance tout à fait nouvelle, significative, puisque 20% des cadres auraient voté pour le Front national en 2024. Alors d'où proviennent ces mutations des déterminants sociologiques du vote ? On notera notamment pour le milieu ouvrier d'abord un changement de génération. C'est la chute de l'effet des variables lourdes qui est largement due aux nouvelles générations. Ils sont moins influencés par la loyauté aux groupes sociaux. C'est bien un abaissement de notre logique de vote de classe. Le déclin d'appartenance à la classe ouvrière.

C'est également dû au changement de la condition ouvrière. Elle n'est plus du tout celle d'hier. Il n'y a plus de communauté ouvrière soudée et les ouvriers n'ont plus du tout les mêmes fonction. En France deux ouvriers sur cinq travaillent dans le secteur tertiaire donc des petits boulots livreurs chauffeurs manutentionnaires magasiniers et donc c'est le déclin du modèle de l'ouvrier d'usine fortement marqué par ce vote de classe. Je citerai alors les travaux récents de deux économistes Julia Cagé et Thomas Piketty.

Julia Cagé et Thomas Piketty ont théorisé une nouvelle grille de lecture sociologique dans l'avènement de ce qu'il appelle un vote géosocial. Cela signifie que le clivage social est doublé d'un clivage spatial entre les territoires ruraux et urbains. On aurait ainsi un éclatement du vote populaire. Des classes populaires rurales plutôt orientées vers l'extrême droite et des classes populaires urbaines qui, quant à elles, sont divisées. On a également évoqué l'apparition de nouvelles variables ou de nouveaux clivages électoraux qui expliqueraient ces transformations de l'orientation du vote.