Cours 31 - Les mutations de la participation électorale

SCIENCE POLITIQUE · Semaine 7 : Comportements politiques 1, la participation électorale
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Quelles sont les grandes mutations de la participation électorale ? On peut d'abord faire un état des lieux de la participation. Plusieurs remarques peuvent ainsi être faites. Il est d'abord possible d'établir en premier lieu une temporalité ou des cycles de la participation depuis 1945, disons en Europe occidentale. La première tendance fut celle d'une croissance continue de la participation électorale, on peut dire de l'après-guerre à peu près jusqu'au début des années 1980. Le taux d'abstention est alors relativement bas, faible.

Le chiffre est autour de 10% en Allemagne dans les années 60 pour les élections législatives. Donc ça signifie, si vous m'avez bien suivi, 90% des personnes inscrites, 80-90% vont se déplacer. A partir de la fin des années 70, tout début des années 80, on assiste alors à un déclin progressif de la participation électorale. Ce qui est notable, c'est qu'il s'agit d'une tendance lourde. C'est-à-dire que le mouvement de démobilisation électorale a atteint une majorité de pays d'Europe occidentale, même dans les pays les plus participatifs.

On peut dire que la chute a été en moyenne toujours supérieure de 10 points. Il suffit pour cela de regarder le cas français qui est assez symptomatique. Simplement, je ne vais pas essayer de vous asséner trop de chiffres, mais il faut tout de même en donner certains. Le taux moyen d'abstention au premier tour des élections législatives pour les 30 premières années de la Ve République était autour de 20%, donc des années à peu près 1958 jusqu'aux années 1988.

Il est passé à plus de 40% les 30 dernières années de 1993 à 2022. Donc on a une augmentation à minima autour de 15 et même jusqu'à 20 points de différence. A ce jour, le record d'abstention est de fait intervenu au second tour des élections législatives de 2017 avec 57% d'abstention. Cette désaffection, on peut dire qu'alors elle était diffuse. Il en donne à peu près de même pour des élections locales comme les élections départementales, régionales et également pour les élections européennes.

Le phénomène est tel que l'on a parlé de crise de la participation électorale, de démocratie en crise, d'une désaffection pour les élections dans nos démocraties contemporaines. Alors j longtemps pr dans ce cours ces le ces tendances lourdes Elles sont largement dans des enqu qui sont publi et elles sont reprises dans la plupart des manuels de sciences politiques autour de cette démobilisation. Alors néanmoins, il me semble qu'à ce jour, l'on peut proposer tout de même un autre regard.

Si l'on fait un état des lieux actuel, cette lecture mérite sans doute d'être désormais relativisée ou nuancée. On peut avancer alors, à nouveau, plusieurs remarques autour de cette tendance. D'abord, il a toujours existé des différentes fortes entre pays au sein de l'Europe, notre Europe occidentale. On est en réalité face à un panel de situations en Europe. On peut relever à l'extrémité, disons, deux groupes opposés. D'abord un groupe de pays particulièrement civique, où les populations votent toujours à plus de 80%.

Cela concerne bien sûr, je pense que vous l'aurez à l'esprit, les États où le vote est obligatoire, naturellement. On peut citer le cas belge, qui avoisine les 90%, en tout cas plus de 80%. C'est aussi le cas des pays d'Europe du Nord, où il n'y a pas de vote obligatoire, la Suède, le Danemark, la Finlande. Les électeurs votent aux élections législatives, c'est le cas dans les dernières élections, généralement également à plus de 80%. A l'opposé, on peut citer des pays d'Europe centrale et orientale, qui sont donc de jeunes démocraties.

Elles accèdent à la démocratie après l'effondrement des régimes communistes. Or, ces régimes ne sont pas dotés d'une tradition démocratique fortement ancrée. Et donc, la participation y est très faible. Un électeur sur deux se déplace. Parfois, l'abstention a pu être supérieure à 70%. et donc ça correspond à une situation actuelle, on peut citer sans doute la Roumanie ou même la Bulgarie. Cependant, ces pays semblent désormais être l'exception, ils sont plutôt minoritaires. Deuxième remarque, pour les autres pays, le pôle le plus important, on pourrait dire, on peut dire que la période de déclin électoral s'est stabilisée depuis une dizaine d'années.

Donc il ne faut pas au plus surévaluer le déclin de la participation électorale en Europe occidentale. Actuellement, généralement, pour l'ensemble de ces pays, les deux tiers des électeurs se déplacent lors des élections législatives. Il suffit de regarder ce qu'il en est des élections récentes dans nos pays voisins en 2023-2024. En Espagne, il y a à peu près 70% des électeurs qui vont voter. M chose en Autriche c sup 70 quasiment 80 On peut citer l en 2025 avec un taux extr l aussi plus de 80 a plus faible au Royaume mais il y avait une forte participation aux l pr La France, on peut dire qu'elle s'inscrit également dans cette tendance à la stabilisation, si ce n'est le reflux de l'abstention.

On constate une remobilisation notable à la fois lors des élections européennes et législatives en France. 2024, 66% de participation au premier tour des élections législatives et plus de 75% lors du premier tour des élections présidentielles de 2022. Également, tout à fait notable, la mobilisation aux élections européennes accrue de 10 points en 10 ans entre 2014 et 2024. Élections européennes, croissance de plus de 10 points. Le cas des dernières élections locales, municipales et communautaires est tout à fait particulier, car il a correspondu à un vote en période de Covid, et donc c'est sans doute un cas à part.

En cela, notre situation française correspond bien à un troisième phénomène qui est relativement diffus. Le contexte de crise intérieure et extérieure a conduit à une certaine remobilisation des électeurs et électrices en Europe liée à des tensions au sein de nos sociétés. Ces tensions ont créé une polarisation et la polarisation est mobilisatrice. Cela joue donc la situation internationale et en ce sens le rapport au Rassemblement national également est favorable ou défavorable et il a sans doute exprimé ce retour aux urnes d'une partie de la population.

Ces tensions internationales, quant à elles, peuvent jouer dans certains pays. En Pologne, désormais, les deux tiers des populations sont allées voter lors des dernières élections législatives et l'objectif c'était de renverser la majorité en place. cette remobilisation, eh bien, elle a joué en faveur d'un courant pro-européen. Et donc, cette élection va à l'encontre de la période antérieure qui était plutôt marquée par une forte abstention. Ce que j'ai cité tout à l'heure dans le deuxième pôle des pays d'Europe centrale et orientale qui n'allaient pas voter.

Dès lors, dernière remarque sur cette logique, la lecture critique de la participation en crise en France a sans doute minimisé un enjeu majeur. elle a minimis le fait qu existe un ph structurel les d mobilisent le plus Dernier enjeu majeur ce sont lorsque les populations ont le sentiment de pouvoir cr une alternance agir sur la politique nationale alors ces élections sont beaucoup plus mobilisatrices. Et donc ça correspond aux élections législatives dans nos régimes parlementaires classiques. Ce sont les élections fédérales au Bundestag en Allemagne, les élections à la Chambre des communes, au Royaume-Uni, ce qu'on appelle les élections générales.

Cela conduit aussi tout de même à relativiser la situation en France et la lecture qui a souvent été faite sur le cas à part français d'une situation en crise. Cela explique que la comparaison entre les élections législatives françaises et d'autres pays perd de sa pertinence. En France, c'est donc l'élection présidentielle qui est la plus mobilisatrice, avec bien sûr l'atout de la forte personnalisation du vote. Si on regarde historiquement les faits, plus de 80% des électeurs inscrits se déplacent en moyenne.

On pourra noter tout de même des exceptions, mais il me semble qu'elles sont conjoncturelles. Deux situations démobilisatrices méritent d'être citées. Première situation, c'est la faiblesse des choix d'alternatives. Seconde situation, c'est le fait qu'il y a un candidat d'extrême droite qui est qualifié au second tour. De fait, l'élection au taux d'abstention le plus élevé pour une élection présidentielle intervient au second tour de l'élection de 1969, lorsque deux candidats de la droite et du centre se sont opposés, et donc il y a eu un taux d'abstention de plus de 30%, 31%.

On citera le premier tour de 2002 et le second tour de 2022, avec une abstention aussi autour de 28%, qui sont des chiffres assez élevés. Et donc, je l'ai cité, la remobilisation de 2024 lors des législatives s'explique aussi par le sentiment que l'élection législative est décisionnelle. L'élection est polarisée et donc elle produit des effets sur le pouvoir politique. Donc on voit bien que les tensions internes et externes, le sentiment que le vote compte, ont joué sur cette nouvelle tendance.

Il faudra donc voir si celle-ci correspond à un phénomène durable. Comment comprendre alors ce phénomène de l'abstention d'une partie des citoyens ? Quels en sont les fondements ? C'est une nouvelle interrogation centrale sur les conditions de l'abstention.