Cours 21 - Autonomisation du champ politique

SCIENCE POLITIQUE · Semaine 5 : La politique comme profession
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Alors compte tenu de l'ampleur de l'activité d'influence, la tendance actuelle dans les démocraties est dès lors celle d'une régulation juridique. Se sont multipliées les législations afin d'imposer des règles de déontologie et d'établir de la transparence. Le dispositif communément retenu est la création d'un rejuste rendu public des acteurs qui vont chercher à à influencer la décision publique. On veut les rendre visibles. En ce sens, en France, une loi est venue encadrer ces activités, c'est la loi dite « Sapin 2 » de décembre 2016.

On compte ainsi un peu plus de 3200 entités qui sont enregistrées, contre plus de 12 000 sur un registre à peu près équivalent au niveau de l'Union Européenne. Alors ce bref panorama de toutes ces activités nous amène à une idée centrale. Par le passé, ou même en sein des médias, l'idée qui a le plus souvent dominé, c'est celle d'une pression de certains acteurs sur la vie politique. Cette approche, elle est sans nul doute erronée. Que font ces différents acteurs sinon agir en politique ?

Donc certes ils ne sont pas élus, mais certains sont rémunérés grâce à des fonds publics, on voit avec les consultants lors des campagnes électorales. Ils agissent aussi pour orienter les politiques publiques, donc là c'est le cas des lobbyistes. Donc si vous réfléchissez bien, ils sont de véritables professionnels du politique. Ils sont donc en soi des acteurs politiques et ne doivent pas être traités comme extérieurs au champ politique. Ce sont ce que j'appellerais des acteurs du politique, donc des professionnels du politique à côté des professionnels politiques stricto sensu.

Enfin, une ultime catégorie de profession mérite notre attention, elle s'est développée là aussi dans les démocraties. Il s'agit cette fois-ci de voir ce que l'on peut qualifier des auxiliaires politiques. Ce sont les collaborateurs politiques. Ces collaborateurs politiques correspondent à des personnes qui sont salariées d'une activité politique mais qui ne sont pas élues. La science politique les désigne parfois autour d'un autre terme, auxiliaire politique, collaborateur politique ou entourage. Ce personnel est alors composé des membres des cabinets des exécutifs, qu'ils soient au niveau local ou national, donc président de la République, ça peut être un ministre mais aussi un exécutif président de région.

On peut également citer les collaborateurs d'élus locaux là aussi ou au parlement mais également rentrent dans cette catégorie bien sûr les permanents salariés des partis politiques. Alors parmi ces postes d'auxiliaires du politique, la reconnaissance des assistants parlementaires est intervenue très progressivement notamment dans le cadres français. Leur qualification est reconnue autour de 1975-76 mais ils acquièrent une véritable visibilité véritablement en 2017 suite à l'affaire Fillon, donc du fait de l'emploi fictif de l'épouse du député en exercice.

Une loi alors est venue encadrer ces activités. La loi ordinaire du 15 septembre 2017 pour la confiance dans la vie politique est venue contraindre les des emplois dits familiaux Et donc d en France l est interdite pour la famille proche Ça signifie les conjoints, les partenaires de Pax, les concubins, les parents, les enfants. On voit donc, disons, les plus proches sous peine d'emprisonnement, de peine d'emprisonnement possible et d'amende. Pour l'emploi de toute autre personne, de ce qu'on appelle le second cercle, donc qui soit dans la famille ou hors famille, mais avec lesquels on a des liens, il y a une obligation de déclaration qui doit être faite.

Et donc on voit que la tendance notable de ces assistants parlementaires est celle d'un accroissement de l'expertise et également de l'importance accordée à ce travail parlementaire. Ce qu'on peut dire, c'est que les deux tiers des assistants travaillaient en circonscription il y a à peu près une quinzaine d'années. Deux tiers des assistants en circonscription. Donc fonction plutôt, on pourrait dire politique. Désormais, on compte autant d'assistants à Paris, à l'Assemblée, qu'en circonscription. Logique donc d'expertise, sans doute, qui est intervenue.

Les derniers chiffres ainsi disponibles datent de 2023. Nous avons ainsi brossé à quelques grands traits les modalités de la construction et de la transformation des métiers du politique. On voit transformation des activités et puis construction avec cette différenciation avec l'amateur. Se pose alors une question centrale en démocratie, le rapport qui est entretenu entre ces professionnels de la politique et la société. Cette professionnalisation s'est en effet accompagnée de deux phénomènes notables. Premier constat, on a assisté à une véritable autonomisation du champ politique.

Autrement dit, on a assisté durablement à un non-renouvellement des élus. C'est le constat d'une tendance à une véritable monopolisation de la représentation par un groupe de professionnels de la politique. Le terme revêt donc ici un nouveau sens, on parle parfois de professionnels purs. Et donc l'expression renvoie à ceux qui ont fait toute leur carrière en politique, ou tout du moins le temps passé en politique est supérieur à leur profession d'origine. A ce premier constat s'ajoute un deuxième constat, c'est que cette clôture politique s'est accompagnée d'une véritable fermeture sociale ou sociologique.

La composition sociale du groupe des professionnels de la politique est très peu représentative de la population active. Et donc on voit très bien comment les parlements ne refaites qu'imparfaitement la société. On peut alors évoquer une double clôture du milieu politique. Examinons alors à grands traits les traits marquants de ces deux processus. Intéressons-nous alors à l'autonomisation du champ politique. Toute construction d'une profession entraîne l'exigence de règles, de sélection et de contrôle à l'entrée de cette profession. Et de fait, la profession politique ne va pas échapper à cette règle.

On l'avait vu, c'est un métier comme un autre. Donc il existe en France plusieurs filières d'entrée dans la vie politique. Traditionnellement, la littérature a défini trois à quatre grandes filières d'accès à la profession politique. Regardons ces fili et j cette ann sans doute aux transformations en cours qui viennent pour partie relativiser ces diff processus Tout d on peut citer l d fili qui peut qualifi de fili notabili On parle aussi de filière locale ou filière ascendante.

On voit ainsi, comme l'appellation y fait référence, l'homme politique va s'investir dans la conquête d'un mandat local, au niveau municipal, puis à un niveau supérieur, ça peut être départemental, régional. Et donc il s'agit de franchir les étapes en renforçant son savoir-faire, ses appuis aussi dans différents milieux sociaux, économiques, politiques. Et donc on voit très bien que dans cette filière notabilière, la progression de carrière s'appuie sur un ancrage social et territorial. Ancrage social et territorial pour cette filière notabilière.

Et donc la position locale va permettre parfois d'accéder à un mandat national, celui de député, de s'investir dans un parti politique et même d'entrer au gouvernement. On voit alors que selon cette filière finalement l'élection n'est pas totalement prépondérante dans la carrière politique, même si bien sûr ça reste un leitmotiv. Cette filière correspond par analogie à l'antiquité romaine au cursus honorum et donc à cette logique d'ascension. Ce mode classique on peut dire qu'il a été dominant sous la troisième république en France et de fait deux tiers des députés entre 1900 et 1930 détenaient un mandat politique avant leur élection.

Donc ils ont des sièges dans des conseillers municipaux, régionaux. Cette filière, elle a persisté sous la 5e République. Je citerai là aussi pour l'incarner quelques noms sans doute, on peut citer de manière idéale typique sans doute une des personnalités qui le caractérise le mieux c'est Jean Pierre Raffarin, qui est un élu républicain, qui est élu au conseil municipal d'abord en opposition à Poitiers, puis il va devenir conseiller régional, puis président de région Poitou-Charentes dans les années 80, et puis il va accéder au gouvernement comme ministre, et puis il va devenir premier ministre du quinquennat de Jacques Chirac, donc sous le quinquennat de Jacques Chirac de manière importante.

Marine Tondelier, l'écologiste, peut incarner aussi ce parcours sans aucun doute puisqu'elle adhère au parti les écologistes, elle est candidate sur des listes municipales dans la région nord des Hauts-de-France puis devient conseillère municipale, conseillère régionale et puis elle devient à partir de 2022 la secrétaire nationale du parti les écologistes. La deuxième filière est la filière qu'on pourrait appelée de filière militante ou partisane. Donc elle est vue parfois comme une variante de la filière locale. Mais l'ascension ne se fait pas du niveau local au niveau national, à partir simplement des élections, mais au sein même du parti politique.

Et donc la spécificité réside dans le fait que finalement cette trajectoire correspond à ce qu'on a appelé parfois l'homme d'appareils. Ce type de parcours on l'a plutôt observé dans les partis ouvriers ou plutôt à gauche puisque ce sont des partis où le militantisme historiquement a été valorisé. L'idéal type de cette filière renvoie souvent à un militantisme qui est précoce et donc de personnalités dont l'engagement politique s fait durant la jeunesse Ce parcours correspond aussi des personnes qui sont moins dot en capital ou culturel donc avec des niveaux de dipl moins Et l je citerai sans doute en France le parcours de Pierre B qui a aussi été présenté particulièrement comme un cas illustratif.

C'est un ouvrier, tourneur-fraiseur, mais qui va se former, parcours du soir, il va finir par devenir ministre de l'économie et des finances, puis premier ministre sous François Mitterrand. On peut citer aussi le parcours de celles et ceux qui ont gravi les échelons d'abord dans des mouvements de jeunesse étudiant. Et là, sans doute la figure de Clémentine Autain, engagée auprès des syndicats étudiants, également des jeunesses communistes, caractérise assez bien ce parcours. Elle deviendra ensuite conseillère municipale. Mais cette voie partisane a favorisé également des personnes diplômées.

La détention de diplôme et l'engagement au sein du parti conduit alors à l'accès rapide à des responsabilités au sein même du parti. Ensuite, cette femme ou homme politique cherche à obtenir un mandat local au niveau national. On peut dans ce cas citer le patrouilleur de Manuel Bompard, député à l'FI, ingénieur qui va devenir secrétaire national du parti de gauche et qui ensuite, dans le cadre de son adhésion qui s'est opérée l'année précédente. Enfin, une troisième filière correspond à ce qu'on a pu appeler la filière technocratique.

C'est une filière d'accès direct au centre politique. Et donc là, on a pu évoquer un cursus honorum, mais inversé, ou une filière descendante, puisqu'on voit qu'elle peut débuter par l'exercice d'une fonction politique au plus niveau, au niveau national, au gouvernement, au niveau central, au cabinet ministériel, auprès de la présidence. Et lorsqu'un parti est dans l'opposition, la voix centrale passe par l'accès bien sûr précoce à des postes au sein de l'équipe dirigeante. Cette fonction centrale au sein du parti ou au sein des exécutifs est toutefois généralement suivie par une implantation locale.

Et Il s'agit de faire face aux alternances et de se construire un véritable fief électoral. Ce qu'on voit alors, c'est que l'élection n'est ici qu'un acte de confirmation dans la carrière. L'élection n'est pas première dans cette logique d'accès à la filière. On évoque naturellement une expression bien connue de « parachutage ». En France, ce cursus apparaît dans les années 1960 et 1970 sous la Ve République. C'est le moment où le parti gaulliste cherche de nouvelles implantations territoriales.

Et donc en France, sous la Ve République, il est d'abord implanté à droite. On le voit avec la figure de Jacques Chirac qui réussit une implantation en Corrèze, mais cette implantation fait suite d'abord à des postes dans des cabinets. Le cabinet de Georges Pompidou au début des années 1960, puis son entrée au gouvernement comme secrétaire d'État. Dans les années 1980-1990, avec l'alternance, ce sont des énarques socialistes qui vont chercher à s'implanter localement, c'est le cas notamment de Ségolène Royale dans la région Poitou-Charente.

On voit que cette filière caractérise donc la Ve République. Elle est cette fois-ci utilisée plutôt par des personnalités qui sont dotées d'un fort capital culturel avec un haut niveau de diplôme. Sous-titrage Société Radio-Canada