Cours 20 - La profession politique

SCIENCE POLITIQUE · Semaine 5 : La politique comme profession
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Aujourd'hui nous allons nous intéresser à une leçon consacrée à la profession politique. Trois questions vont nous intéresser dans le cadre de cette leçon. On va d'abord partir assez logiquement de la naissance de la profession politique en démocratie. Comment est née la profession politique ? On va ensuite étudier les principales caractéristiques. Quelles sont en fait les conditions pour être un professionnel de la politique. Et puis nous terminerons en nous interrogeant sur des transformations en cours, notamment spécifiquement dans le cadre français.

La dernière décennie a vu de ce point de vue-là l'arrivée de la présidence Macron. Est-ce qu'elle marque un tournant majeur pour les professionnels de la politique ? On peut s'interroger sur des transformations de 2017 jusqu'à véritablement les élections législatives de 2024. Je commencerai par quelques remarques préliminaires sur la dimension professionnelle du politique. La naissance du métier politique s'inscrit en effet dans des dynamiques qui sont relativement ordinaires de la professionnalisation de toute activité. Et donc, j'ai envie de dire, en cela, rien d'original.

Ce processus est tout à fait équivalent à celui qu'a connu d'autres professions. Le processus de professionnalisation va suivre des dynamiques classiques de création de tout métier. Un métier correspond à l'existence d'une activité qui requiert une compétence particulière, un savoir-faire. Cette activité s'exerce comme une activité qui doit être principale et elle doit donner lieu à une rémunération. C'est l'existence véritablement d'un métier. Cette professionnalisation politique intervient pour sa part à la fin du XIXe siècle et au tout début du XXe siècle, toujours sur notre période charnière.

Max Weber, en 1919, dans sa célèbre conférence, va présenter les principaux éléments de cette transformation dans la conférence qui s'appelle « La politique comme métier » et qui est publiée et jointe à une autre conférente dans un petit ouvrage publié en France sous le titre « Le savant et le politique ». Weber nous dit, jusqu'à ce tournant, l'activité politique était le fait avant tout d'amateurs éclairés, et donc ceux-ci vont consacrer une partie seulement de leur temps au service de la collectivité.

C'est, dit-il, une activité endilettante. Weber évoque l'activité occasionnelle. Or, la politique est vue avant tout comme une charge, mais aussi comme un honneur. Or, avec la professionnalisation, Weber indique que le professionnel de la politique ne vit plus seulement pour la politique, mais également de la politique. Cette formule est de fait restée célèbre, puisque c'est un changement tout à fait crucial, à la fois dans la sociologie des acteurs, vivre pour, mais aussi vivre de la politique, mais également pour la transformation de l'activité.

Sociologie et activité des acteurs s'en trouvent bouleversés. On peut alors essayer de regarder ensemble d'abord quelques grands traits, les principales étapes de ce processus. Ce processus va caractériser véritablement la fin de l'amateurisme politique. D'abord on peut s'interroger sur les conditions qui ont permis cette évolution. Or, immanquablement, on peut observer une série de facteurs qui ont permis cette transformation. Bien entendu, la professionnalisation est en premier lieu liée à la démocratisation. La démocratisation, nous l'avons vu, se manifeste par l'extension du droit de suffrage, mais aussi par l'ouverture des conditions d'éligibilité.

Ouverture des conditions d'éligibilité, c'est-à-dire de définir qui peut être candidat, Et donc s'opère un changement d'identité du personnel politique avec la démocratisation. De nouvelles catégories de population, catégories sociales, vont se présenter aux élections. En France, c'est l'arrivée de ce qu'on a pu appeler les Homo nous, les Hommes nouveaux. Et c'est Léon Gambetta, homme politique, qui les qualifie ainsi dans un discours célèbre de 1872 où il évoque la couche sociale nouvelle. Discours de 1872 sur la couche sociale nouvelle.

Lui-même incarne cette couche sociale nouvelle, ces hommes nouveaux, puisqu'il est fils d'épiciers, immigrés italiens. Il va faire des études de droit à la faculté de droit de Paris et il s'impose, vous le savez sans aucun doute, comme leader de la gauche républicaine à la fin des années 1860. On peut dire alors que les classes moyennes vont investir le pouvoir politique sur une période en France entre 1870 et 1871, au début de la Troisième République, et 1914.

Ce qu'on constate c'est que ces Homo Nous ne sont pas dotés de ressources propres. Ils n'ont pas de relations privilégiées avec le pouvoir politique, de manière importante, et ils ne peuvent pas non plus proposer de ce fait des faveurs aux administrés, des décorations. Ils ne peuvent pas promettre l'installation de services publics puisqu'ils ne sont pas au pouvoir. Mais de plus, en plus de ce capital important, une sorte de capital social, ils n'ont pas non plus de ressources économiques, faute cette fois-ci d'un patrimoine personnel.

Ici c'est le capital économique qui pose problème. Ils vont alors développer des pratiques, des techniques spécifiquement politiques pour se faire élire. Et donc avec ces nouveaux candidats, on voit très bien que l'activité en dilettante n'est plus possible. Et donc on assiste à un changement de la manière de se faire élire. Ces hommes nouveaux sont donc d'abord les premiers à proposer des programmes. Autre obligation c'est qu'il faut faire campagne pour essayer de convaincre les électeurs. Et donc on voit cette transformation.

Ces nouvelles pratiques, par une part des candidats éligibles, va transformer, obliger l'ensemble des candidats à s'adapter. Et donc ils vont répondre à une véritable concurrence et donc c'est une professionnalisation, obligation de se professionnaliser, sinon on disparaît de la scène politique. Premier facteur alors important autour de l'extension du droit de suffrage. Deuxième facteur significatif c'est qu'on a assisté à une évolution importante, c'est une véritable spécialisation de l'activité politique. Ce qu'on peut dire d'abord c'est que l'avènement de la démocratie conduit à une dissociation entre les activités politiques et les activités administratives.

Les premi sont li la comp et l du pouvoir les les activit administratives elles correspondent l du bon fonctionnement de l Donc la question de la gestion. Cette dissociation, elle correspond alors en Europe occidentale et dans le cas français à deux types distincts de recrutement. Un personnel élu, les représentants pour l'activité politique, et un personnel recruté par voie de concours ou d'examen, c'est l'administration. De fait, hormis cette distinction, on notera surtout que la spécialisation induit une véritable rationalisation du travail politique.

La spécialisation induit une rationalisation du travail politique. Elle va se traduire par le développement d'un certain nombre de structures particulières, je citerai surtout celles du Parlement, puisque vont être créées des commissions permanentes au sein des différentes assemblées. elles vont permettre aux élus de se spécialiser sur des thématiques qu'ils vont maîtriser et donc ce qu'on voit c'est que sous les différents régimes monarchiques donc au 19ème siècle en France les députés sont répartis au sein de bureaux en nombre extrêmement réduit et ils sont surtout renouvelés tous les mois par tirage au sort et donc la véritable modernisation du travail politique et du travail parlementaire en France intervient avec la création de ce qu'on appelle des commissions permanentes les standing committees dans d'autres pays et qui intervient en France dans les années 1880.

Ce qu'on peut voir, c'est que sous la Vème République, elles ont été relativement limitées. Or, avec la révision constitutionnelle de juillet 2008, leur nombre a été porté à l'Assemblée nationale de 6 à 8, mais dans beaucoup d'autres pays, la spécialisation est bien la règle et les commissions sont beaucoup plus importantes, beaucoup plus nombreuses. Elles sont, le nombre évolue, entre une quinzaine et jusqu'à une vingtaine. C'est le cas dans les pays voisins. Il existe jusqu'à 25 commissions Bundestag en Allemagne.

Il existe 20 commissions législatives au Parlement européen. C'est aussi relativement variable selon les législatures, mais c'est dans cet ordre d'idées, que ce soit au Sénat ou à la Chambre des représentants au Congrès américain. Or, vous vous en doutez, plus les élus sont spécialisés et plus ils acquièrent et développent une compétence. Spécialisation indique, induit une véritable compétence. On voit alors que la tenue même des sessions parlementaires traduit également cette évolution. Donc on a une complexité des questions à traiter, de l'action publique, qui va amener à passer de plus en plus de temps aux affaires politiques.

Désormais les parlementaires siègent quasiment toute l'année en France dans une session unique avec quelques sessions extraordinaires. Or ce qu'on voit c'est que dans la première phase de démocratisation l'activité parlementaire n'est pas accaparante. Weber disait c'est en dilettante. Je citerai simplement le cas de la chambre des communes au Royaume-Uni où au 19e siècle les représentants siégeaient uniquement six mois par an début d'année et uniquement l'après midi ou le soir pour pouvoir s'occuper de leur seconde activité, poursuivre leur activité professionnelle.

Enfin on peut citer sans doute un troisième facteur de cette professionnalisation qui va permettre véritablement l'achèvement de ce mouvement, c'est l'avènement d'une activité rémunérée. Et de fait pour conquérir le pouvoir les partis politiques vont créer des postes de permanents. Le terme est employé par Max Weber dès 1919. Ces permanents ce sont des salariés de l'organisation, des différents partis politiques. Et donc ce sont en premier lieu les courants plutôt ouvriers, courants socialistes, sociodémocrates, qui vont promouvoir l'activité rémunérée.

Ils ne peuvent fonctionner sur le bénévolat, ces permanents, et donc il faut ce qu'on a appeler des fonctionnaires du parti qui travaillent à temps plein. On voit alors qu'ils vont permettre deux choses, ils vont être un vivier pour les candidatures, ce sont, on va piocher et j'y reviendrai dans ces permanents pour permettre d'avoir des candidats, mais ce sont aussi des agents électoraux qui vont organiser la campagne électorale. Et on voit toujours dans nos tendances historiques que cette professionnalisation intervient assez précocement puisque le parti social-démocrate allemand est le parti en Europe où la professionnalisation est parmi la plus poussée à la veille de la première guerre mondiale puisque avant 1914 le parti compte jusqu'à déjà 1000 permanents au sein de l'organisation.

La question alors de la rétribution de l'activité parlementaire a donné lieu à d'âpres luttes et conflits. Cette fois-ci la question est celle de la rémunération des élus. Et donc il s'agit de lutter contre la corruption. Mais également il s'agit de s'opposer à la plutocratie, un régime qui permettrait uniquement à ceux qui ont les moyens de candidater. Étymologiquement la plutocratie étant le gouvernement des plus fortunés. On voit alors que la France compte parmi les tout premiers pays à instaurer une indemnité parlementaire et qui est consacrée lors de la révolution 1789 Elle va alors être abolie puis ensuite reprise au cours du temps.

On voit alors que le métier politique s'est ainsi instauré. On peut alors constater qu'on a assisté à une importante mutation de l'exercice même de l'activité politique. Ce qu'on constate alors, c'est que faire de la politique en professionnel ne signifie pas la même chose selon les époques. Autre idée alors significative, c'est de s'intéresser à ces transformations des manières de faire de la politique. D'abord ce qu'on peut dire c'est qu'on a assisté à une mutation des compétences légitimes pour faire carrière.

Mutation des compétences légitimes pour faire carrière. Ça signifie que les critères d'excellence en politique se sont modifiés au cours du temps. Qu'est-ce qu'un bon professionnel de la politique ? Au début du XXe siècle, un des critères d'excellence en politique c'est l'art oratoire, un bon professionnel. Donc la rhétorique est vue comme fondamentale. Cette interprétation, cette approche est notamment portée par un des premiers auteurs à s'intéresser dans le cadre de ses pères fondateurs de la discipline au parti politique à la vie politique c'est Roberto Michels, auteur Italo-allemand, qui dans un ouvrage « Les partis politiques » paru à la veille de la première guerre mondiale, va insister sur l de ce que Roberto Michels appelle la magie du verbe La magie du verbe des hommes politiques et notamment des partis ouvriers Et dans les ann 30 les leaders politiques en France se retrouvent parmi les professeurs d'histoire.

C'est le cas notamment des radicaux socialistes qu'on retrouve à des postes importants à la chambre des députés et également dans les ministères. Mais après 1945, jusqu'à la fin des années 50, un nouveau saut, on pourrait dire qualitatif, est intervenu. C'est l'avènement progressif, cette fois-ci, de la figure du technocrate. Avènement de la figure du technocrate à partir des années 50. La technocratie désigne le pouvoir fondé sur la compétence. Le pouvoir fondé sur la compétence. Et donc on voit une nouvelle logique d'excellence en politique. la logique de l'expertise cette fois-ci prévaut.

Et donc il s'agit de transposer les vertus de la connaissance du monde social vers le monde politique. Et donc le champ politique véhicule alors une idéologie véritable de la compétence. Et donc ce savoir-faire devient progressivement un nouveau critère d'excellence. Il faut des connaissances qui sont avant tout des connaissances techniques, connaissance en économie, et donc on assiste à l'utilisation des chiffres durant les campagnes électorales. Cette évolution a aussi correspondu en France à la montée en puissance de ce qu'on a pu parfois qualifier de l'énarchie.

L'expression désigne l'accès des diplômés de l'école nationale d'administration au poste de pouvoir. L'école nationale d'administration est créée à la sortie de la guerre. l'ENA vous le savez sans doute. Elle vise son objectif premier et la formation des hauts fonctionnaires généralistes. Avant les concours existaient mais simplement par ministère. Former les plus hauts fonctionnaires et des fonctionnaires généralistes. Cette école a été dissoute en 2021, a été créé un Institut National du Service Public, l'INSP, Institut National du Service Public, avec un champ de formation plus large qui fait une refonte notamment autour de formation locale.

Pourtant l'accès au poste politique des énarques, donc ces diplômés de l'ENA et les plus forts en thème, n'intervient pas dès 1945. On peut dire que véritablement l'irruption politique des énarques est beaucoup plus tardif. Le mouvement épouse véritablement la logique du régime de la Vème République. Et donc on voit que cette évolution elle s'est faite à nouveau par étapes. Et donc le premier énarque à se lancer en politique, n'intervient pas en 1945, c'est Valéry Giscard d'Estaing, futur président de la République, qui va être candidat à la députation à la toute fin de la IVème République en 1956, dernière élection législative de la IVème République.

Il est alors le premier énarque à obtenir un poste ministériel. Il va être secrétaire d'État au budget en 1958. Ensuite alors, on constate une arrivée massive des énarques, d'abord dans les cabinets ministériels à la fin des années 1960, puis ensuite seulement comme membre du gouvernement. On peut alors citer une nuance notable, c'est que le passage en politique de ces énarques, de ces hauts fonctionnaires, a demeuré l'exception et non pas la règle. à nouveau attention au sens commun on peut citer un chiffre tout de même un peu ancien mais qui montre ces tendances sur plus de 4000 anciens élèves en activité en 1996 donc 4200 et bien il n'y en a que 300 qui ont occupé des postes de position de pouvoir que ce soit le pouvoir économique, politique ou administratif donc c'est simplement 7 d'entre eux qui sont dans ces postes à enjeu politique ce qui est significatif en revanche c'est que les énarques vont occuper les postes les plus élevés au sein de la hiérarchie politique.

Et là, cette fois-ci, leur proportion a oscillé entre 20 à 30% des membres de gouvernement dans les dernières décennies. Et donc, on voit, non sans un certain paradoxe ou ambivalence, que le maximum de 45% d'énarques a été obtenu sous le gouvernement de Jacques Chirac en 1986. Ce qu'on constate néanmoins, c'est une tendance à la baisse. Le mouvement est notable dès 2012 et on peut dire qu'il s'est accentué sous la présidence Macron. Je citerai simplement pour les années 2017-2021 le fait que les énarques ne représentent alors que 13% de l'ensemble des ministres.

C'est l'avènement de ce qu'on a pu qualifier de gouvernement hybride ou ce que j'appellerais un gouvernement managérial avec des personnalités qui sont à la fois passées par le public et le privé. Une figure le montre très bien, c'est la figure du premier ministre, le premier premier ministre d'Emmanuel Macron, Edouard Philippe, qui était narque. Premier ministre, il a été aussi directeur des affaires institutionnelles dans l'industrie du nucléaire, l'entreprise Areva qui est devenue l'entreprise Orano. Dans le premier gouvernement d'Elisabeth Borne, on constate que 7 membres sur 23 sont issus d'écoles de commerce ou de management.

C'est donc un véritable bouleversement. 7 membres sur 23 issus d'écoles de commerce ou de management. Une autre grande mutation tient également alors au développement de ce qu'on a pu appeler les métiers satellites liés à la vie politique. Les activités vont évoluer parce qu'un ensemble de métiers qui gravitent autour de la vie politique sont intervenus. Ces métiers auxiliaires de la vie politique, ou satellites, ce sont des métiers de personnes qui vivent de la politique mais sans être élus ou gouvernants, personnes qui ne sont pas élues ou gouvernants.

On constate alors qu'en premier lieu, la démocratie a entraîné le développement du journalisme politique. C'est le développement de la presse d'opinion à la fin du XIXe siècle et au tout début du XXe siècle. Je n'insisterai pas sur cette question qui est souvent traitée en information et communication. On peut citer également la profession de consultant politique qui est née aux États-Unis. Elle s'est développée en deux ramifications, deux types d'activités que je voudrais évoquer. Le conseil d'abord, en communication gouvernementale, n'aide l'idée que l'opinion peut être manipulée.

Et donc sont intervenus des spécialistes en fabrique du consentement des citoyens. Le moment de la premi guerre mondiale est alors extr crucial Comme souvent la guerre est un v tremplin un ensemble d d diverses Premi grande exp alors qui intervient des th de la manipulation avec notamment la mise en place de la commission Creel, commission Creel de 1917. Cette commission est chargée de faire accepter aux populations l'entrée en guerre des États-Unis. Mais il s'agit aussi d'opérer une levée de fonds et donc vous la connaissez sans doute sans le savoir puisqu'il existe des célèbres affiches de propagande autour de cette commission.

Or l'un des membres de la commission va créer le premier bureau en relations publiques dans la ville de New York dans les années 20. Il va être alors consulté par les gouvernants, les présidents des grandes associations également comme l'Association de Défense des Populations Afro-Américaines, la NAICP. Et donc la consultation en stratégie de campagne électorale va apparaître progressivement au début des années 30 avec des agences spécialisées. On est donc passé d'une consultation des gouvernants à une consultation plus générale de consultation politique en campagne.

Après 1945, de fait, des spots de publicité politique sont créés aux États-Unis. Et donc un moment clé sans doute, c'est la campagne présidentielle de 1952, puisque les deux candidats en liste, démocrate et républicain, sont aidés par des agences spécialisées. Et c'est le candidat républicain Eisenhower qui va l'emporter. Et donc la spécialisation en conseil en communication de campagne va s'accentuer dans les années 60. Un acteur central de cette transformation c'est Joseph Napolitane qui est notamment au cœur de la mise en place de la campagne de Kennedy et il va créer alors une association internationale des consultants de manière importante qui va être organisée avec un français Michel Bongrand.

Or, Bongrand va alors proposer ses services au général de Gaulle, qui refuse dans le cadre de la première campagne à l'élection présidentielle de 1975, mais Bongrand va s'occuper de la campagne du candidat centriste, c'est le candidat Le Canuet. On peut dès lors relever quelques traits notables dans la période récente qui concernent ces activités. D'abord, il faut prendre conscience du poids financier considérable des campagnes électorales dans le monde contemporain. Elle constitue un véritable marché économique. Et donc le marché électoral, la consultation de campagne, est évalué de nos jours autour de 6 à 8 milliards de dépenses annuelles au niveau mondial, avec des variations selon les cycles électoraux.

Donc les campagnes électorales ont un coût, mais aussi définissent un marché. Il faut alors relever que les consultants sont aussi souvent des militants. Et donc c'est le cas, je citerai donc Joseph Napolitane, qui a bien sûr fait des consultations auprès de l'ensemble des camps politiques, mais qui a privilégié le Conseil aux démocrates. Notons également qu'il existe un dénigrement, désormais une tension alors, entre la direction, l'état-major des partis politiques, et les agences de consulting dans l'orientation de campagne des candidats.

Cette émission forte de ces structures externes est de fait intervenue en Europe à la fin des années 1990. On l'a observé au Royaume-Uni en Allemagne. On peut citer à ce titre la campagne de Tony Blair pour le parti de la gauche travailliste en 1997. Un quartier général spécial est créé en dehors même du parti travailliste. On voit alors que dans ce cadre le parti politique n'a pas la main. En France, des agences publicitaires sont intervenues dans la campagne de l'UMP de la droite républicaine en 2007.

On peut citer le rôle de salarié de la compagnie McKinsey dans l'édification du programme final d'Emmanuel Macron qui atteste fortement ce processus. Dernier mouvement alors, ces spécialistes de communication ont investi dans certains pays les cabinets ministériels. On peut alors dans un même ordre d'ivée relever une troisième catégorie d'activité, celle qui relève cette fois-ci du lobbying. Cette expression lobbyiste est apparue au courant du XIXe siècle par référence au couloir d'un hôtel, le lobby, ou du parlement, là où des tractations de couloirs peuvent s'opérer.

L'activité de lobbying concerne cette fois-ci non pas le conseil, mais des activités qui visent à influencer la décision publique, soit en entrant en contact avec un décideur public, ou alors par voie indirecte en intervenant dans l'espace public. Ça peut être par des campagnes de stratégie, appelées parfois campaigning ou campagne de plaidoyer. Là encore les États-Unis sont le pays où l'activité s'est développée disons le plus précocement. Et de fait cette tradition est fondée sur le premier amendement à la Constitution.

Le premier amendement empêche le Congrès de rédiger une loi qui interdirait aux citoyens de prendre contact avec le gouvernement fédéral. Et donc cette Cette règle a été interprétée par la Cour suprême comme une reconnaissance constitutionnelle du droit au lobbying, le droit de rentrer en contact pour influencer, de manière disons générique. Et donc l'activité a généré alors deux types de professionnels, ce qu'on appelle les in-house lobbyistes, les lobbyistes maison, qui sont des chargés d'influence d'affaires publiques au sein d'une entreprise, d'un syndicat ou d'une association.

Il diffère des lobbyistes qui sont cette fois-ci membres des cabinets spécialisés en lobbying, des agences, qui sont cette fois-ci des prestataires de services auprès de différentes organisations. On notera que cette activité bien sûr s'est développée également au niveau européen, particulièrement disons depuis les années 1990, et donc l'approfondissement de l'intégration européenne. On peut néanmoins relever que ces lobbyistes ne sont pas employés que par le milieu des affaires. Les ONG, les organisations non gouvernementales, les associations, qui vont défendre des causes comme l'environnement, les droits divers, des minorités, les droits de l'homme, eh bien, elles ont investi ce champ.

Aujourd'hui, elles représentent à peu près 25% des acteurs du secteur au niveau de l'Union européenne. Sous-titrage Société Radio-Canada