Comment les partis politiques se sont transformés et ont su évoluer face aux nouvelles demandes à l'évolution de la vie politique ? Pour étudier cette évolution, on a recours à des typologies, des modèles qui permettent bien sûr d'analyser, de présenter des traits saillants des partis politiques et de ne pas faire simplement une description de ces transformations. On crée alors des catégories de partis politiques. Un tel panorama historique permet d'observer les mutations de ces fonctions des partis. Ce panorama permet aussi de comprendre les transformations des rapports des partis politiques vis-à-vis de la société et de l'État.
Schématiquement, en effet, on peut dire que les partis politiques remplissent deux grands types de fonctions. On On distingue des fonctions de médiation. Les partis sont l'interface entre les représentants, disons pour aller vite la chose publique, et les citoyens. Autrement dit, les partis sont censés historiquement prendre en charge les revendications, les intérêts de catégories et de groupes sociaux. Ils éduquent aussi les citoyens à la politique. Il existe aussi un autre type de fonction, ce qu'on pourrait appeler des fonctions de véritable machine électorale.
Ces fonctions sont centrées sur l'objectif même des organisations, la conquête de mandats et du pouvoir. Cette fois-ci, les partis vont sélectionner des candidats, c'est leur rôle, elles proposent des programmes, et la domination, on peut dire, de chacune de ces fonctions de médiation ou de machine électorale, ont changé au cours du temps. Tantôt c'est plutôt l'une des fonctions qui l'a emporté, tantôt c'est plutôt l'autre. Ce qu'on peut voir c'est que la désaffection pour les partis politiques et la baisse de la participation électorale a conduit de surcroît ces partis à se réinventer dans la période toute récente.
Regardons quelques traits de ces évolutions et de ces transformations. Premier temps, lors du processus de démocratisation, on peut constater que des partis de masse supplantent progressivement des partis de cadre. Cette modélisation, à nouveau, on la doit des auteurs. Je dois de nouveau citer Maurice Duverger. Sa typologie, de fait, est de manière extrêmement célèbre. L'expression « parti de masse » est même parfois employée désormais par les hommes et femmes politiques. Selon lui, les partis de cadres ont dominé sur la période du régime censitaire, donc au cours de la période de transition jusqu'à la fin du XIXe siècle.
Ces partis sont alors composés de personnalités dotées de ressources financières suffisantes. Ces organisations sont aussi soutenues par des donateurs financiers. On voit alors la spécificité du parti, c'est que ces partis n'ont pas besoin de recruter de nombreux adhérents pour avoir des ressources, des cotisations. Autre conséquence centrale de ce modèle, c'est que les élus du parti sont très peu dépendants de l'appareil. On dit parfois que l'appareil est faible, donc qu'il y a une faible discipline de vote pour les membres du groupe parlementaire.
L'appareil d'ailleurs demeure en sommeil, en dehors des élections, ce sont vraiment des structures de machines électorales. Mais vers 1880, avec la démocratisation, un nouveau type de parti apparaît dans le cadre européen, c'est celui des partis de masse. On les retrouve essentiellement à l'origine parmi les courants des partis ouvriers, des courants socialistes puis communistes, même si ce ne fut pas totalement exclusif. On voit très bien que c'est presque le miroir opposé de nos partis de table de la première période.
Ce sont des partis qui ne sont pas soutenus par des élites sociales. Donc les cotisations sont rendues nécessaires pour la survie, le développement de l'activité de l'organisation. L va alors aussi incliner au recrutement du plus grand nombre d pour gagner les Ce parti va alors se concevoir aussi comme un parti au service d segment de la soci qu'il s'agit donc d'encadrer la classe laborieuse à gauche, la communauté des croyants pour certains partis confessionnels. On le voit très clairement, dans un premier temps donc, la logique de projet politique l'emporte sur la seule fonction de participation à la compétition électorale, même si, bien sûr, c'est important.
Cette fonction d'endoctrinement est centrale, et la conséquence, c'est une volonté parfois d'emprise du mouvement sur ses membres ou ses élus. Une formule a été avancée au sein des partis communistes, le parti encadre l'individu du berceau jusqu'à la tombe. On voit alors que dans le cadre de ces partis de masse, le parti est très structuré, très hiérarchisé. Il existe une affiliation forte entre les adhérents et le parti politique. L'adhérent ne doit pas être passif, c'est le moment militant.
Il doit s'identifier au parti, à l'appareil, à ses valeurs et le parti va mobiliser ses fidèles. On voit que le développement des partis de masse définit sans doute la période faste des partis d'appareil puissants, caractérise donc les courants sociodémocrates avec de nombreux adhérents, puis les partis communistes et fascistes correspondent mutatis mutandis à ce modèle dans l'entre-deux-guerres avec quelques spécificités. Toutefois à partir des années 60, la compétition politique se transforme, la société évolue et donc on va assister à l'érosion des identités collectives, donc de sorte de sous-cultures partisanes.
Dans un même temps se sont développés les médias de masse, la radio avant la seconde guerre mondiale et ensuite bien sûr la télévision. Dès lors les partis vont s'adapter. C'est l'avènement de ce que l'on a pu qualifier le parti attrape-tout. Un auteur français a évoqué une expression qui est assez proche qui est celle de parti des lecteurs. Sans doute l'expression permet bien de qualifier la transformation. On voit alors que les organisations partisanes vont se détacher d'une clientèle, d'un segment.
Les partis politiques ne sont plus liés à un segment social spécifique, mais ils veulent attirer le plus grand nombre d'électeurs. On le voit très bien avec la mutation opérée du parti social-démocrate allemand, le SPD, qui était un des plus puissants partis en Europe. Il ne se définit alors plus comme le parti de la classe ouvrière ce qu'il avait pu être mais désormais son slogan c'est le parti du peuple tout entier. Avec cette logique, cette dynamique, et bien la ressource militante est devenue moins cruciale.
On assiste à un rôle décroissant des adhérents et donc les partis vont chercher à créer un lien direct avec les électeurs en utilisant les pratiques de communication et les médias. De ce fait la logique de projet ou où l'idéologie est en recul. Et donc c'est le début de l'abandon des grandes doctrines pour plus de préoccupations, beaucoup plus pragmatiques, centrées sur des logiques de politique publique. Alors comment qualifier cette évolution dans les années 60 en France ?
Eh bien on peut dire que le mouvement gaulliste, l'UNR, né avec la Nouvelle République, se définit très bien à travers sa dimension interclassiste et son lien direct avec le président de la République qui est censé incarner la nation. De fait, le mouvement gaulliste, même s'il a cherché, n'a jamais réussi à s'enraciner véritablement comme un parti de masse. La conséquence, c'est que dans ce modèle, disons, pur et parfait, la compétition politique va se modifier. On peut dire qu'elle suit une sorte de dynamique alamoricaine, même si, bien sûr, ce sont des grands traits qu'on peut relativiser à un certain nombre de points.
Mais ce qu'on peut dire c'est qu'il s'opère un renversement de la hiérarchie entre les fonctions, celles que je citais tout à l'heure, fonction de médiation, fonction de logique de machine électorale. La désignation des candidats devient vraiment la fonction la plus importante. Elle supplante la fonction programmatique la logique de projet et la fonction de conqu de pouvoir est premi Donc les partis sont comme des machines briguer des postes N nouveau la soci la vie politique en tournant du siècle, la compétition politique est marquée par un nouveau phénomène, c'est le renforcement, cette fois-ci, des liens entre l'État et les partis politiques.
Cette évolution a été modélisée à nouveau autour de l'avènement d'une nouvelle catégorie, un nouveau modèle, qui a été qualifié de « parti de cartel ». Cet avènement du parti de cartel correspond donc à un développement d'un lien avec l'État. Ce nouveau modèle a été défini à nouveau par deux auteurs, Richard Katz et Peter Mayer. et à partir des années 70, on peut voir que chacun s'accorde au déclin des partis avec un militantisme actif nombreux. Quels que soient les pays, même dans des pays où l'adhésion est importante, elle est en forte baisse.
De nos jours, en France, seulement 1 à 2% des électeurs sont membres d'un parti politique. On a alors interprété cette fin de ce type de parti comme le déclin des partis politiques ou la fin des partis. La désaffection militante signifierait le déclin des partis politiques dans la vie politique. Nos deux auteurs, Katz et Maer, vont énoncer qu'en réalité il s'agit d'une erreur de perception. Selon eux, il faut en réalité déplacer la lunette d'observation. C'est là qu'intervient la question de nos fonctions.
Ce qu'on peut dire, c'est que la fonction de médiation partisane a muté. La liaison établie entre le parti et la société s'est délité, s'est affaiblie. crise de confiance dans les élus, la représentation, dans la capacité des organisations à prendre en charge les demandes sociales. Mais dans un même temps, on a assisté à un renforcement des liens, cette fois-ci entre les partis et les pouvoirs publics ou l'État. Les partis ne sont donc pas si faibles, ils sont simplement différents.
Leur force désormais résulte dans le renforcement des liens avec l'État. Et donc on a pu caractériser les partis comme de véritables agents semi-publics. Comment le mesurer ? On peut le voir à travers différentes manifestations. Il existe des indicateurs qui nous permettent de montrer cette évolution. Trois critères, trois indicateurs ont été retenus pour marquer ce changement. La nouvelle génération de partis politiques se caractérise par une dépendance accrue vis-à-vis des ressources publiques. Les partis politiques en Europe dépendent de plus en plus du financement public.
Donc on voit très bien la logique, c'est que les partis politiques ont pallié la faiblesse des cotisations, faute d'adhésion, par l'accroissement des dotations publiques. Ces règles de financement public se sont multipliées en Europe à partir des années 80, c'est le cas de l'Europe occidentale, même si des règles ont été établies de manière plus ancienne dans certains pays, je pense en Europe du Nord. Ce qu'on constate, c'est que la part de financement public en Europe occidentale est désormais rarement inférieure à 50%. la part des cotisations individuelles est devenue faible et on a pour de nombreuses formations un seuil autour d'à peu près 15, maximum 20% de l'ensemble des ressources des organisations qui seraient issues des cotisations.
En France, le financement public des partis est introduit par une loi au milieu des années 80 donc dans ce grand mouvement, loi de 1988 qui fut modifiée à plusieurs reprises. Il s de la loi du 11 mars 1988 relative la transparence financi de la vie politique Cette loi va cr une subvention publique composée de deux fractions égales qui sont réparties. La première fraction est fondée sur les suffrages qui sont obtenus au premier tour des élections législatives.
On va répartir les sommes avec un certain seuil, mais à l'ensemble des partis qui ont obtenu des voix pour aller vite. l'autre moitié des sommes est répartie en fonction du nombre d'élus au Parlement, à l'Assemblée nationale et au Sénat. Ces dotations sont annuelles, il y a donc une faible variation après chaque grande élection législative. Ainsi, en 2022, l'enveloppe globale de l'acte public au parti s'élève à plus de 66 millions d'euros. et donc si vous m'avez suivi, forcément à la fois dans la première fraction sur l'ensemble des suffrages exprimés et ensuite avec le nombre d'élus, c'est le parti Renaissance qui est le parti le mieux doté.
On assiste ensuite à la professionnalisation accrue des partis politiques. Autre élément important de cette naissance des partis de cartel. Cela se manifeste par une augmentation importante du nombre des salariés au sein des partis. On observe une augmentation significative dans la plupart des pays européens des années 70 jusqu'aux années 90. Le nombre d'employés permanents, de salariés des partis a alors été multiplié par deux ou trois dans certains pays. Certaines études et données comparées le montrent très bien.
Dernier critère enfin que je citerai, troisième processus, c'est le développement de ce qu'on peut appeler une régulation juridique de l'activité des partis. C'est le développement du droit de la vie politique, c'est l'affirmation d'un droit politique et donc qui se décline avec un ensemble de différentes règles qui se sont multipliées. Développement dès lors du règles de financement de la vie politique et du financement des partis, règles aussi qui ont trait à l'organisation de la communication politique avec la loi sur les sondages notamment et également bien sûr des règles liées au développement des modes de scrutin.
Ces transformations du lien entre l'État et les partis vont permettre alors aux organisations dominantes de se définir comme composantes d'un véritable cartel politique électoral. C'est de là qu'est née bien sûr l'expression. Qu'est-ce que ça signifie ? Eh bien la nouvelle génération de partis à la fin du 20e siècle, début du 21e, a cherché à asseoir sa position comme dans un marché économique en réalisant une véritable politique d'entente entre différents opposants. Donc politiquement ce sont des associés rivaux, mais ils sont unis face aux nouveaux entrants sur le marché de la compétition politique.
Et donc leur objectif, comme dans un cartel, c'est de tenir la position d'avoir une rente de situation et donc de freiner l'accès à ce marché pour de nouveaux entrants. Cela est notable dans la difficulté à obtenir un mode de scrutin avec une dose de proportionnelle en France qui qui caractérise assez bien cette dynamique. Néanmoins, vous le savez, la crise s'est encore accentée depuis une dizaine d'années. Et donc désormais, c'est l'ensemble des fonctions des partis politiques qui sont remis en cause.
Le militantisme partisan est vu comme un embrigadement, les grandes doctrines déclinantes, et donc on assiste notamment à la crise des partis sociodémocrates. On voit très bien que la production des idées a pu être réalisée par des think tanks, donc différents cabinets ou sociétés de pensée, on peut citer en France Terra Nova, l'Institut Montaigne. Enfin, la participation électorale décline également. Et donc, afin de répondre à cette désaffection, une nouvelle offre est apparue, c'est l'avènement des partis mouvements, notre dernier type de partis.
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