Cours 03 - Approche scientifique du champ politique (III)

SCIENCE POLITIQUE · Semaine 1 : L'approche scientifique du fait politique
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Discipline construite par son objet, la discipline s'est aussi établie par une ambition purement scientifique. En effet, il existe différents discours concurrents sur le politique. On peut citer le discours journalistique qui s'inscrit plutôt dans un temps court, qui se veut plus descriptif, compréhensible. C'est plutôt une logique de compréhension plutôt que d'explication. Le discours politique engagé est également, peut-être de ce point de vue-là, plutôt normatif, descriptif, prescriptif. La science politique, quant à elle, s'oppose à ce type de discours et propose un discours purement scientifique.

Elle est conçue, c'est une appellation qui est souvent utilisée, comme une part d'essence sociale, donc une science sociale du politique. Et donc en tant que science sociale, elle repose sur des fondamentaux méthodologiques que l'on peut observer et présenter succinctement. Quelles sont alors ces règles méthodologiques ? Eh bien élever un savoir au rang de science va passer par quelques axiomes qui ont été posés par les pères fondateurs de la discipline sociologique. Et donc on peut dire que la discipline de la science politique va s'approprier les règles de la méthode sociologique telle qu'elles ont pu être définies par Émile Durkheim à la toute fin du XIXe siècle, dans un ouvrage qui recouvre cette appellation, « Les règles de la méthode sociologique » à partir de son travail de recherche.

L'ouvrage est publié à un moment extrêmement important, fin du XIXe siècle, 1895, puisqu'il vise à opérer une rupture avec les travaux décéistes sur la société, des publications qui sont plutôt subjectives, qui sont prises essentiellement par des hommes politiques. Or Durkheim veuillait la sociologie au rang de véritable science. Il s'agit de définir quelques règles de méthode qui permettent une approche qui soit distincte de ce type d'approche. On peut s'approprier les principaux axiomes de cette école sociologique. On peut, il me semble, synthétiser ces questionnements autour de trois règles qui me semblent assez importantes lorsqu'on fait de la science politique et on le fera ensemble tout au long de ce semestre.

D'abord, la science politique vise à rompre avec le sens commun. On dit qu'elle s'oppose aux pré-notions, aux idées préconçues. Je prendrais simplement deux exemples qui permettent de l'illustrer assez aisément. Premier cas illustratif, citons simplement un grand titre de presse, il y en a eu un plus récent qui reprenait à peu près les mêmes logiques, mais cet exemple le montre assez bien titre de journal lors des élections régionales de décembre 2015 30% des jeunes en france vote front national parti bien sûr devenu depuis rassemblement national 30% des jeunes en france vote front national lorsqu'on constate c'est que ce titre en réalité reprend une erreur d'analyse relevant du sens commun qui indiquerait que la jeunesse se radicalise comme dans les années 30 en fait il ya une confusion qui est effectuée entre une classe d'âge de la population, les 18-24 ans qui sont généralement retenus dans les enquêtes, 18-24 ans, et la catégorie des jeunes électeurs, donc classe d'âge, les jeunes, les citoyens jeunes et les jeunes électeurs.

Or cette absence de distinction oublie de tenir compte d'une catégorie, en plus des jeunes électeurs, que sont les non inscrits sur les listes électorales et également les jeunes qui vont s'abstenir lors des élections. Or on se constate en 2015 que plus de 60% c'était 63% des jeunes inscrits n'avaient pas été votés et donc c'est bien 30% des jeunes électeurs qui votent FN et non pas l'ensemble des jeunes. Et donc vous l'avez compris ce vote rapporté à l'ensemble de la classe d'âge, les jeunes votants mais aussi les non inscrits et les abstentionnistes, et bien ça représente à peu près en réalité à ce moment-là à peu près 7 à 12% des jeunes tout au plus.

Et donc voyez quel serait le véritable titre dans la presse qui aurait dû être utilisé, 90% des jeunes ne votent pas Front National. Notons alors que lors des dernières élections législatives, avec un beaucoup plus fort taux de participation en 2024, lors des élections législatives de 2024, quasiment 50% des jeunes ont plutôt voté pour le nouveau Front Populaire. Second cas illustratif, Emmanuel Macron a été qualifié, depuis son premier mandat, comme le président des riches. L'opinion qui est alors défendue, c'est que sa politique est au profit des classes supérieures, car ce sont elles qui l'ont fait élire.

Principalement, elle compose son électorat. Là aussi, on constate que les choses sont beaucoup plus complexes. L m deux aspects deux mani diff d l d Macron Il faut rompre avec le sens commun D on peut s la composition de l d Il s'agit de voir comment sont répartis en proportion ceux qui ont voté pour le candidat. En sociologie électorale, c'est ce que l'on nomme le taux de composition de l'électorat d'Emmanuel Macron en l'État. Et donc la question se résume à la suivante, sur 100 électeurs, combien d'Emmanuel Macron, combien appartiennent aux classes supérieures, socio-économiques plutôt élevées, ce qu'on appelle les CSP+.

Donc combien sont riches pour aller vite ? Et donc cet électorat diffère, et cette question du taux, d'un autre moyen de le mesurer, qui est le niveau de pénétration, cette fois-ci, d'un élu dans un électorat. C'est ce qu'on appelle alors le taux de pénétration. Cette fois-ci, on mesure la répartition des votes d'une catégorie spécifique de population, et qui se répartissent entre les différents candidats. Taux de pénétration, répartition d'une catégorie spécifique d'un groupe social entre différents candidats.

Et donc voyez, la question est cette fois-ci transformée sur 100 CSP+, combien ont voté pour Emmanuel Macron ? Or, vous vous en doutez, la mesure des chiffres donne une interprétation très différente. Constat au premier tour de l'élection présidentielle de 2017, lors du premier mandat d'Emmanuel Macron, en taux de pénétration, les cadres et professions intellectuelles supérieures ont prioritairement voté pour lui de manière importante. Donc sur à peu près 100 CSP+, Emmanuel Macron totalise à peu près 30% de ses votants.

C'est le taux de pénétration le plus élevé, très loin devant le candidat à ce moment-là de la droite républicaine et devant Jean-Luc Mélenchon ou aussi la gauche socialiste. Mais en tant que composition, ce qu'on constate, c'est que sur 100 électeurs qui ont voté pour Emmanuel Macron, ces PS+, ne représentent à peu près que 21% de son électorat. Et là, ce chiffre est à peu près équivalent à d'autres électorats. C'est le cas, par exemple, de l'électorat de Benoît Hamon à ce moment-là, en 2017. et donc son électorat est aussi composé d'un certain nombre de pourcentages d'ouvriers au-dessus de 15% d'employés également de la même manière.

On constate donc que son électorat est bien un électorat composite. Et donc si l'on fait parler les chiffres, rupture du sens commun, on peut dire que c'est près de 80% de son électorat qui n'est alors pas issu des CPS+. Ce phénomène est moins notable en 2022 du fait de l'importance de la captation du vote des retraités Je vous le citais d'ores et déjà pour essayer de comprendre cette rupture du sens commun Que conclure sur ce point ?

Nous mesurons bien ainsi que la science politique vise à réfuter un certain nombre d'analyses des lieux communs ou relativement aisés contre des facilités On doit mesurer alors la complexité du réel Deuxième règle alors de la méthode posée par les pères de la sociologie, c'est la question centrale de l'observation. Émile Durkheim nous dit qu'il faut prendre le politique comme une chose. Il faut donc alors réifier le fait politique. C'est donc une véritable révolution, c'est considérer que comme tout fait social, il est susceptible d'être un objet soumis à l'observation, un objet d'étude en soi.

Et donc, il ne relève pas d'une simple approche psychologique, doctrinale. Et donc là, c'est une approche qui est en rupture avec les opinions politiques. Et donc, la science politique ne vise pas à donner ses opinions et ses conceptions du politique, ce que je me garderais bien de faire au cours de ces leçons. Cela signifie alors que la science politique pose des exigences de vérification. On a alors l'usage de ce qu'on appelle la preuve face à la contre-preuve, qui a été posée notamment par un auteur épistémologue, Karl Popper.

Pour le faire alors, la discipline va s'appuyer sur des méthodes spécifiques. L'utilisation d'outils au service d'une démonstration, dont je vous citerai le recours à trois cas principaux matériaux. D'abord, la recolte de données statistiques, qui permettent de faire des comparaisons, d'évaluer aussi. L'usage des enquêtes par sondage, des enquêtes sur un échantillon représentatif, pour connaître un certain nombre de positionnements politiques, d'intentions de vote aussi, mais pas seulement, des connaissances de différents phénomènes et de comportements. Le recours, troisième outil, à des entretiens, avec la possibilit alors d des relativement soit pour les entretiens soit pour les d avec des enqu men parfois en partenariat avec le minist de l enqu lanc en Grande et importantes d les ann 60 et qui ont pu être reprises ensuite par le centre de recherche de Sciences Po lors des élections, pendant des décennies, en partenariat avec le ministère de l'Intérieur.

Enfin, je citerai l'observation, avec la possibilité d'organiser des enquêtes de terrain, au sein de manifestations, bien sûr, auprès des élus ou auprès des militants. Troisième et dernière règle de la méthode, on peut dire que cette règle se traduit par la rupture avec une approche descriptive au profit d'une approche spécifique, c'est l'adoption du raisonnement de nature scientifique. Adoption d'un raisonnement de nature scientifique. On constate alors que la science politique, comme toute science, tend à vérifier des hypothèses.

On signifie alors qu'elle détermine ce qu'on appelle des inférences. Déterminer des inférences. Ces inférences, c'est une logique de corrélation. Il s'agit de mesurer l'effet de variables indépendantes sur des variables dépendantes, définir donc des lois tendancielles et qui permettent parfois de définir alors de véritables loi de causalité. Le terme de loi ici ne s'emploie pas du tout en termes juridiques, de normes de droit. Il fait référence, selon les termes même de Max Weber, à des tendances qui sont confirmées par l'observation d'un déroulement de l'activité sociale auquel on doit pouvoir s'attendre.

Donc des véritables tendances lourdes, pour le dire simplement. Cette définition de ces lois de causalité, de ces régularités, c'est un élément qui est consubstantielle à toutes les sciences sociales. C'est le postulat que le social est déterminé, et donc qu'il existe ses régularités, les comportements ne sont pas aléatoires. Et donc l'objectif, c'est bien de préciser la nature de ces déterminations, comprendre ces grandes lois tendancielles. Je citerai un simple exemple illustratif. La sociologie électorale a montré statistiquement que les catholiques pratiquant en France, historiquement avait une plus grande propension à voter durablement pour la droite modérée.

Être catholique pratiquant incline à voter plutôt pour le courant de la droite républicaine que les courants de gauche ou des courants extrémistes. Cette logique demeure encore de nos jours relativement solide malgré des variations et notamment c'est une logique significative dans le cadre d'une plus faible attractivité dans le cadre de la montée des courants et d'extrême droite notamment. On voit alors que la science politique postule donc une ambition de théorisation au delà de cette logique méthodologique. Il s'agit de partir d'un cas pour une généralisation autour de grandes tendances.

On peut considérer cette théorisation comme une véritable construction intellectuelle par laquelle un certain nombre de ces lois sont rattachées à un principe d'où elles peuvent alors être déduites rigoureusement. Elles permettent de faire le lien entre différentes déterminations qui ont pu être produites. Dans le cadre alors de ce raisonnement scientifique et de ses courants, on peut citer le fait que l'analyse de l'action collective longtemps fait prévaloir ce qu'on a appelé la théorie de la mobilisation des ressources.

Qu'est-ce que cette théorie ? Eh bien elle pose que la mobilisation des individus pour défendre une cause auprès des pouvoirs politiques ne résulte pas simplement d'un choix rationnel. Recourir soit des actions de lobbying auprès d'élus ou participer à une manifestation pour faire pression. En fait la théorie de la mobilisation des ressources eh bien indique que ces actions collectives dépendent de multiples incitations. Ça peut être le cas d'avoir une structure d'organisation, elles dépendent aussi de contraintes importantes, qui sont des contraintes financières ou des contraintes historiques.

On voit alors que ces différentes théorisations ont pu s'inscrire dans deux grands courants d'analyse, si on essaye de simplifier ces différents types d'analyse disponibles. On a deux grandes lectures du réel qui ont été proposées par la littérature. Les différentes déterminations s'inscrivent soit dans la tradition holiste ou dans la tradition de l'individualisme méthodologique. Les théories holistes ont posé que l'individu est déterminé avant tout par son environnement, au cœur de la construction même de la sociologie. Les rapports sociaux, les normes du groupe d'appartenance vont agir sur les comportements, les conceptions de l et donc on voit que l n jamais libre Et donc dans cette approche vous l compris il faut partir du groupe social pour expliquer les comportements humains Partir du groupe social pour expliquer les comportements humains dans le cadre de l'analyse holiste.

Le courant individualiste ou de l'individualisme méthodologique part d'une conception théorique qui est historiquement opposée. On peut dire que c'est symétriquement quasiment l'inverse. L'individualisme méthodologique postule que c'est l'individu qui produit, qui façonne la société. Et donc du point de vue de l'analyse, il faut partir des comportements individuels pour établir les rapports sociaux. Et donc cette fois-ci, on voit que c'est une conception qui postule que la société est le produit de l'activité individuelle. La société comme produit de l'activité individuelle.

On voit alors que cette analyse est souvent menée en termes de stratégie, de stratégie volontaire, de choix rationnel. On voit très bien comment un débat a opposé alors deux écoles au moment de la construction de la sociologie, autour de la figure d'Emile Durkheim d'une part et de Gabriel Tarde ou Gabriel de Tarde de l'autre. On voit très bien qu'à ce prix de l'agglomération de ces différentes logiques de méthode, on a établi une véritable discipline scientifique. Néanmoins, on peut quand même s'interroger, la science politique est-elle une science comme une autre ?

On a vu, et je viens de vous présenter trois grands axiomes importantes pour construire cette science autour de manière importante de la rupture du sens commun, de la logique des méthodes et du raisonnement scientifique, se pose la question des différences entre la science sociale ou les sciences sociales et les sciences dites physiques, sciences exactes parfois appelées ainsi sciences mathématiques. Un sociologue Jean-Claude passerons dès la fin des années 60, insistait sur la spécificité des sciences sociales par rapport aux autres sciences.

Dernier élément notable que l'on peut rever, or ce qu'on constate c'est qu'il existe une unité entre les différentes sciences sociales. On cite parfois la science politique, la sociologie ou même l'histoire. Cette unité tient au fait que les interdépendances sont toujours attestées mais dans un contexte singulier. Ça signifie que les catégories, les comportements sont mesurés mais dans une situation historique donnée. Autrement dit, premier élément de relativisation aux axes méthodologiques que j'ai posé, les lois tendancielles elles ne produisent des effets que dans un contexte géographique donné.

Et donc c'est un élément très important en sciences politiques c'est qu'il n'y a pas de loi universelle. On le retrouve si on étudie la sociologie électorale, comprendre les analyses du vote, si on essaye de s'intéresser aux pratiques du lobbying aussi et énormément d'autres types de comportements et de phénomènes politiques. Je citerai là aussi simplement un cas illustratif pour que vous le saisissiez. On voit très bien que l'effet de genre ne produit pas d'effet véritablement mesurable en France sur la période relativement longue, même si la période récente a pu à ce moment-là relativiser ce distinguo.

Mais le fait d'être un homme ou une femme, dans les dernières décennies, n'a pas produit d'effet notable en matière de répartition du vote. Or ce qu'on constate dans le cas notamment des enquêtes d'intention de vote à la présidentielle américaine de l'automne 2024, qu'il existerait une véritable différence de vote particulièrement marquée entre hommes et femmes, donc un effet de genre significatif dans le cadre américain. On voit dès lors que des tendances différentes, des lois tendancielles, peuvent être de ce point de vue relativement opposées selon les contextes.

On peut également signifier que l'expérimentation doit composer également avec l'effet des objets étudiés, et donc les comportements peuvent induire finalement un certain nombre d'effets sur les résultats. La science politique et les sciences sociales ne sont pas des sciences en laboratoire. Nous le verrons ensemble, mais le passage des questionnaires peut induire des effets dans le type des résultats, un certain nombre d'enquêtes et notamment pour les intentions de vote. Je citerai enfin le fait que les lois étudiées ne sont que des lois qu'on pourrait appeler de probabilistes.

Ces lois étudiées ne sont que des lois probabilistes. Ça signifie qu'elles sont vérifiées mais dans une majorité de cas. Et de fait, il existe toujours des contre-exemples. Ce sont ce qu'on appelle des lois de propension mais il n'y a pas de loi véritablement universelle.