Cours 02 - Approche scientifique du champ politique (II)

SCIENCE POLITIQUE · Semaine 1 : L'approche scientifique du fait politique
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Des enquêtes ont été menées par un ethnologue français à travers des études devenues classiques, car elles ont remis en cause les dimensions jugées ordinaires du polité, qu'on a vu d'ailleurs jusqu'ici. Cet auteur, c'est Pierre Clastre, qui va publier une synthèse de ses travaux en 1976 dans dans un ouvrage qui s'appelle « La société contre l'État ». Il s'intéresse alors à des sociétés loin du cadre occidental, les sociétés indiennes, qui ne connaissent pas la structure de l'État moderne.

Il s'appuie sur ces campagnes d'immersion en sociétés amérindiennes, dans des petites communautés villageoises, notamment les indiens guayakis au Paraguay, enquête qu'il a menée au début et milieu des années 1960. Il va aussi s'intéresser à des peuples au Brésil. Pour alors résumer son propos, tout son travail est de montrer que les sociétés qui sont sans état ne sont pas une étape vers un véritable stade de développement politique plus avancé. Et donc ça signifie que des sociétés ont pu s'organiser afin de refuser de former un un véritable État.

Pour ce qui nous intéresse, cela conduit à interroger alors la relation entre la coercition et le politique. Le politique pour exister est-il nécessairement corrélé lié à la contrainte, donc au pouvoir ? Et donc Clastres, en étudiant la société amérindienne, indique très clairement que dans ces sociétés, il n'y a pas de roi dans la tribu, mais un simple chef. Or ce chef ne dispose d'aucune autorité, d'aucun pouvoir de coercition vis-à-vis des membres de la tribu. Ils n'ont aucune obligation d'obéissance vis-à-vis du chef.

Il l'énonce en ces termes, le chef n'est pas un commandant, les gens de la tribu n'ont aucun devoir d'obéissance. Et donc on voit alors très bien que la chefferie remplit une pure fonction d'ordre technique et au titre des capacités, le chef dispose simplement du don oratoire. C donc un acte rituel il est soumis au devoir de parole il doit agir mais uniquement par persuasion Et donc s il s que ce chef n aucune autorit pour emp le conflit On voit très bien qu'on assiste alors dans ces sociétés, ces micro-sociétés, à une indifférenciation des fonctions sociales.

Le chef apparaît presque comme un chef sans pouvoir. Pourtant, et c'est ce qui indique très clairement Clastres, Qui dit absence de contraintes ne dit pas absence de politique. Le politique est bien au cœur du social. Le politique existe bien en tant que principe de cohésion du groupe. Et donc la régulation politique du social se fait, mais sans usage monopolisé de la violence. Il s'inscrit dans un véritable système de contrôle social. Et donc il existe de ce fait des contraintes, mais qui sont plutôt extérieures.

Clastres cite l'ordre sacré, l'ordre du divin avec des rituels, et puis aussi des moments exutoires, des moments de cohésion du groupe, notamment dans les luttes guerrières qui vont façonner l'esprit de groupe ou l'esprit de la tribu. Et donc on voit très bien qu'on peut avoir du politique mais sans coercition. On peut aboutir alors à une conclusion relativement intermédiaire sur l'objet de notre science politique. résumé en une formule, c'est plus que l'État, mais moins que le pouvoir général, et au-delà même du pouvoir strictement coercitif.

Il est possible enfin de tenir compte, disons, d'un dernier enjeu de délimitation de l'objet. Il s'agit cette fois-ci de prendre en compte le fait que le domaine du politique n'est jamais donné une fois pour toutes. Il est bien susceptible de se modifier. Troisième idée-force que nous allons voir ensemble. Cet objet politique ça signifie qu'il n'est pas figé, il n'est pas, dit un collègue, donné déjà là cet objet. On voit alors qu'il n'existe pas par nature des questions politiques en elles-mêmes et d'autres qui ne le seraient pas, par essence.

Dès lors il faut adopter ce qu'on appelle une démarche constructiviste. démarche constructiviste. Il s'agit tout simplement de considérer que tout fait social n pas politique mais peut le devenir Tout fait social n pas politique mais peut le devenir Et donc l de la science politique c de s au rep du politique et donc s ces processus de passage d'un enjeu non politique à un enjeu politique. Repérage de ce processus et de cette logique, cette dynamique de politisation.

Alors on peut d'abord l'observer en termes de potentialité politique. Ça signifie qu'il existe une dimension politisable de tout fait social. Cela signifie que le caractère politique d'un fait social va varier dans le temps mais aussi dans l'espace. Plusieurs exemples illustratifs le montrent assez bien, j'en citerai juste rapidement quelques-uns. Un problème n'est pas politique car l'État ne va pas s'en saisir. Il n'est pas publiquement controversé. Des travaux ont notamment porté sur le phénomène de la pédophilie qui est demeuré longtemps un problème latent, non dissible, invisible au sein de la société.

L'insécurité routière a été saisie par les pouvoirs publics beaucoup plus tardivement en France qu'aux États-Unis. Là aussi cette question a été longuement renseignée. On peut dire alors que des problèmes sociaux existent à ce qu'on appelle l'état latent. Ils deviennent politiques que s'ils sont qualifiés comme tels. Je citerai à nouveau un exemple illustratif, le cas de l'écocide. C'est donc une conception selon laquelle un acte qui consiste à détruire délibéralement en totalité un écosystème relève d'une véritable sanction pénale et vu comme une question et un objet criminel.

Cette atteinte à l'environnement n'est pas perçue comme un problème public pendant des décennies, même si on peut constater que cet enjeu d'Ecocide est traité au niveau du droit international dès la fin des années 40 en 1947. Mais l'irruption du problème véritablement intervient lors de la guerre du Vietnam avec l'usage par l'armée américaine de l'agent Orange, un puissant défoliant qui est destiné à détruire la forêt et qui vise à empêcher à ce moment-là des insurgés vietnamiens de pouvoir s'y réfugier.

Mais ce qu'on constate c'est que le seuil est véritablement franchi, on peut dire à peu près dans les années 2010, avec la question de la pénalisation de ces actes qui vont envahir le d public et les d publics nationaux On peut citer l Oxfam qui va organiser des qui vont promouvoir l que ceux qui sont responsables du changement climatique devraient en répondre devant la loi avec différents recours soit juridiques ou des manifestations publiques. On observe bien de fait alors que la question du politique pose celle de la politisation volontaire, c'est à dire qu'il faut un travail complexe que va faire ce travail certains groupes, certaines personnes qui en viennent à considérer certains types de problèmes comme des problèmes politiques.

On peut alors désigner ici la question de la politisation qui est envisagée alors sous le sens d'un processus par lequel des questions, des activités, des pratiques, des discours vont se trouver dotés d'une portée politique. Discours, questions, pratiques qui vont être dotés d'une portée politique. On voit très bien alors que ces questions sont appropriées par des acteurs qui vont investir véritablement le champ politique. Et donc on a différents processus de politisation qui sont portés par des groupes divers, les gouvernants bien sûr, les partis politiques, mais aussi les médias, certains groupe d'intérêt des intellectuels et donc qui vont amener une logique de controverse et de conflictualisation.

On peut alors synthétiser et voir cette logique comme politisation dans le fait de consister véritablement à une élévation d'un problème social au rang de véritables problèmes publics. Et donc la politisation conduit à ce que le politique soit obligé de traiter politiquement un problème. Ce problème entre alors dans ce qu'on appelle l'agenda politique. On a ainsi observé à travers ces différents enjeux que la science politique s'est construite avant tout autour de la tentative de délimitation des frontières autour de son objet.

Deuxième enjeu alors fondamentale, c'est d'essayer d'observer comment la discipline s'est construite aussi par son ambition purement scientifique et qui recourt de ce fait à la question véritablement des méthodes.