Bonjour à toutes et à tous. Alors nous arrivons aujourd'hui à la conclusion de ce cours. Une conclusion qui, bien évidemment, ne peut pas être définitive. L'objet que nous avons étudié est tellement vaste qu'il ne peut y avoir une seule interprétation possible. Les mêmes événements donnent lieu à des interprétations différentes et vous pouvez avoir des approches de type transnationaliste, des approches de type constructiviste qui exposeront les données du problème de manière totalement différente. L'approche transnationaliste privilégiera l'autonomie des acteurs privés, le rôle des réseaux transnationaux, l'importance des problématiques qui dépassent le cadre national pour considérer que l'État ne joue plus un rôle central.
Les approches constructivistes considéreront que les identités sont désormais centrales et qu'il faut partir de l'intersubjectivité, c'est-à-dire du croisement des identités, pour comprendre comment les problèmes internationaux sont posés. Et puis vous avez des approches culturelles différentes. Se développe aujourd'hui une approche chinoise des relations internationales, une approche ambivalente puisque la Chine reste un pays extrêmement ouestphalien, extrêmement réaliste, qui reste dans un rapport de force avec le reste de la communauté internationale. mais elle propose également une interprétation du monde différente avec le Tiansia.
Le Tiansia, c'est tous sous le même ciel. Cela part d'une forme d'hégémonie exercée par le royaume Xu au IIe siècle avant Jésus-Christ. Le royaume qui était à tout petit royaume et qui a mis en place le Tiansia pour justement étendre son hégémonie sur des royaumes beaucoup plus puissants, non pas par la force, mais en se fondant sur l'idée de l'harmonie des relations qui partent des relations familiales, qui irriguent vers les royaumes et qui doivent être reconnues au sein de l'Empire.
Donc c'est une approche intéressante pour les Chinois, puisqu'on ne parle pas de l'homme, de l'individu, mais on parle de la relation entre deux individus au niveau de la famille, qui doit être aussi harmonieuse dans la famille qu'au niveau de l'Empire. Donc, des approches extrêmement variées. L'approche que j'ai choisie, et que je n'ai jamais cachée durant tout ce cours, était une approche délibérément réaliste, un réalisme que l'on peut qualifier de libéral, à savoir que ce réalisme n'est pas le réalisme classique de Raymond Aron ou de Morgenthau qui considéraient que la guerre était au centre des relations internationales, puisque j'ai eu l'occasion de vous le dire, partir du moment o on remplace la puissance par la s comme pierre angulaire de la construction des relations internationales nous avons une approche totalement diff puisque la puissance est un bien...
La lutte pour la puissance, la balance of power, est une lutte d'influence permanente, c'est un jeu à somme nulle, alors que la sécurité est un bien commun, et quand je renforce ma sécurité, je renforce en même temps la sécurité de mes partenaires. Dès lors, la représentation des structures internationales n'est plus fatalement anarchique et nous avons une approche réaliste libérale où la coopération, d'après l'expression célèbre de Charles Glazer, la coopération devient l'instrument par lequel les États satisfont leurs besoins égoïstes.
Donc mon approche est résolument réaliste et encore une fois, Si vous n'adhérez pas à cette approche, je ne peux que vous inviter sur la base de ce cours à aller découvrir d'autres auteurs. En conclusion de cette approche réaliste, avant de recomposer la scène internationale qui a été, je vous le rappelle, déstructurée d'une manière artificielle en scène des organisations internationales, scène inter-étatique, scène de l'économie monde, scène de la société monde, avant de recomposer cette scène, il faut s'interroger sur la notion de système international.
Et ma définition du système international est celle que j'emprunte à Marcel Merle, pour qui un système international, c'est à la fois un système de force et en même temps un système diplomatique. Le système de force, c'est quoi ? ce sont les valeurs dominantes, la manière dont on pose les problèmes à un moment ou à un autre. Prenez l'exemple de la surpopulation dans le monde. Dans les années 60, le problème est posé prioritairement sous l'angle de l'alimentation.
Aujourd'hui, le problème est posé sous l'angle des migrations internationales. Donc, comprendre le système international nécessite non seulement de voir comment fonctionne le système diplomatique, mais également de comprendre aussi comment les problèmes sont posés à un moment donné. Alors, comprendre le système de force nécessite de s'interroger brièvement, bien évidemment, sur les grandes évolutions internes et les grandes évolutions externes, du moins au niveau des perceptions. Alors à l'intérieur, il y a, me semble-t-il, deux évolutions majeures. Tout d'abord, précédemment, l'égalité prévalait sur la liberté.
Non pas que nous ayons été dans des régimes liberticides, mais sous l'influence du totalitarisme communisme, il y avait véritablement une pression pour plus d'égalité. Et quand il y avait une tension entre l'égalité et la liberté, précédemment, on tranchait plus volontiers en faveur de l'égalité. Désormais, les choses ont changé et lorsqu'il y a une tension entre liberté et égalité, on a plutôt tendance à considérer que la liberté doit l'emporter. c le premier grand changement qui influence sur l de notre perception du monde Le deuxi grand changement est li au fait que pr l'État avait à sa disposition un budget absolument illimité.
C'était la fameuse loi de Wagner qui voulait que les finances publiques suivent une courbe ascendante en permanence. Or, désormais, et sous l'influence des évolutions réganiennes et satchériennes des années 80, on voit une inversion de cette courbe, puisque désormais les finances publiques ne sont plus illimitées, le rôle des déficits publics a été réduit, Et on voit notamment avec les critères financiers de l'Union européenne, les critères de Maastricht, que l'arme budgétaire a été réduite. Et là, c'est vraiment une évolution majeure puisque précédemment, lorsqu'il y avait un problème, on avait plutôt tendance à se tourner vers l'État pour qu'il apporte des solutions aux dits problèmes.
Et désormais, l'État n'est plus qu'un acteur parmi d'autres pour apporter des solutions aux problèmes. Et cela se traduit par le fait non pas que l'économique, par exemple, que la sphère économique l'emporte désormais sur la sphère politique, mais face à une situation particulière, précédemment on savait que le politique apporterait la réponse, désormais il y a une concurrence entre les logiques politiques, les logiques économiques, les logiques culturelles, sociales, voire religieuses. C'est, me semble-t-il, les points importants à voir concernant les évolutions internes.
Concernant les grandes évolutions extérieures, il y a là trois ou quatre points à prendre en considération. Tout d'abord, le premier point, c'est considérer que les identités qui n'étaient pas considérées précédemment, les identités et les valeurs deviennent désormais centrales. Elles sont centrales pour les relations internationales avec une majuscule, c'est-à-dire pour la discipline relation internationale. Et là, on le voit très clairement avec le rôle et la place prises par les approches dites constructivistes des relations internationales. Mais le rôle des identités est tout aussi central dans les relations internationales avec une minuscule, c'est-à-dire dans l'analyse des rapports internationaux, les questions, la dimension culturelle des relations internationales est beaucoup plus centrale désormais désormais, que par le passé.
Deuxième évolution, c'est la transformation du rôle et de la place de la violence. Précédemment, les grandes guerres étaient des guerres inter-étatiques. Désormais, la violence est contrôlée entre les États, mais a diffusé à l'intérieur des États, avec une internationalisation d'un certain nombre de conflits. Or, face à cette violence, la violence organisée, le monopole de la violence légitime dont bénéficiaient les États, est beaucoup moins apte à apporter des réponses. Et nous voyons que les arm occidentales sont le plus souvent en situation de retrait dans ces conflits la marge du syst strat central dans ces conflits p de la guerre froide ou les conflits asymétriques d'aujourd'hui, des conflits que ces armées régulières sont incapables de remporter.
D'où cette notion de faiblesse de la puissance chère à Bertrand Badi pour qui nous serions désormais dans un monde apolaire. Je n'adhère pas totalement à cette idée d'un monde apolaire, mais très clairement, la bipolarité nette de la guerre froide a été remplacée par un système unipolaire jusqu'en 1990, mais depuis la fin des années 90, nous sommes dans un monde qui cherchent sa polarisation, qui cherchent sa structure. Et il est bien difficile aujourd'hui de dire si nous sommes dans un monde de nouveau bipolaire, par confrontation potentielle entre les États-Unis et la Chine, si nous sommes dans un monde apolaire ou si nous sommes dans un monde multipolaire.
La troisième caractéristique à prendre en considération, à avoir à l'esprit, c'est la diffusion et la transformation des normes internationales. Précédemment, le droit international s'imposait, le droit international qui était un droit par lequel les États acceptaient les contraintes qui allaient peser sur eux, puisque nous l'avons vu, la souveraineté c'est à la fois un pouvoir de commandement suprême à l'intérieur mais un pouvoir de consentement à l'extérieur. Or, aujourd'hui, nous voyons des normes diffusées en dehors de l'acceptation formelle des États.
On le voit en matière politique avec la responsabilité de protéger, mais on le voit également en matière économique avec cette doxa financière que nous avons étudiée. une doxa financière qui s'impose finalement aux États sans même qu'ils veuillent adhérer à toutes les conséquences de ces normes. Enfin, dernier point à prendre en considération, c'est un début de désoccidentalisation du monde, le monde qui précédemment était organisé selon les valeurs des nations civilisées, reconnues par l'article 36 du statut de la Cour internationale de justice, qui est intégré à la charte des Nations Unies.
Or, désormais, ce droit des nations civilisées est remis en cause par la montée en puissance d'acteurs tiers. Et je vous parlais tout à l'heure du Tianxia chinois. Nous voyons là, véritablement, une nouvelle manière de penser le monde qui n'est pas encore diffusée. Mais il existe désormais une alternative pour penser l'ordre occidental du monde alors que par le passé cet ordre occidental n'était pas mis en compétition. Je vous remercie de votre attention.