Voyons à présent dans l'examen du mode de fonctionnement de cette économie de marché, de cette démocratie de marché, les résistances à cette idée dominante. Y a-t-il une alternative ? Et la grande idée alternative a été posée en 1944 par car Poliani dans la grande transformation, un ouvrage passionnant dans lequel Poliani montre que jusqu'à la révolution industrielle, le social l'emporte sur l'économie. C'est l'économie qui est intégrée dans le social. L'exemple, vous avez toujours des idiots du village, mais qui ont un petit rôle économique à jouer, parce qu'ils restent dans leur village.
Aujourd'hui, l'idiot du village a disparu parce qu'il a été placé, parce qu'il n'y a plus de mission à lui confier, parce que l'économie l'emporte désormais sur le social. Ce n'est plus l'économie qui est intégrée, l'intermanglais est une bennede et intéressant. Ce n'est plus l'économie qui est intégrée dans le social, c'est le social qui dépend, qui est intégré dans l'économie. La contestation de ces primas de l'économie capitaliste est ancienne, ça remonte à la fin du XIXe siècle avec les théories de l'impérialisme.
Des théories de l'impérialisme qui trouvent d'ailleurs leur origine chez un ancien libéral, Opsone, qui est à l'origine de cette théorie, était libéral, mais le libéralisme qui a été la grande idée du XIXe siècle a fini par s'essouffler, a fini par se scléroser. Et des auteurs comme Léneine, comme Rosa Luxembourg, comme Bucaré, bon, s'engouffrer dans cette brèche coffre les théories de l'impérialisme. Alors qu'est-ce que l'impérialisme à l'époque ? L'impérialisme, c'est l'union du grand capital économique, des grandes entreprises, qui vont s'associer à des grandes banques.
Donc c'est l'union du capital économique et du capital financier, qui vont créer des structures de production toujours plus grandes. Or, étonnées que le coût unitaire ne cesse de baisser, il va falloir avoir des marchés toujours plus larges pour écouler ces productions. Et l'analyse politique qui dérive de cette analyse économique, c'est de dire que tôt ou tard ces grands groupes capitalistes, ces groupes impérialistes vont finir par rentrer en opposition, ou quand il n'y aura plus de territoires à conquérir pour écouler les productions locales, la guerre sera absolument inévitable.
Alors là, nous sommes dans une logique marxiste ou néo marxiste, dans une logique qui est la conséquence de l'analyse classique d'Emmanuel Wallenstein, d'après laquelle c'est à partir du 15e siècle que la bourgeoisie a pris le pouvoir sur le politique. Et finalement, le politique est devenue une simple marionnette dans les mains du grand capital. Et si conquêtes coloniales il y a eu, ces conquêtes coloniales ont eu, prioritairement pour origine, ce désir des grandes entreprises à écouler leurs productions.
Oh, ça ne marche pas exactement comme ça. L'analyse de Jacques Marseille, c'est vrai qu'il était libéral, mais Jacques Marseille s'est intéressé dans un ouvrage des années 2000 consacré à un capitalisme français et en pire histoire d'un divorce. Jacques Marseille a montré qu'on n'a pas été conquérir des nouveaux pays pour écouler de la production. Ce qui est équivalent à dire que le principal débouché pour le dernier produit d'Apple sera le laissoto, ce qui n'a pas véritablement beaucoup de sens.
On a essayé d'inverser en disant que l'intuition était bonne, ce n'était pas pour la loi des débouchés, c'était pour l'offre de matière première qu'on a été conquérir ces marchés. Et là encore, des auteurs comme Paul Béroc montrent que jusqu'au XIXe siècle, jusqu'à fin du XIXe siècle, l'Europe exploite essentiellement les minerais, le fer et le charbon qu'elle tire de son propre territoire. Et finalement, on pourrait paraphraser Chumpeterre pour dire que ce n'est pas parce qu'il y a eu effectivement impérialisme que les théories de l'impérialisme expliquent quoi que ce soit.
Donc des théories qui sont extrêmement puissantes, on voit encore ici et là des slogans pour mettre fin à l'impérialisme, mais ces théories n'ont pas véritablement eu de grandes capacités explicatives comme le monde d'ailleurs, les doctrines du néo-impérialisme, quand au début des années 60, les pays du tiers monde qui deviennent majoritaires à l'Assemblée générale des Nations Unies, les pays qui ont des préoccupations, qui ne les situent pas dans le cadre de la guerre froide, des pays qui n'ont pas envie de prendre position ni pour un bloc ni pour l'autre bloc.
C'est une fameuse théorie de la balance qui vont prévaloir à l'origine du mouvement du non-aliment. Donc ces pays du Sud ont d'autres préoccupations que les préoccupations d'aliment sur l'Union soviétique et des États-Unis. Leurs préoccupations ne sont pas de leur diplomatique au stratégique, mais elles sont davantage dans le domaine économique et dans le domaine du développement. Et donc il y a toute une réflexion menée sur la place des pays du Sud dans l'économie mondiale. On a une influence marxiste forte, notamment à travers la CEPAL, la Commission économique pour l'Amérique latine, avec des auteurs comme Raoul Pleybisch ou Iglesias, mais cette école d'inspiration marxiste constate que les théories classiques de l'impérialisme ne peuvent pas leur apporter les réponses aux problèmes qu'il se pose.
Et donc on va trouver une nouvelle aspiration dans le cadre de l'école dite de la dépen d'NCA, l'école qui aura pour auteurs centrales Samiramine, notamment avec l'accumulation à l'échelle mondiale ou le développement inégal. Et l'analyse de Samiramine est extrêmement percutante puisque Samiramine constate que le problème du Sud, c'est d'avoir reçu trop d'investissements en provenance du Nord. Mais le corollaire, c'est que le développement du Sud a été envisagé comme le prolongement du développement du Nord. Le Nord finalement a utilisé le Sud pour son propre développement et non pas avec le désir de permettre aux nations du Sud de se développer de manière harmonieuse.
Et c'est pour cela que l'on a privilégié les matières premières, alors même que l'exploitation des matières premières se traduit par l'exploitation de produits dont les termes de l'échange ne cessent de se dégrader. C'est-à-dire qu'on a besoin de moins de caoutchouc pour faire des pneus, on a besoin de moins de quantités de fer pour des alliages très puissants. Donc le prix de base de ces matières premières ne cesse de baisser. Alors même que l'on a rendu ces pays totalement dépendants de l'exploitation, le plus souvent d'un seul produit qui connaît souvent des fluctuations ératiques, mais fluctuations ératiques plutôt tournées vers la baisse.
D'ailleurs, ça signifiait le développement de ces cultures d'exploitation ou le développement de ces grandes entreprises. Ça a débouché sur un exode rural massif, du fait que les bonnes terres ont été récupérées pour cultiver du cacao ou du café. Donc les productions vivrières ont disparu, ce qui a entraîné un exode rural, la création de Mégalopole et le développement de services avec une productivité très faible et qui s'accompagnait d'une corruption très forte. En fait, constate sa pyramide, il n'y a pas eu cet effet d'entraînement procuré par les grandes entreprises.
Il n'y a pas eu de spécialisation entre les pays du Sud et les pays du Nord, puisque les pays du Sud n'ont pas réussi à développer des secteurs véritablement autonomes. Le problème des pays du Sud, c'est que les grandes entreprises n'ont pas permis de tirer les petites entreprises, les grandes entreprises où les capitaux avaient afflué, n'ont pas permis à l'environnement économique local de profiter de la croissance occasionnée par l'arrivée de ces capitaux. Le meilleur exemple, si vous voulez, ce sont ces centrales nucléaires avec au premier plan des villes non villes.
Je pense à une photo très célèbre qui avait été prise en Inde. Alors la situation en Inde a changé, mais dans le nombre de pays, nous sommes toujours dans cette situation où finalement, on a des secteurs tournés vers l'exportation avec un environnement humain, social et culturel qui n'a absolument pas suivi. Alors les grandes théories économiques, les grandes pratiques ou les grandes politiques économiques fondées sur la théorie de la dépenance, ont été la théorie du financement déficitaire, à savoir que comme les ressources manquent, il faut se concentrer dans un domaine et pousser ce domaine, les théories du financement déficitaire qui vont avec la théorie du big push.
On a les théories de la production nationale comme substitue aux importations qui avaient été développées au Brésil, au Maroc, mais en fait ces théories ont mal marché. Il y a un exemple très célèbre, c'est celui d'un ancien président brésilien qui faisait partie de cette école de la CEPAL et qui pour son malheur devient président. Bien évidemment, les journalistes faisaient un plaisir de lui rappeler ses anciennes contributions à l'économie politique et un jour excéder, le fameux président à lâcher, ne me parlait plus de mes anciens écrits.
Donc les théories de Samir Amin sont absolument passionnantes pour expliquer comment l'absence de spécialisation a pu survenir le développement inégal des économies, mais finalement l'alternative qui préconisait, c'est-à-dire essentiellement le développement sud-sud, n'a pas vu le jour. On a une troisième critique majeure aux théories libérales. Ce sont des critiques venant d'économistes classiques, d'économistes qui sont plutôt en faveur de l'économie de marché. L'économie de marché, on l'a vu, prend autant de forme qu'il y a d'expériences historiques différentes, mais dans son rapport aux exportations, l'économie de marché ne signifie pas obligatoirement une économie ouverte sur l'extérieur.
Le mode de développement autarcique le protectionnise peut être une phase nécessaire pour préparer le tissu économique à l'ouverture, pour préparer les entreprises nationales à faire face à une concurrence élargie. Nous avons un auteur français, prinaubelle de l'économie Maurice Allais, qui a bien développé cette vision d'une économie de marché qui n'était pas une économie ouverte, avec essentiellement quatre critiques de l'ouverture. Tout d'abord, le fait que le modèle ricardien, celui qui veut que le Portugal ait intérêt à produire du vin pour pouvoir acheter du drap anglais, et bien le modèle ricardien ne peut fonctionner qu'avec une stabilité des coûts de production et des niveaux de développement économique identiques.
En l'absence de coûts identiques, le modèle n'est pas équilibré, et donc l'analyse de l'ouverture n'est pas aussi satisfaisante. Deuxième, un vrai problème souligné par Allais, c'est le fait que le modèle d'ouverture des économies ne prend pas en compte la monnaie. Alors même que la monnaie n'est pas neutre, que la monnaie peut avoir un effet positif ou négatif sur le commerce extérieur, on se rappelle, lorsque l'euro n'existait pas, ces pays qui avaient la tentation récurrente de dévaluer leur monnaie, ce qui était bien évidemment un coup de pouce donné à leurs exportations, tout en réduisant les importations, dont le coût augmentait mécaniquement.
Troisième problème souligné par Maurice Allais, bien sûr, on peut considérer que des économies ouvertes et spécialisées seront plus riches que des économies qui restent fermées sur elle-même avec des modes de production qui n'ont pas évolué. Le problème, dit-il, c'est qu'on ne prend pas en compte la période de transition, la période entre laquelle on décide d'ouvrir les frontières, et le moment où cette ouverture des frontières va produire des effets bénéfiques. Or, nous sommes le plus souvent face à des industries vieillies qui correspondent à la première révolution industrielle, et bien évidemment, fermer des usines dans le nord de la France, dans les midlands de Britannique ou dans les appalaches aux États-Unis, fermer ces entreprises représente un coût social et humain considérable qui peut durer sur plusieurs, sur plus d'une génération, et ça bien évidemment, l'économie libérale ne le prend pas en considération, et puis ajoute Allais, il y a une dimension culturelle dans certaines productions, il prend l'exemple, durer au Japon, et finalement détruire cette dimension culturelle au profit de l'économie, revient purement et simplement à nier les spécificités nationales, à nier la culture dans un modèle uniformisé qui ne peut produire une finée de richesses.
Donc que ce soit des théories marxistes ou d'inspiration marxiste, que des théories fondées sur l'économie de marché, on voit que la contestation de la mondialisation économique est bien répandue. Alors, on a vu les instruments de la gouvernance économique dans un premier temps, nous avons vu aujourd'hui les théories qui permettent de critiquer. Je vous propose de voir dans la prochaine séance une question concrète, à savoir la question du développement, et voir dans quelle mesure la mondialisation économique favorise, ou non aujourd'hui, le développement des pays du sud.
Merci pour votre attention.