Alors, intéressons-nous dans un premier temps, comme je vous le disais lors de la séance d'introduction, au cadre de cette économie mondiale. Alors, le cadre, ce sont déjà les vecteurs. Comment caractériser cette économie mondiale ? Il me semble qu'il y a quatre vecteurs à prendre en considération. Tout d'abord, la marchandisation, le fait qu'il y aille toujours plus de bien qui fasse l'objet d'échange à l'échelle de la planète. Ensuite, la croissance de l'échange et non plus simplement du commerce, de l'échange qui est devenu un vecteur central de croissance.
La place de l'innovation technologique et la place bien évidemment des flux financiers. Alors, intéressons-nous tout d'abord à la marchandisation. Au XIXe siècle, les libéraux pensaient que le cadre de l'échange naturel, le vecteur de l'échange naturel, c'était à la fois les capitaux qui pouvaient circuler puisqu'il n'y avait pas de contrôle d'échange. Il y avait un système qui assurait avec le collection standard la stabilité des échanges. Et puis, à côté, il y avait des marchandises. Mais bien évidemment, l'agriculture était en dehors des flux d'échange ainsi que les services.
Aujourd'hui, nous voyons que les échanges intègres des biens qui par le passé n'existaient pas à l'échelle internationale, comme objet d'échange internationaux. Et en dehors de l'agriculture, il est clair que les services représentent un rôle central, puisque les services aujourd'hui représentent à peu près 5 000 milliards de dollars, les cifres 2016, soit le cadre des échanges internationaux. On voit même que le rôle et l'influence des services est croissante, puisque depuis 2006, entre 2006 et 2016, l'échange de services a augmenté de 62%, alors que dans le même temps, l'échange de marchandises n'augmentait que de 30%.
Donc, pour laquelle il y avait des oppositions extrêmement fortes des pays du tiers-monde dont longtemps était réticent à intégrer les échanges de services dans le cadre du commerce international, tout simplement parce qu'il y avait une productivité, il y a toujours une productivité extrêmement faible de ces services. Il y a un pléthor d'employés, toujours très bien formés, qui dégagent finalement des marges extrêmement faibles, et soumettre à la concurrence ce secteur qui joue un rôle social extrêmement important, n'était pas une évidence pour nombre de pays du tiers-monde, d'où les réticences, d'où le fait que les négociations engagées à DOA au début des années 2000 n'aient toujours pas abouti.
Cela s'explique par les difficultés de réguler, d'encadrer ces échanges de services, alors même que la dynamique pousse à ce que ces services soient intégrés au même titre que les autres biens dans le marché international. On voit également que la marchandisation intègre les biens culturels. C'est le fameux thème qui divise tant l'Europe et les États-Unis sur le cinéma, à savoir que les États-Unis considèrent que le cinéma est un bien marchand comme un autre en Europe sous l'influence française ou l'influence de l'émotion de l'exception culturelle.
On considère que ces biens culturels peuvent faire l'objet d'une certaine forme de protectionnisme de la part des États. Et là, bien évidemment, encore une fois, nous avons des tensions. Le développement du marché ne se fait pas sans tension, mais ces tensions, malgré tout, même si on parle régulièrement de la guerre du poulet, de la guerre du bœuf aux hormones, ces guerres sont malgré tout beaucoup moins violentes que par le passé. Ceci étant, on voit que l'influence de l'économie dominante, l'hégémonie américaine est extrêmement forte, puisque les États-Unis arrivent à imposer leur modèle d'ouverture de l'économie au reste du monde, alors même qu'il existe plusieurs formes d'économies marchandes, d'économies capitalistes, qui ne sont pas obligatoirement libérales.
Donc deuxième vecteur de la mondialisation, l'échange qui devient un moteur de croissance. L'échange qui se situe aujourd'hui à hauteur de quelques 20 000 milliards de dollars, soit le cas du PIB mondial. Alors pourquoi l'échange est devenu aussi central, et bien pour trois raisons. La première des raisons, c'est le fait qu'à Breckham Woods en juillet 1944, les négociateurs qui pensaient l'avenir économique du monde considéraient que le recours au protectionnisme avait été à l'origine de la Seconde Guerre mondiale, et que pour éviter qu'une telle catastrophe ne se reproduise, il fallait ouvrir les économies.
Cette ouverture des économies a donc été organisée par le GATT, qui apparaît à partir de 1947. Il va attendre 1994 pour que le GATT se transforme dans une organisation mondiale du commerce, mais le GATT a fonctionné d'une manière extrêmement efficace, avec ce que l'on a appelé la clause de la nation la plus favorisée, une clause qui permettait de multilatéraliser des négociations faites sur une base bilatérale. L'Europe a un accord du long avec le Cameroon pour l'importation de bananes cambrounaises.
Dans ces négociations avec d'autres pays du monde, l'Europe va appliquer le système qui a été mis en place avec le Cameroon. On n'a pas besoin de refaire des négociations automatiquement, la clause de la nation la plus favorisée va s'appliquer. Donc le GATT a été l'instrument de cette ouverture des économies, qui fait qu'on ne parle plus de commerce aujourd'hui mais d'échange, c'est-à-dire que les nations achètent des produits à l'étranger, les nations ajoutent leur plus-value, leur savoir-faire, le domaine dans lequel elles se sont spécialisées, et puis elles revendent, c'est bien, à leur tour, ce qui fait qu'on ne peut plus se mettre à l'écart des réseaux d'échange, puisque cette mise à l'écart signifierait que l'on renonce à commercer, ce quoi-même, et à ajouter sa plus-value aux produits que l'on aurait importés.
Donc là, c'est l'approche libérale qui prévaut, c'est l'approche d'Adam Smith, c'est l'approche de Ricardo, mais les négociateurs de Bretton Woods n'étaient pas des libéraux absolus. Kenzie Siedzges, au sein de la déligation anglaise, il a d'ailleurs proposé la création d'une monnaie sortie du cadre national pour financer ses exportations, donc l'idée centrale, ce n'est pas l'idée sur laquelle il faut appliquer les règles du libéralisme, l'idée centrale, c'est que l'échange est un facteur de paix, c'est la théorie du dout-commerce qui prévaut.
La deuxième raison pour laquelle l'échange est devenu aussi centrale, est liée à la première crise pétrolière en 1973, une époque où les pays du tiers monde réussissent à faire poids, à se rassembler pour peser sur une négociation internationale, et à imposer aux pays occidentaux une ouverture totale des frontières, puisque les occidentaux répugnaient malgré tout à ouvrir leur frontière, aux produits textiles ou à la sidérurgie en provenance des pays du Sud, puisque ces secteurs correspondaient au secteur de la première révolution industrielle, et donc à des vieilles régions industrielles.
Il y avait donc des règles extrêmement protectionnistes pour le textile et la sidérurgie, mais les pays du tiers monde en 1973 ont réussi à faire en sorte que les pays occidentaux s'engagent à faire tomber ces barrières tarifaires. Et à partir de 1973, on voit le commerce international simplifier et redevenir absolument central. Enfin, le dernier élément qui explique la croissance des échanges internationaux, c'est ce que l'on appelle la production modulaire, c'est la tempérisation, pensée entre la France et la Grande-Bretagne, certains bien transitent six fois en travers de la Manche, c'est-à-dire la France achète un bien en Grande-Bretagne, l'entreprise française achète un bien en Grande-Bretagne, il va y ajouter sa valeur ajoutée, et il y a comme ça cinq ou six à l'air tour.
Donc on parle de production modulaire et à l'échelle mondiale. Le symbole de cette production modulaire, c'est le Jules Verne, ce sont ces portes conteneurs capables d'emporter des dizaines de milliers de boîtes qui véritablement représentent ce deuxième vecteur de la mondialisation qui est l'échange. Le troisième vecteur, c'est l'innovation technologique, une innovation qui n'est plus identique à celle de la fin du XIXe siècle, une innovation technologique aujourd'hui, une innovation qui permet de combiner des progrès à la fois dans les nouvelles technologies de l'information, de la communication, de l'informatique.
L'exemple caractéristique, c'est Internet, Internet qui est une grappe technologique et non pas une innovation isolée qui permet de faire apparaître un produit nouveau. L'innovation technologique est ce que l'on appelle désormais le quatrième facteur de production, après les facteurs traditionnels qui étaient le travail et le capital. On avait introduit le savoir-faire, c'est-à-dire l'éducation, le rôle des infrastructures, c'était le troisième facteur de production, désormais l'innovation technologique et le quatrième facteur de production, un facteur de production qui ne met pas les nations à égalité, à savoir que les nations les plus agiles, les nations qui sont le plus apte au changement, l'emporte ont un avantage compétitif très net vis-à-vis de nations plus ancrées dans leur tradition avec des modèles sociaux de régulation plus lourds.
L'agilité de l'innovation technologique crée des disparités majeures entre nations puisque on le voit des régions comme Seattle, comme la Silicon Valley qui attire les talents du monde entier favorisent bien évidemment l'innovation dans ces zones où des cerveaux innovants se rassemblent du set simplement de la qualité de leur environnement, un environnement que l'on ne retrouve pas partout dans le monde. Donc le facteur d'innovation technologique, ce facteur de croissance est en même temps un facteur d'inégalité. La dernière caractéristique, dernier vecteur, c'est la finance mondiale.
La finance mondiale qui représente, c'est très difficile à chiffrer mais les échanges sur le marché des devises, le forex, ces échanges sont de l'ordre de 5 300 millions par... excusez-moi, 5 300 milliards par jour, c'est-à-dire le budget, le PIB écumulé de la France et de la Grande-Bretagne. Alors pourquoi la finance a-t-elle pris un rôle aussi central ? Et bien là nous trouvons trois raisons majeures. La première raison c'est la fin des taux fixes qui avaient été mises en place à Bretton Woods en 1944, lorsque les États-Unis 15 août 1971 abandonnent la convertibilité du dollar, on abandonne la possibilité d'échanger le poids d'une monnaie, enfin une monnaie par son poids en or à travers le dollar et dès lors on a des échanges flottants et ces échanges flottants bien évidemment vont concentrer l'attention des pouvoirs publics comme des acteurs économiques puisque la monnaie joue un rôle certain dans les échanges.
La deuxième raison pour laquelle la finance devient aussi centrale c'est le fait que le mot d'ordre, désormais, c'est le libéralisme depuis la révolution réganienne et satchérienne, l'ouverture des économies et la clé de voûte du système économique international. Et bien évidemment cette attention accordée à l'échange s'accompagne d'attention aussi prononcée pour les questions financières. Enfin la dernière raison qui explique cet attrait pour la finance sont les produits dérivés, produits dérivés qui sont à l'origine de nombre de catastrophes bancaires et internationales mais les produits dérivés qui égversent un attrait très fort sur tous les acteurs puisque on n'a pas d'échange sans projection, sans ces produits dérivés.
Les premières bourses d'échange de matières premières sont apparues dans le Middle West, aux États-Unis, au 19e siècle pour éviter que les fermiers voient le prix du maïs ou du blé s'effondrer sous l'effet de l'offre et de la demande au moment où ils arrivaient tous avec leur production. Donc étaler dans le temps la vente permettait de garantir des revenus des fermiers. Donc les produits dérivés ne sont pas obligatoirement négatifs et ils sont liés intrinsèquement au développement de l'économie de marché.
Alors cela débouche sur une des caractéristiques du système contemporain de la mondialisation économique. C'est ce que les économistes Bourguinia et Dominique Plion appellent la règle des 3D. Tout d'abord c'est le décloisonnement. Il n'y a plus de distinction entre le marché des devises et le marché des immobiliers, entre le marché des actions et le marché obligataire. Donc tous les marchés sont intégrés les uns dans les autres. La deuxième caractéristique c'est la désintermédiation. Les acteurs économiques peuvent agir directement sur les marchés.
Les grandes entreprises ont leur propre salle de change. Et le troisième dé, c'est la déréglementation encore une fois sous l'influence des révolutions réganiennes et satchériennes. Ne un recul des États pour laisser les acteurs économiques plus libres dans leur transaction. Et cela débouche sur la dernière caractéristique de cette économie mondialisée que nous vivons aujourd'hui. C'est la règle du fameux triangle de Mandel à savoir que l'on ne peut pas aujourd'hui avoir dans le même temps la libre circulation des capitaux, la stabilité des change et l'autonomie des autorités monétaires.
On ne peut pas avoir tout ça en même temps. Et donc comme on ne peut pas sacrifier la libre circulation des capitaux et la stabilité des taux de change, finalement les pouvoirs publics sont obligés de renoncer à peser sur les politiques monétaires. Ils sont obligés de renoncer à l'autonomie de leurs autorités qui géraient précédemment la manette. Donc 4 vecteurs à la mondialisation, la marchandisation, l'échange, le progrès technologique et ce que Goldfincher appelle la géofinance. Nous allons voir lors de la prochaine session le cadre géographique, c'est-à-dire le cadre de la région.
Sous-titres réalisés par la communauté d'Amara.org