Bonjour, donc troisième élément de cette gouvernance globale, c'est l'apparition d'une nouvelle géographie des réseaux. Alors la notion de géographie des réseaux, et vous avez tous vu ces cartes où les continents sont déformés en fonction de l'importance que l'on veut accorder à tel ou tel flux, cette géographie de réseau a traditionnellement quatre caractéristiques. D'une part, c'est une géographie qui est dépourvue de centre. En fait, le centre change en fonction de la thématique que l'on étudie. La deuxième caractéristique, c'est une réduction des distances, c'est-à-dire une circulation des hommes, des idées, des marchandises, des services bien plus denses, bien plus faciles que par le passé.
Et ce qui accompagne cette réduction des distances, la troisième caractéristique de la géographie des réseaux, c'est la mobilité, voire la très grande mobilité des acteurs. Enfin, dernière caractéristique, c'est la fluidité des courants d'échange, à savoir qu'on n'a pas du jour au lendemain un nouveau flux qui s'installe, ce flux est obligatoirement éphémère et n'a pas de vocation à durer. Il pourra certes s'amplifier, mais il pourra être très rapidement remplacé par de nouveaux flux. Alors comment se manifeste cette nouvelle géographie des réseaux ?
On l'a vu à l'origine de la période, c'est-à-dire dès la fin de la guerre froide, pendant la guerre engagée en 1990, 1991, contre l'Irak qui avait envahi le Kuwait, on parlait à l'époque de l'effet CNN. C'était la guerre en direct. Et dans l'intervalle, bien évidemment, c'est Internet qui n'existait pas encore au début des années 90, qui n'existait pas comme l'Internet que nous connaissons aujourd'hui, qui était totalement embryonnaire à l'époque. C'est cette révolution relationnelle à laquelle Internet nous a précipité, qui est la première caractéristique de cette géographie des réseaux, avec la conséquence d'apparition d'une opinion publique internationale plus consciente des évolutions et qui est plus en mesure de jouer à un rôle dans la fixation de l'agenda diplomatique internationale.
Alors voyons tout d'abord cette révolution relationnelle. Depuis les 14 points de Wilson, depuis l'époque où on disait qu'il fallait mettre un terme à la diplomatie secrète, très clairement, les affaires politiques internationales se déroulent devant les citoyens. Mais la révolution relationnelle a élargi cette exposition. Les images, le choc des images, vous vous souvenez de la petite Kim Fooke qui fuyaient sous un ciel de cendres, les bombardements au Vietnam, ou le petit Thayland, plus près de nous, qui est victime de ces migrations forcées imposées par la guerre.
Le choc des images va être amplifié puisque l'audience va être encore beaucoup plus large. La libre circulation des idées va de pair avec le problème notamment des fake news. Oui, les idées circulent davantage, mais avec une perte de contrôle sur ces idées et internet et est devenue une acropole dans laquelle toutes les idées passent sans qu'il y ait la possibilité d'établir une échelle de valeur d'où un aspect extrêmement positif, mais qui est immédiatement compensé par un aspect négatif avec des risques politiques non négligeables.
Enfin, dernier point, l'information qui circule en temps réel, ce qui a pour conséquence d'accentuer encore davantage ce prisme de l'immédiateté, le prisme de l'émotion, lequel renquadue tout effort de réflexion. Je vous en parlais la semaine pour la semaine dernière. Tot au long de la dernière séance, ce que je parlais de m'acc<|cs|>cole, le phénomène n'est pas nouveau, mais la révolution internet l'a incontestablement amplifié. Il s'agit de faire attention. On a eu dans les années 90 des rapports rapport Maitlande, des rapports commandés par l'Union internationale des télécommunications qui s'enquérait des capacités des pays du Sud à être aussi en phase que les pays du Nord avec les progrès techniques.
Et là, le rapport Maitlande, premier date des années 80 et deuxième du début des années 90, opposait les sous-communiquants du Sud au surcommuniquant du Nord. La situation a changé avec Internet, puisque les investissements pour la téléphonie mobile ont été beaucoup moins importants que les investissements pour du filaire et Internet a diffusé un moyen de désenclavement de nombre de régions, malgré tout, lorsque l'on regarde le taux de télé-densité, il y a toujours le même écart entre l'Afrique subsaharienne, par exemple, et les pays du Nord.
Donc attention à ne pas considérer que nos pratiques devenues quotidiennes sont des pratiques qui diffusent à l'international. Elles diffusent davantage que par le passé, grâce à la baisse des investissements nécessaires à diffusion de ces progrès techniques, mais il n'y a pas encore une égalité d'accès à Internet. Ceci étant, on peut avec Benedikt Sanderson considérer que Internet est, comme l'imprimerie à ses origines, à l'origine de l'apparition de nouvelles communautés imaginaires. C'est bien évidemment l'imprimerie qui a permis l'apparition du sentiment national en diffusant en dehors de la paroisse des messages qui s'adressaient à toute la population qui parlait et qui lisait la même langue.
De la même manière, Internet construit une communauté ou plutôt des communautés imaginaires à l'échelle de la planète entière, communautés imaginaires qui ne vont pas être sans influence sur la contestation de l'allégeance citoyenne exclusive et sur l'apparition de ces solidarités qui vont être en mesure de contester la primauté du sentiment d'appartenance nationale. Et d'ailleurs, ce sera le second point traité dans cette séance, la question de la démocratie d'opinion. Cette démocratie qui semble être le parallèle de la démocratie de marché puisque nous avons pour caractériser le monde d'aujourd'hui à la fois une diffusion des idées libérales en matière économique et des idées libérales en matière politique dans cette démocratie de marché, terme que l'on utilise souvent pour qualifier les relations internationales d'aujourd'hui, la démocratie d'opinion joue un rôle sensible.
Encore faut-il savoir ce qu'est cette démocratie d'opinion puisque l'opinion publique à l'intérieur, on ne sait pas trop ce que c'est et on nous avons des débats réguliers entre les contenteurs, ceux qui, avec Bourdieu, estiment qu'il n'y a pas d'opinion publique, il n'y a que des fœzeurs d'opinion et, à l'inverse, d'autres courants qui estiment qu'il existe une opinion publique. Alors concernant l'opinion publique internationale, je me référerai ici au travail certain de Marcel Merle, dans sa sociologie des relations internationales, mais des travaux qui restent, me semblent-ils utiles pour essayer d'aborder l'opinion publique.
Et pour Marcel Merle, il y a trois opinions publiques internationales. La première émanation de cette opinion publique, c'est le rond-rond, excusez le terme, des discours que l'on entend à l'ONU au mois de septembre, quand tous les chefs de délégation, les chefs d'État ou de gouvernement, sont invités à prendre la parole pour exposer leur vision de la vie internationale. Et d'après Merle, l'ensemble de ces contributions peut former la première manière de concevoir ce qu'est l'opinion publique internationale.
La deuxième manière de concevoir l'opinion publique internationale, c'est d'envisager la concordance d'opinion publique nationale sur des événements clairement identifiés, l'opposition à la guerre, l'opposition à la guerre du Vietnam qui devient l'opposition à l'intervention américaine, au Kuwait ou ailleurs. Là, très clairement, on a bien des opinions publiques qui, en France, en Allemagne, en Italie, aux États-Unis, vont apparaître en même temps et dénoncer les mêmes pratiques. Ce ces temps, Marcel Merle dit que cette opinion publique est trop versative.
Elle est trop liée à l'événement, or l'actualité va tellement vite, l'événement remplacera un autre événement et, à partir de là, cette opinion publique a une fonction certes tribunicielle, une fonction de contestation, mais ne peut pas avoir une capacité de construction d'un ordre nouveau. Enfin, la troisième forme possible de l'opinion publique, ce sont les opinions convergentes des différentes nations sur un même thématique. L'exemple caractéristique, c'est l'exemple de la construction européenne avec les euros baromètres qui, à intervalles réguliers de fois par an, interroge les opinions publiques des 27 États membres sur la porte de l'Union européenne.
Mais là, il y a un yatus, puisque l'on voit très clairement que ces euros baromètres sont construits de telle manière à recevoir une adhésion massive des sondées. Or, quand on regarde les élections européennes, on s'aperçoit que les résultats sont beaucoup moins clairs, puisque d'une part, l'abstention ne cesse d'augmenter depuis la première élection du Parlement au Cifrage Généversal Direct en 1999 à aujourd'hui. Nous sommes l'année de l'orgistrement de cette session en 2019. Nous allons donc avoir une nouvelle élection, et nous sommes sur la même pente descendante, puisque aujourd'hui, moins de 1 Français sur 2 va aller voter dans un environnement où le modèle européen, le modèle bureaucratique européen, est véritablement en crise majeure.
Donc, il y a une difficulté pour combiner la mesure de l'opinion telle qu'elle apparaît dans les sondages dans les euros baromètres, et l'expression même de cette opinion publique. Donc, en définitive, pour Marcel Merle, s'il existe une opinion publique, celle-ci se manifesterait, prioritairement, dans le premier cas, c'est-à-dire dans la diffusion du message des chefs d'étails de gouvernement lors de l'ouverture de l'Assemblée Générale. Alors, quel est le rôle, finalement, de cette opinion publique ? Eh bien, c'est de nous projeter dans un avenir qui peut être différent.
Cette opinion publique va permettre de fixer un agenda international différent, et le secrétaire général des Nations Unies pourra s'appuyer sur cet agenda pour fixer des horizons datantes qui sont au-delà de l'horizon à court terme des diplomacies. Mais, plus globalement, on s'aperçoit que cette opinion publique a prioritairement un rôle tribunicien et un rôle contestataire, mais cette opinion publique, ça va être extrêmement difficile à être identifié dans les facteurs de changement. Ormi, bien évidemment, le rôle de cette opinion publique à travers les ONG et à travers ce que les sociologues, Serge Moskovitshi ou Karl Hovland par exemple, appellent les minorités actives.
Il est clair que ces minorités sont en mesure d'organiser un discours lequel va être en phase avec des capacités d'action mises en œuvre par les ONG. Et là, dans ce cas, l'opinion publique a la capacité de faire bouger assez profondément l'ordre établi par les États. Merci pour votre attention.