Bonjour, nous commençons aujourd'hui une nouvelle séquence du cours, nouvelle section du manuel, séquence consacrée à la société monde, à la scène de la société monde. Alors cette société monde correspond à la transcription à l'international du thème classique de la société civile. Mais la complexité de ce thème à l'intérieur explique pourquoi la société monde est aussi difficile à comprendre. En effet, si l'on s'intéresse aux origines du thème de la société civile, nous trouvons en fait des auteurs très différents, des auteurs libéraux, des auteurs marxistes, des auteurs positivistes, et il n'est pas inintéressant de dresser le panorama intellectuel des auteurs qui justement sont à l'origine de cette thématique.
Alors tout à fait à l'origine, à la fin du XVIIIe siècle, Ferguson avec son essai sur l'histoire de la société civile lance cette thématique, et c'est le libéralisme anglais qui véritablement introduit cette idée selon laquelle la société civile préexiste à l'État. Il existe déjà des regroupements humains avant l'État, et donc ces groupements sont constitués sur un pacte civil, et c'est simplement dans un deuxième temps que l'État apparaît avec le pacte politique. Et il en découle que la société civile est titulaire de droit, et que contrairement à l'approche continentale, l'approche française qui veut que l'État soit le créateur du droit, dans cette approche libérale, il existe déjà des droits antérieurs à la création du pacte social.
Il y a une autre idée intéressante, c'est l'idée selon laquelle le libéralisme politique et le libéralisme économique convergent, dans le sens où ces deux approches ont la même rétouillance à voir une trop grande empreinte étatique sur les affaires de la société civile et de l'économie. Cela ne veut pas dire que les libéraux sont anti-étatiques, ils savent qu'on a besoin d'une structure publique pour encadrer la société civile, comme pour encadrer le marché, mais cette structure politique ne doit pas avoir tous les pouvoirs, ne doit pas être omnipotente.
La deuxième tradition que l'on peut trouver à l'origine de la société civile, c'est l'approche positiviste. Quand, avec Auguste Comte, on considère que la société industrielle permet de quitter l'âge militaire pour rentrer dans l'âge positiviste, une époque où l'exploitation rationnelle des ressources de la nature doit devenir l'activité première des hommes et doit donc remplacer la guerre. Dans cette société positiviste, les relations humaines ne sont plus mécaniques, elles ne sont plus fixées une fois pour toutes. Auguste Comte parle de solidarité organique, c'est-à-dire que les hommes vont désormais avoir la possibilité de se regrouper par affinité et non plus simplement en fonction de leur origine sociale.
Le troisième thème de la société civile, la troisième approche, c'est bien évidemment l'approche marxiste, l'approche du dépérissement de l'État. Il est clair que chez les marxistes, il y a bien sûr, dans un premier temps, une dictature du prolétariat pour mettre un terme à la lutte des classes, mais une fois cette phase de la dictature du prolétariat achevée, on doit assister à un dépérissement de l'État avec une société qui va être capable de se prendre en charge de manière autonome.
Nous trouvons également, et vous voyez que le thème de la société civile est un thème extrêmement complexe, nous trouvons également une origine anarchiste dans ce thème, même si l'anarchie est rarement démocratique et plutôt en faveur de l'usage de la violence, derrière ce thème du dépérissement nécessaire de l'État et de la critique de l'autorité publique, il y a cette idée sur laquelle la société civile doit être en charge de choisir elle-même son propre destin. Nous trouvons également les doctrines solidaristes, notamment celles de Virgelsel dans l'entre-deux-guerres qui considèrent que finalement, il n'y a pas de différence entre la société interne et la société internationale, puisque ces deux sociétés sont créées dans le but de satisfaire les besoins fondamentaux des hommes.
Et dans une optique un peu prêts identiques à la même période, l'école du pluralisme juridique avec Eugen Erlich, excusez-moi, en autriche ou à rôle de l'Ascii en Grande-Bretagne, postule l'idée sur laquelle il y a désormais une rupture de la légence citoyenne exclusive, que les hommes ne se définissent plus exclusivement par leur nationalité, qu'ils peuvent choisir en fonction de leurs affinités les groupes auxquels ils vont accorder une priorité d'identification dans leur existence. Donc nous le voyons bien, cette approche de la société civile est multi-dimensionnelle, ce qui explique pourquoi il est si difficile de cerner cette société internationale, et il est difficile aujourd'hui, comme le dit Marie-Claude Smoose, d'envisager qu'il existerait une seule société mondes avec 7 milliards d'individus qui s'organiseraient sur une base autonome à l'échelle de la planète.
Donc cette aide de la société internationale est assez complexe, mais correspond à des moments, des moments où l'approche réaliste est contestée. Ce fut le cas notamment dans les années 70 avec la détente qui semblait rendre la force inutile, et dans le même temps avec une éclosion de nouveaux acteurs pensés au mouvement des non-alignés, ces nouveaux acteurs qui contestent la priorité des grandes puissances. Or à cette époque, on voit apparaître le thème de la société mondes avec John Burton, un auteur sur lequel nous reviendrons ultérieurement, et avec Robert Cohen et Jov F.
Nyghe qui en 1972 publient Transnational Relations and Work Politics, un ouvrage fondateur de cette approche transnationaliste en thème de société mondes. Le thème va être oublié lorsque la guerre froide va revenir à la fin des années 70, mais aussitôt que la guerre froide se termine, on voit de nouveau le thème revenir en force avec cette fois-ci James Rosnau qui publie en 1990 l'ouvrage Turbulence in Work Politics, qui va servir véritablement de référentiel à tous les spécialistes de l'international qui souhaitent avoir une approche ou le rôle de l'État des puissances centrales, donc une approche qui conteste la priorité donnée par les réalistes à la scène intérétatique.
Alors comment allons-nous procéder pour analyser cette scène ? Nous allons faire comme précédemment avec la scène des organisations internationales. Dans un premier temps, nous allons nous intéresser aux bases théoriques de la société mondes, la scène de la société mondes, et dans le même temps nous verrons comment elle se constitue, alors précédemment avec les organisations internationales, on pouvait s'intéresser aux institutions, là c'est beaucoup plus compliqué, mais nous allons nous intéresser au pôle de cette société mondes, à savoir d'un côté l'homme et de l'autre côté l'humanité qui prennent en tenaille l'État, qui ne semble plus dans cette configuration être l'espace optimum dans lequel il est possible d'agir.
Dans un deuxième temps, nous verrons comme précédemment ce que cette société mondes signifie, pratiquement comment elle opère, et enfin nous nous intéressons aux relations avec la scène intérétatique. Alors voyons dans un premier temps le thème dans sa dimension théorique, et pour qualifier cette section, j'utiliserai volontiers le terme de monde post-westphalien. Nous avons vu que cette termes est une approximation qui permet de qualifier l'organisation des relations internationales centrées autour de l'État, une conception qui apparaît avec les traités de Westphalie, en 1648, même si cette conception a largement évolué, le thème de la société mondes correspond à une contestation justement du monde westphalien, du monde des États, et d'ailleurs on peut qualifier d'un point de vue théorique cette approche d'une approche post-westphalienne, puisqu'elle s'accompagne notamment d'une critique du monde clausivicien, d'une critique de l'ancien monde des États.
Alors ce nouveau monde post-westphalien a trois caractéristiques. Déjà, c'est une période de convergence, de phénomènes anciens. Il est clair que les problématiques environnementales, les problématiques culturelles ou religieuses ou les sortes des OMG ne datent pas de la fin de la guerre froide. Mais nous avons à la fin de la guerre froide un nouveau temps mondial pour parler d'Aquilidaïdi, c'est-à-dire que l'effet d'un envoiement emblématique, la fin de la guerre froide, la chute du mur de Berlin, on assiste à la convergence de phénomènes anciens.
Deuxièmement, c'est une période de transition. Il est clair que quelle que soit la position que nous pouvons avoir vis-à-vis de ce thème du monde post-westphalien, il est clair que le monde des États tel qu'il existait pendant la guerre froide est loin derrière nous, que ce monde des États est contesté par des problématiques transnationales nouvelles qui montrent très clairement que l'État n'est plus le lieu idéal où trouver les solutions à ces questions qui intéressent l'humanité tout entière.
Donc il est nécessaire d'envisager que nous sommes rentrés dans une période où l'État est contesté, même si cet État tout dépend de la position que vous avez, ou la position des auteurs que vous lirez, il est clair que nous sommes dans un monde qui évolue rapidement, et si, en ce qui me concerne, je ne suis pas convaincu par l'idée sur laquelle nous avons déjà bousculé dans un monde post-westphalien où l'État est condamné, je suis en tant que réaliste obligé de considérer qu'il y a déjà des éléments de contestation très fort du monde des États.
Et il me semble que l'un des écueils auxquels nous allons devoir faire face dans les années qui viennent, c'est l'abonnement d'acteurs privés, les gaffames, qui vont disposer de moyens considéraux, souvent supérieurs à ce, non seulement de petits États, mais également de moyennes puissances, qui auront les monnaies sorties du cadre national et qui auront en plus à leur disposition l'homme augmenté, alors que les États resteront toujours là, mais devront s'occuper de l'homme inutile, de l'homme devenu inutile du fait, des conséquences de la transformation numérique.
Donc très clairement, nous sommes déjà dans une période de transition. Et comme tel, et c'est la troisième caractéristique de ce monde post-westphalien, c'est une période d'instabilité très forte. On ne peut pas dire que la logique culturelle, la logique environnementale, la logique religieuse l'emporte sur la logique politique, mais ce que nous constatons, c'est que face à un problème, face à une difficulté, nous ne pouvons pas dire a priori que le politique trouvera la solution. Et donc nous sommes dans un monde où il y a une complétation de la logique politique mise en concurrence de logiques différentes, ce qui crée bien l'instabilité dans laquelle nous vivons aujourd'hui.
Donc nous allons nous intéresser tout d'abord à cette rupture systémique dans la littérature. Nous allons voir quels sont les auteurs qui nous permettent de mieux comprendre la rupture systémique avant d'aborder la structuration de cette société, de cette société-monde. Nous avons essentiellement trois auteurs qui vont pouvoir nous intéresser. Nous avons tout d'abord John Burton, un auteur oublié qui, en 1972, publie sa word society, sa word human society, et son idée forte, c'est l'idée selon laquelle il faut remplacer le système des boules de billard qui représentent la politique des États qui s'entrechoque par une toile d'araignée.
Et vous visualisez assez éman cette toile d'araignée avec de multiples points lesquels sont en interaction permanente. Il est clair que lorsqu'il y a une pression sur un morceau de la toile, l'araignée qui se trouve à l'opposé perçoit immédiatement cette pression d'art. Donc l'image de la toile d'araignée de Burton est extrêmement intéressante pour montrer que le monde rentre dans, il y a un éclairage différent au problème international. Précédemment, on s'intéresse avec les réalistes aux événements les plus dramatiques qui peuvent dégoucher un moment ou un autre sur le recours à la force.
Là, avec John Burton, nous sommes dans une représentation beaucoup plus zanodyne, beaucoup plus quotidienne. Finalement, les relations internationales, qu'est-ce que c'est cette grande manifestation, cet événement majeur qui peut déboucher sur une guerre où ce sont les multiples relations entretenues au jour le jour entre les individus, les entreprises, les organisations internationales, les États, les ONG. Là, ce sont vraiment deux approches différentes du même objet. Une approche exceptionnelle qui considère que c'est le phénomène exceptionnel qui caractérise les relations internationales, alors que l'approche de Burton est une approche beaucoup plus quotidienne, une approche qui est fondée comme chez George Seil, comme dans les doctrines solidarises, sur l'idée selon laquelle la société internationale est constituée dans le but de satisfaire les besoins fondamentaux des hommes, la démocratie, la sécurité, la participation.
Donc là, c'est la première présentation qui s'inscrit dans le cadre de l'école anglaise, une école anglaise qui, avec Manning au début des années 60, avait produit l'une des condamnations les plus vémentes de l'approche réaliste. Et là, nous avons cette idée alternative d'une société mondiale qui structure les relations internationales en dehors de l'approche étatique. Burton était très idéaliste, Burton s'ascrivait dans la Mouvement-Poste 68, et Burton a été balayé par le retour de la guerre froide. Le besoin de penser le monde en dehors des Etats perdurs, même lorsque la guerre froide reprend, et nous avons un autre oeuvre, c'est un sociologue, c'est Norbert Elias, qui avec la société des individus va nous proposer un référentiel intellectuel complémentaire à celui de Burton.
Alors Elias est connu pour ses travaux de sociologue, il pense notamment à la civilisation des meurs, ce n'est pas un internationalisme, il est conduit à s'interroger sur les conséquences de l'ouverture des sociétés, sur le monde, qu'est-ce que cela va impliquer. Et il a cette intuition, alors qu'il ne l'a pas lu Burton, donc il ne fait pas référence, il va remplacer la toile d'araignée de Burton par un filet. Et en fait, on s'aperçoit que la représentation est absolument identique, et l'intuition est identique.
Alors la porte de Norbert Elias est doule. Tout d'abord, il va identifier ce premier paradoxe, ce qui veut que nous disposions aujourd'hui d'une liberté de mouvement accrue, mais inversement, notre capacité d'action est réduite. Il est clair que, dit-il, les chartheurs, les téléphones, les moyens de communication, alors là on est dans les années 80, on ne parle pas encore des réseaux sociaux, on ne parle pas encore des low-costs et d'internet. Mais Elias a l'intuition du monde qui va arriver, et il est clair que nous avons un accès beaucoup plus aisé, une ouverture plus aisé sur le monde.
Mais dans le même temps, si le monde est devenu notre terrain de jeu, à l'inverse, notre capacité de transformer le monde s'est réduite, il est clair que si on a comme horizon politique le village ou la ville, il y a des possibilités d'action qui s'offrent à nous, mais à l'échelle de la planète, à moins de viser de devenir président des États-Unis ou président d'une grande puissance, les capacités d'action se sont considérablement réduites. Donc là, c'est le premier paradoxe qui dégouche, finalement, sur le second paradoxe d'Elias qui va être repris par de nombreux auteurs, dont James Rosnaux, le paradoxe de la mondialisation qui implique une relocalisation des identités, paradoxe extrêmement fort qui montre que la mondialisation que nous connaissons aujourd'hui s'accompagne de phénomènes identitaires, qui sont des phénomènes identitaires, qui pensaient être derrière nous avec la période de la guerre froide, puisque la nationalité, l'identité n'était pas centrale durant cette période pour expliquer le monde.
En une troisième grippe de lecture est fournie par Habermas, qui reprend l'approche grand chienne, la critique grand chienne de la société civile, puisque Grand Chie considérait que l'approche classique de la société civile, l'approche égélienne de la société civile, faisait finalement la part belle à l'État. Il y avait davantage de soucis de politiser la société civile plutôt que de civiliser l'État. Dans cette approche égélienne, il y a cette idée selon laquelle la société civile est le domaine des libertés concrètes, mais seule le politique permet d'atteindre l'abstraction d'une liberté plus générale.
Donc cette approche est trop favorable à l'État et Habermas a la suite d'un voyage d'études dans l'Union Soviétique de Brezhnev, qui est une Union Soviétique sclérosée par un totalitarisme, qui est qualifié de totalitarisme mou par le fort. Habermas découvre qu'il est malgré tout possible d'être heureux dans cette Union Soviétique, à condition, bien sûr, de ne pas s'intéresser au pouvoir politique et à l'argent. Si vous vous intéressez aux échecs, si votre vie tourne autour des 64 casques d'un nez chiquier, ou autour du Concours Tchaikovsky ou de la politique de Lermontov ou des bains glacés dans la Neva, vous pouvez être parfaitement heureux.
Et là Habermas va parler d'ohazis de communication libre, ces ohazis de communication libre qui permettent justement aux hommes d'exister indépendamment du politique. Et l'approche d'Habermas va être reprise par Klaus Bergesen pour justement nous servir de référentiel ou à ce monde post-oesthélien à cette scène de la société internationale. Merci pour votre attention.