Cours 11 - Les scènes des organisations internationales

RELATIONS INTERNATIONALES · Semaine 6 : Les scènes des organisations internationales
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Bonjour à toutes et à tous. Alors nous envisageons aujourd'hui la scène des organisations internationales. Nous allons, à partir de maintenant, aborder les scènes autres que la scène inter-étatique, c'est-à-dire les organisations internationales, la société monde et la scène de l'économie monde. Et nous allons toujours procéder de la même manière. Dans un premier temps, nous nous efforcerons de prendre la mesure de la dimension théorique et institutionnelle qui permet d'aborder avec des instruments très généraux la scène en question.

Et puis, nous nous efforcerons de qualifier le mode de fonctionnement de cette scène particulière en observant quel est son impact sur les relations internationales au quotidien. Et enfin, dans une troisième partie, nous envisagerons les rapports de cette scène particulière avec la scène inter-étatique, puisque, encore une fois, nous sommes dans un cadre plutôt réaliste où l'État reste la référence pour penser les relations internationales, même si cette référence est contestée par la montée en puissance de ces scènes alternatives.

Or, concernant la scène des organisations internationales, le premier constat qui s'impose est de constater le fait que le nombre d'organisations internationales ne cesse d'augmenter. Il y avait une trentaine d'organisations internationales avant 1914, il y en avait 70 en 1939 et on en compte aujourd'hui quelques 245 organisations, dont 34 organisations universelles et 33 organisations intercontinentales. Alors ce chiffre est difficile à actualiser, ce chiffre varie en fonction des dénominations, en fonction de ce que l'on appelle organisation internationale, des organisations qui recouvrent des statuts très différents.

On peut avoir aussi bien des associations d'État que des institutions autonomes. Donc la classification la plus simple, celle qui va nous servir de ligne directrice dans ce cours, c'est la distinction entre organisation d'intégration et organisation de coopération, même si la distinction est maladroite, puisque quand on regarde l'Europe, on a à la fois de la coopération et de l'intégration. Mais globalement, on peut dire que les organisations de coopération sont des organisations avec un très grand domaine de compétences, mais des pouvoirs relativement restreints sur les États, alors que les organisations d'intégration ont des objets, des domaines de compétences plus réduits, mais des pouvoirs plus étendus.

Alors si l'on considère la dimension théorique des organisations internationales, il faut essayer de comprendre pourquoi les États acceptent de fortes contraintes pour créer ces organisations qui, à un moment ou à un autre, vont dire aux États membres, bien sûr vous nous financez, mais d'un autre côté vous nous avez créé pour remplir une mission d'intérêt commun. et dans le cadre de cette mission, on va pouvoir vous imposer des contraintes, sinon nous ne servons à rien. Alors pourquoi les États acceptent-ils ces contraintes ?

Bien tout simplement parce que c'est leur intérêt. Il est caractéristique de voir que les premières organisations internationales sont nées pour gérer des problèmes communs, notamment les fleuves internationaux. La premi organisation internationale concernant la navigation sur le Rhin en 1815 puis la navigation sur le Danube en 1856 avant que ne soit créée l'Union Internationale des Télécommunications, l'UTI, en 1865. La Société des Nations va avoir une expérience réussie avec ses bureaux et ses offices qui vont donner lieu dans le cadre des Nations Unies à la création des multiples institutions spécialisées, que ce soit l'OMS en matière de santé, la FAO en matière d'alimentation et d'agriculture, que ce soit l'OMC en matière de commerce, l'UNESCO, l'OIT, etc.

Mais l'Organisation des Nations Unies a également la possibilité, en fonction de nouveaux besoins, de créer des organes subsidiaires au nom de la spécialisation fonctionnelle. Je pense notamment au programme des Nations Unies pour le développement, le PNUD, au programme des Nations Unies pour la population, à la CNUSED en matière de développement du commerce Est-Ouest. Donc ces organisations sont multiples et se diversifient. Il faut essayer de comprendre pourquoi et quelle est la dynamique de cette création des organisations et quelles sont les implications de cette dynamique sur la structure de l'organisation.

Alors intéressons-nous tout d'abord aux organisations de coopération. Et il y a, pour comprendre ces organisations, deux grandes théories qui peuvent être utiles, les théories du néo-institutionnalisme et les théories de l'intergouvernementalisme. Les théories du néo-institutionnalisme ont fait floresce dans les années 1980 autour de la publication de l'ouvrage de Robert Axelrod, Donnant Donnant. C'est un ouvrage qui s'efforçait de comprendre pourquoi finalement la coopération est préférable entre les nations sur le long terme. Et Axelrod avait lancé un grand concours lié au développement de la micro-informatique.

Il espérait, grâce à la micro-informatique, que l'imagination des chercheurs allait être mise à l'épreuve et qu'on parviendrait à prouver mathématiquement le bien fondé de la coopération dans le cadre du dilemme du prisonnier. Alors vous connaissez ce dilemme, deux cambrioleurs sont capturés par la police et s'ils se taisent, si personne n'avoue, la peine est partagée en deux. Mais si l'un dit c'est l'autre et que l'autre finalement ne dit rien, eh bien celui qui a été dénoncé va prendre toute la peine.

Et dans ce cadre de figure, le dilemme du prisonnier nous montre que la solution la plus rationnelle, mais la moins humaine, la moins facile à prendre, c'est la coopération. Sur le long terme, la coopération est toujours préférable. Alors, faute d'avoir pu le démontrer mathématiquement, Axelrod a pris tout un tas d'exemples que ses chercheurs lui avaient transmis et on débouche sur la théorie du néo-institutionnalisme. Nous avons eu l'occasion précédemment de voir le rôle des institutions internationales au sens où Robert Cohen les entend.

Ces institutions internationales, finalement, favorisent la transparence et réduisent dès lors les coûts de transaction. Ils sont une aide à la décision des États. Ils favorisent le règlement pacifique des différents. Les institutions internationales ont donc des bénéfices supérieurs à leur coût pour les États. Or l ce sont les premiers cadres th extr importants un cadre lib qui explique que les acceptent des contraintes parce qu y trouvent leur int Deuxième approche théorique intéressante est l'approche de l'intergouvernementalisme. L'intergouvernementalisme qui a été développé par Stanley Hoffman et toujours le même Robert Cohen, et avec une dimension libérale dans le sens où l'entend Andrew Moravchik.

Là, je vous laisse vous référer à l'ouvrage de référence. Alors, quelle est l'idée centrale de l'intergouvernementalisme ? Eh bien, c'est tout simplement que les États n'abandonnent pas leur souveraineté en adhérant à une organisation internationale, mais ils mettent en commun leur souveraineté. Ils mettent en commun leur souveraineté parce que c'est le meilleur moyen pour eux de faire face à la concurrence et à la compétition internationale. Si les États européens sont conduits à s'associer, nous dit Robert Cohen, c'est tout simplement parce que la décision prise par le président Reagan de lancer la guerre des étoiles en 1983 risque de réduire l'Europe à un rôle totalement subalterne.

Et donc face à ce danger d'avoir une position de plus en plus transparente sur la scène internationale, les États européens ont décidé d'accélérer l'avancée de l'Union européenne avec la signature de l'acte unique. Et donc l'intergouvernementalisme doit penser les transferts de souveraineté comme une forme de multiplication de puissance. On est plus fort à plusieurs qu'en étant seul. Et dès lors, l'organisation internationale est prioritairement une instance dans laquelle les grandes puissances ont un rôle central et dans lesquelles on assiste en permanence à un marchandage institutionnel entre les grandes puissances pour utiliser au mieux de leurs intérêts respectifs l'organisation qui a été créée.

Donc deux grandes théories nous permettent de comprendre la naissance et le développement des organisations de coopération, les théories néo-institutionnalistes et les théories de l'intergouvernementalisme. Et ces théories finalement nous permettent de comprendre pourquoi les États ont un rôle aussi central dans les organisations de coopération. Le rôle central transparaît dans la structure de ces organisations, on le voit très clairement avec l'ONU, avec quatre structures principales. L'Assemblée Générale, une assemblée dans laquelle tous les États sont représentés avec le principe un État, une voix, mais depuis le début des années 60, les recommandations, les résolutions de l'Assemblée Générale n'ont pas de portée obligatoire, si ce n'est les résolutions ayant une dimension organisationnelle en ce qui concerne l'adhésion de nouveaux membres ou en ce qui concerne les budgets.

Là, bien évidemment, il y a une portée obligatoire, mais sinon, les résolutions de l'Assemblée générale adoptées par consensus n'ont pas de portée obligatoire. À l'inverse de ce qui se passe au sein du Conseil de sécurité, un Conseil de sécurité qui a été créé avec cette idée selon laquelle il fallait donner à un certain nombre de grandes puissances, des moyens privilégiés, dont le droit de veto, en échange d'avoir un devoir de faire respecter les obligations de la charte.

Bien s les grandes puissances ont plut tendance utiliser ce droit de veto pour d leurs propres int plut que pour promouvoir les valeurs de la charte des Nations Unies mais globalement le Conseil de s a pour raison d l d permanence l'idée selon laquelle on est plus efficace en petit nombre qu'en grand nombre, et dès lors, le Conseil de sécurité souligne bien cette place prépondérante donnée aux États et à l'interstate bargaining, au marchandage entre États qui est caractéristique de la déoctrine de l'intergouvernementalisme.

Nous avons également l'ECOSOC, c'est un organisme consultatif qui est censé désormais préparer les travaux de l'Assemblée générale. On n'est pas sûr que cet Écosoc ait un rôle central et il n'est dès lors pas étonnant de voir que les ONG peuvent participer ou avoir un statut consultatif auprès de ce Conseil économique et social. C'est l'organisme où le rôle des États est le plus faible et dès lors l'organisme a une importance quasiment subvigiaire au sein des Nations Unies.

Enfin, on a le secrétaire général qui est une personnalité qui pourrait avoir véritablement un très grand rôle sur la scène internationale puisqu'il est concerné par tous les problèmes internationaux. Il pourrait tous les jours faire la une de tous les journaux et bien évidemment, les grandes puissances se méfient comme de la peste d'un secrétaire général qui pourrait leur faire de l'ombre. D'où le fait que l'on choisisse en général des secrétaires généraux qui ont une personnalité pas trop tranchée.

Je pense à Trigvly qui a remplacé après sa mort d'Agg à Marsgold, qui était, excusez l'expression, une grande gueule. Amars Gol qui a été capable de s'opposer à Khrouchov dans cette scène mémorable où Khrouchov tape sur la table avec sa chaussure pour s'opposer à l'envoi des casques bleus de l'ONU au Congo. Amars Gol va mourir opportunément dans un accident d'avion. Il va être remplacé par un diplomate cultivé mais qui n'avait pas sa personnalité, qui d'ailleurs cèdera à Nasser en 1967 quand celui-ci lui demandera de retirer les casques bleus du Sinaï, en prélude à la guerre des six jours de juin 1967.

On a également le cas de Kurt Waldheim qui avait un passé que les services de sécurité américains comme soviétiques ne pouvaient pas ignorer. On ne pouvait pas ignorer que Kurt Waldheim avait été membre du parti nazi et le fait qu'il ait été élu au poste de secrétaire général montre bien que les grandes puissances voulaient s'en servir comme non pas d'une marionnette mais comme une personne qui ne peut pas être élu. ne profiterait pas de la tribune et des projecteurs braqués sur lui pour ne pas faire don aux diplomaties des États.

Le secrétaire général est en effet le plus haut fonctionnaire de l'organisation. Il n'est pas nommé, il n'est pas élu, il est nommé. Et donc il ne peut pas prétendre à une légitimité politique laquelle reste prioritairement au sein, dans les mains des États. Donc les organisations de coopération sont des organisations au domaine de compétences extrêmement large, mais aux capacités de décision finalement réduites, puisque la voie prépondérante est celle des États. Nous verrons dans la prochaine séance la structure des organisations d'intégration en prenant bien évidemment pour modèle le cadre de l'Europe.

Merci pour votre attention. Sous-titrage Société Radio-Canada