Cours 10bis - Fin première partie

RELATIONS INTERNATIONALES · Semaine 5 : Le rôle des instruments de règlement pacifique et politique des différends
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Pour conclure cette première partie du cours, concentré sur la scène inter-étatique, il convient d'essayer de faire la part des choses et essayer de déterminer si l'optimisme dont j'ai fait preuve durant ces premiers cours a toujours lieu d'être ou si finalement l'ombre de la guerre plane de nouveau sur l'avenir des relations internationales. Comme je vous disais, je n'ai pas une réponse à vous donner. Tout ce que l'on peut faire c'est essayer de distinguer les arguments en faveur d'une thèse ou en faveur de l'autre thèse.

Alors les arguments en faveur de la thèse pessimiste ne manque pas et ce d'autant plus que l'aventure russe en Ukraine fait peur. Elle fait peur parce que pour la première fois un état doté d'armes nucléaires, membre du conseil de sécurité, est revenu sur les normes de la vie internationale dans un espace qui est éminemment conflictuel. Bien sûr les États-Unis sont intervenus en Irak, bien sûr la Russie est intervenue précédemment en Tchétchénie, bien sûr la Chine a des politiques agressives, mais jusqu'à présent ce recours à la force était contenu.

Là en voulant décrété une mobilisation massive, le président Poutine a montré qu'il passait à une échelle différente et ce d'autant plus qu'il remet en cause le cœur du système international, le cœur où la stabilité du système peut être remise en cause. Pendant la guerre froide, on parlait de conflits asymétriques, c'est-à-dire de conflits périphériques, excusez-moi, c'est-à-dire à la périphérie du système central, là où il n'y avait pas un risque majeur de dérèglement de l'ensemble du système. Et ce système stratégique central était centré sur l'Europe.

Or aujourd'hui, Poutine remet en cause cet ordre pacifique du monde. Dans le même temps, on assiste à une montée en puissance de la Chine qui n'a rien de pacifique. La marine chinoise aujourd'hui a plus de navires que la marine américaine. La marine chinoise remet en cause l'ordre international en contestant le caractère international des eaux de la mer de Chine méridionale. La Chine s'oppose violemment à l'Inde sur l'Himalaya. en diffusant sa loi sur la sécurité nationale à Hong Kong, la Chine a effacé l'accord de cession de Hong Kong par la Grande-Bretagne.

Il ne respecte pas ses engagements. Sans compter les tensions récurrentes dans le détroit de Formos, sans compter les vols réguliers de l'aviation chinoise à proximité immédiate de l'espace aérien taïwanais. Donc oui, la montée en puissance de la Chine fait peur et Graham Allison nous a parlé du piège de Thucydide, c'est-à-dire finalement le fait qu'une grande puissance pour accéder au statut de grande puissance doit un jour ou l d la grande puissance antique Or comme l de la Chine est de devenir une grande puissance l de 2049 c'est-à-dire pour le centième anniversaire de la création de la République populaire de Chine, oui, on peut craindre que l'Extrême-Orient ne devienne un lieu d'affrontement majeur entre les États.

Troisième raison pour laquelle on peut craindre que l'avenir ne soit pas aussi pacifique que le présent, c'est du fait que les États-Unis sont plutôt portés désormais à l'abstention qu'à l'intervention. Et c'est un mouvement engagé dès la fin de la guerre froide par Clinton. Clinton qui avait gagné les élections au détriment du père du président Bush, du Bush père, en disant « ce qui compte c'est l'économie, idiot ! » avait-il ajouté. Donc tout le reste, c'est accessoire.

Et Clinton n'était pas intervenu jusqu'en 1995 dans l'ex-Yougoslavie, a fermé les yeux sur les massacres au Rwanda, a retiré les soldats américains qui étaient en Somalie. Donc il y a un désengagement à long terme des États-Unis. Ce désengagement a été poursuivi par Obama avec sa doctrine du « light footprint », à savoir qu'il ne faut pas d'empreintes américaines sur les territoires étrangers. Les soldats américains ne sont jamais bien accueillis avec l'idée que les États-Unis doivent guider de l'arrière, leading from behind, mais jamais être aux avant-postes.

Ça veut dire que les États-Unis renoncent à prendre des risques. Et tout ce mouvement a été amplifié bien évidemment par la présidence Trump, mais se poursuit également avec le mandat de Joe Biden, lequel a organisé un retrait assez catastrophique des forces américaines en Afghanistan. c'est-à-dire que les États-Unis sont entrés en guerre contre les talibans, ont mené là-bas la plus longue guerre de leur histoire, 20 années de guerre, pour finalement voir leurs adversaires l'emporter. Les États-Unis, comme on dit, ont été de succès tactique en succès tactique jusqu'à la défaite stratégique et ça a conduit aujourd'hui à ce sentiment d'isolationnisme croissant aux États-Unis.

En même temps, on voit que l'ensemble des nations, et pas simplement les États-Unis, renoncent au fameux équilibre des puissances, un balance of power. Nous étudierons ce mécanisme, c'est un mécanisme conservateur, un mécanisme qui a pour but de dire à un adversaire potentiel, attention, même si vous gagnez, vous ne pourrez pas profiter des bénéfices de votre victoire. Or, l'ensemble des démocraties occidentales baissent les bras. Le thème des dividendes de la paix, le thème de la guerre zéro mort, montre bien qu'aujourd'hui, la guerre n'est plus considérée comme un moyen normal du politique en démocratie. autre phénomène inquiétant c'est que l'ordre libéral du monde porté par les démocraties occidentales mais relié également par les nations unies ont été mis à mal les la démocratie de marché nous l'avons vu n'est plus une évidence la croissance économique portée par les nations unies porté par la création de de l'OMC ne débouche pas, et loin de là, sur la démocratisation politique en Chine.

Et puis, la gestion chaotique de la crise du Covid-19 a montré que, finalement, l suppos de l dans la gestion des des pand dans la gestion du risque sanitaire n pas aussi que cela Et donc il y a vraiment une remise en cause de l lib du monde alors m qu fraction croissante de la population mondiale vit dans des régimes autoritaires. Juste dans les 2015 la démocratie avait le vent en poupe, le nombre des démocraties dans le monde n'a cessé d'augmenter et en 2015 on avait 54 démocraties.

Or aujourd'hui ce chiffre n'a cessé de baisser, on est passé à 47 démocraties dans le monde, donc une baisse de 7 états qui ont abandonné donner la démocratie. Alors que deux États de plus, il y a un nombre croissant d'États qui vivent sous des régimes autoritaires, lesquels ne considèrent pas l'usage de la violence de la même manière. penser aux ruines de Grozny. Comment l'armée russe a vaincu les Tchétchènes ? Très clairement, il n'y a pas le même contrôle de la violence par le politique dans des régimes autoritaires que dans des régimes démocratiques et le fait que les régimes démocratiques aujourd'hui régressent peut faire peur.

Enfin, vous avez la croissance des politiques d'armement dans le monde. Le commerce international des armes a augmenté de plus de 3% entre 2019 et 2020 pour atteindre quasiment 2000 milliards de dollars et ce sous fond d'un nationalisme exacerbé et de tensions récurrentes entre états voisins oui bien sûr tous ces facteurs font peur et peuvent nous laisser à penser que cette scène inter-étatique pacifiée par 30 ans de diffusion de normes juridiques et de principes politiques, que cet ordre aujourd'hui puisse être remis en cause, oui, il faut considérer ce volet pessimiste, cet aspect pessimiste du devenir du monde.

Mais ne cédons pas à ce pessimisme absolu et regardons les éléments qui peuvent nous permettre d'espérer. Le premier élément, c'est le fait que les conflits demeurent limités. Je vous ai parlé en tout début de ce cours du nombre de victimes militaires françaises pendant la première guerre mondiale, 1,5 millions de morts. On en est loin dans la guerre en Ukraine. Bien plus intéressant, le fait que Poutine, prétendant que l'OTAN était une menace, le fait que Poutine, qui dispose d'un budget militaire de 66 milliards de dollars, ce sont les chiffres de 2020, ait attaqué l'OTAN à travers l'Ukraine, lesquelles dépensent pour les seuls pays européens membres de l'OTAN 284 milliards de dollars, montre bien à l'évidence que Poutine s'est servi de l'OTAN comme d'un prétexte.

Mais savait très bien que l'OTAN répugnerait à intervenir. Pour les nations européennes membres de l'OTAN, la guerre n'est plus un moyen normal du politique. Les tergiversations de l'Allemagne à propos de la livraison de Charles Léopard montrent bien que l'engagement des pays européens pour soutenir l'Ukraine demeure limité par ce risque, par cette crainte de voir la guerre prendre des proportions trop grandes Donc cette auto des Europ m si elle donne des motifs la Russie pour se lancer la conqu de nouveaux territoires pensez à la Géorgie en 2008, le Donbass, la Crimée, avant l'attaque de l'Ukraine de l'année dernière, malgré tout il semble que la guerre ait aujourd'hui encore vocation à demeurer limitée.

Et une raison pour laquelle la guerre demeure limitée, c'est l'amélioration du pouvoir de destruction des armes. L'arme nucléaire est toujours là. Et l'arme nucléaire, oui, continue à faire peur. On reste avec l'image de cette explosion à Hiroshima Et avec cette idée centrale que j'ai développée dans ce cours, la paix de cet omicat, la paix naissant de la guerre, ce ne serait ni la première ni la pire des ruses de la raison. l'amélioration des pouvoirs destructeurs des armes modernes, les missiles hypersoniques, l'amélioration du killing probability des missiles, l'ensemble de ces éléments renforcent paradoxalement la paix dans le monde.

En même temps, le risque d'affrontement entre la Chine et les États-Unis, ce fameux piège de Thucydide d'Allison, la Chine d'un certain côté s'emploie à dire non, nous avons une montée en puissance pacifique. la Chine a investi le domaine du soft power avec par exemple la publication du Qiangxia de Yan Zweitong qui montre que finalement le modèle chinois le modèle impérial chinois avec le système tributaire chinois n'est pas fondé sur des mécanismes de domination mais recherche avant tout l'harmonie le réaliste chinois, un auteur comme Yan Zweitong nous parle d'un réalisme moral.

Une nation réussie à imposer son leadership si elle répond aux aspirations des autres peuples. Enfin, et je conclurai par là, l'Ukraine, malgré l'horreur de ce qui s'y passe, est peut-être un avertissement salutaire. Nous avons cru trop longtemps que la paix entre les États était assurée, était définitive. La guerre en Ukraine nous révèle que la guerre n'a jamais été mise hors la loi, contrairement à ce qu'envisageait le pacte Brian Kellogg de 1928. La guerre reste toujours possible.

Or, nous avions évacué la guerre jusqu'à présent. Ainsi que le disait Raymond Aron, désormais c'est la guerre qu'il faut sauver Autrement dit, la possibilité d'épreuve de force armée entre les États C'est la guerre qu'il faut sauver, plutôt que de penser ou de rêver cette illusion d'un monde définitivement pacifié Là nous sommes dans l'illusion Inversement, en faisant reposer la paix sur le risque de guerre Nous sommes tout à fait dans l'approche kantienne que nous avons envisagée dans ce cours, c'est-à-dire c'est parce que la guerre est atroce qu'elle doit apprendre aux États à se montrer raisonnable et rationnel.

Donc voici, la première partie de ce cours est terminée. Nous allons envisager à partir de la prochaine séquence la scène des organisations internationales. Merci pour votre intérêt. Sous-titrage Société Radio-Canada