Le monde ouestphalien monde ouestphalien était fondée sur la raison d'État et sur l'intérêt national. L'intérêt est au cœur des relations inter-étatiques dans la doctrine réaliste. Il est clair que pour les approches libérales, il y a autre chose que l'intérêt, il y a la place pour l'idéal. Mais pour les réalistes, l'idéal, les grands principes généraux et abstraits sont considérés comme le déguisement transparent d'intérêts inavoués des États. Donc l'intérêt est central dans la tradition réaliste et là on a un lien direct entre la doctrine utilitariste et l'approche réaliste.
Alors, quelle est quelle est la notion, quel est cet intérêt ? C'est facile de dire l'intérêt est l'instrument qui unit tous les acteurs sur la scène inter-étatique. Mais qu'est-ce que l'on entend par intérêt ? Il y a bien sûr des intérêts matériels, la trilogie or, âme, territoire. Mais très clairement, les États ne poursuivent pas simplement ces intérêts matériels. Alors l'intérêt, ce n'est pas simplement un intérêt matériel, l'or, l'âme, les territoires, mais c'est aussi un intérêt immatériel.
La politique extérieure des États est également fondée sur le désir de promouvoir des idées, de transmettre des valeurs, de défendre l'honneur d'un État. Et là, la situation se complexifie puisque l'intérêt immatériel est très difficile à chiffrer. Et dès lors, la diplomatie ne sera jamais parfaitement raisonnable et rationnelle. On peut s'efforcer d'avoir une politique extérieure aussi raisonnable et rationnelle que possible, mais on n'aura jamais une pure rationalité du fait de l'existence de ces critères, de ces intérêts immatériels.
On parle à cet égard avec Raymond Aron d'indétermination de la conduite diplomatico-stratégique. Cela veut dire qu'on ne gère pas un pays comme on gère une entreprise. On gère une entreprise en investissant aussi longtemps que le retour sur investissement est supposé être supérieur à la mise d'origine. Inversement, on ne peut pas envisager qu'un État puisse déclarer une guerre en considérant que les bénéfices attendus sont inférieurs au coût de la guerre, alors même que cet État devrait cesser la guerre dès lors que les bénéfices attendus sont inférieurs.
Donc nous sommes dans une situation où la notion d'intérêt est assez facile à percevoir, mais elle est très difficile à préciser. En même temps, cette notion d'intérêt est remise en cause par le fait que l'État a perdu le monopole de la représentation étatique. L'État n'est plus le seul acteur sur la scène internationale. Et dans le même temps, l'analyse décisionnelle, et on le voit avec les travaux de l'Américain Graham Allison dans son ouvrage célèbre sur la crise de Cuba, on voit que la notion d'intérêt national est une notion extrêmement difficile à manier.
Allison avait travaillé sur les documents du groupe qui s'était réuni autour du président Kennedy pendant la crise de Cuba, un groupe qui regroupait des militaires et des diplomates. Et quand les diplomates intervenaient, bien sûr c'était au nom de l'intérêt national des États-Unis, mais les diplomates avaient le beau rôle et pas les militaires. Et inversement, quand les militaires intervenaient, les diplomates n'avaient pas le beau rôle. Plus intéressant encore, quand les marins faisaient une proposition, ni les diplomates ni les aviateurs n'avaient le beau rôle.
Et quand les aviateurs faisaient une proposition, c'était les marins qui étaient réduits à la portion congrue en termes d'influence. D lors Alison en d que l national n que la somme des int particuliers des diff segments de l qui participent la d Donc l national est une notion certes facile manier mais beaucoup trop impr Donc on a essayé de raffiner cette notion et dans un premier temps on a considéré que la puissance était l'expression de l'intérêt national.
Comme le dit Morgenthau, « interest is defined as power », la puissance est l'expression de l'intérêt national. Alors c'est normal, puisque les réalistes et les premiers théoriciens des relations internationales sont les descendants des géopoliticiens du XIXe siècle, lesquels avaient une vision agrégative de la puissance. À une période donnée, on a X facteurs de puissance, et la grande puissance du moment est la puissance qui cumule le meilleur score. En fonction du nombre de puissances, on a donc une configuration donnée, multipolaire, bipolaire ou unipolaire, qui va définir les règles du jeu.
Alors, cette notion a été très longtemps considérée comme étant valide, mais on a raffiné les critères de la puissance. Morgenthau réduit les critères des géopoliticiens de 27 à 9, en intégrant d'ailleurs des qualités morales. La qualité morale d'une nation, la qualité de son commandement, sa résilience sont aussi importantes que ses ressources naturelles, ses accès à la mer ou ses défenses naturelles. Aron, pour sa part, va réduire les critères à quatre, mais en intégrant en outre une dimension importante en considérant que la puissance est également une action de volonté.
La puissance est un rapport humain et le meilleur exemple, c'est l'Union soviétique en 1945. L'Union soviétique est un pays absolument ruiné. Ses usines, ses voies ferrées ont été détruites par la guerre qui s'est déroulée sur son territoire. Mais l'Union soviétique a la volonté de se comporter en puissance. Et l'Union soviétique a été reconnue comme une puissance, alors même que dans les doctrines militaires américaines, il faudra attendre 1974 pour que les Américains considèrent que l'Union soviétique était arrivée à parité militaire avec eux.
Donc la puissance est une notion de volonté également et non pas simplement l'agrégation d'un certain nombre de critères. Le problème est survenu lorsque Paul Kennedy, dans Naissance et déclin des grandes puissances, un ouvrage qu'il publie au milieu des années 80, nous parle du déclin inéluctable des empires avec cette loi des relations internationales qui est que tout empire est condamné à périr. Et cette loi, il l'explique par le fait qu'un empire qui ne s'est trop agrandi va se ruiner en dépense de défense et en dépense de sécurité intérieure.
Face à cette évolution, on a donc une évaluation de la puissance totalement différente. précédemment on agrégait les critères de la puissance tout à coup on a une vision non fongible de la puissance on désagrège la puissance avec quatre échiquiers là nous avons la définition classique de Susan Strange la puissance structurelle chez Susan Strange c'est déjà une structure de sécurité la capacité d'offrir de la sécurité de se faire offrir de la sécurité ou de refuser d'offrir de la sécurité.
Il y a ensuite une structure économique, c'est la capacité de déterminer les produits à la mode, les standards de production, ainsi que de définir les routes de l'échange international. Il y a la structure financière, c'est la capacité d'offrir du crédit, de refuser d'offrir du crédit ou de se faire offrir du crédit. Enfin, il y a la structure culturelle, c'est la capacité de déterminer les valeurs, les notions qui sont socialement utiles et la norme pour diffuser ces valeurs.
Donc cette conception d de la puissance nous montre que la puissance ce n plus une unit mais ce sont des structures diff qui se compl Et bien la cons de cette d de la puissance c la notion de soft power qui va apparaître, non pas avec Joseph Nye, un auteur dont vous avez déjà entendu parler, mais avec Robert Gilpin dès 1987 dans The Political Economy of World Politics, dans lequel Gilpin constate que les États-Unis ont diffusé finalement leur modèle économique dans le monde entier en disant à tous les pays, si vous voulez avoir la même prospérité que les États-Unis, adoptez son modèle de développement fondé sur trois régimes, le régime du dollar, le régime de la libéralisation des échanges et le régime de la dérégulation.
Et dans le même état d'esprit, en 1990, Joseph Knight va développer la notion de soft power ou de pouvoir de cooption avec cette idée centrale selon laquelle la puissance hard, la puissance dure, est difficile à utiliser. Si vous intervenez dans un pays, les populations vont très vite ne plus supporter la présence de troupes étrangères et dans le même temps votre population d'origine va considérer que ce sont des dépenses inutiles, des morts inutiles. Donc l'usage du hard power est extrêmement difficile par les états.
Inversement, diffuser ses valeurs, diffuser sa conception du monde, diffuser sa langue, c'est un instrument extrêmement pratique pour faire en sorte que lorsqu'il y a une période de tension, deux états dialoguent en mettant le même sens derrière les mêmes mots. Donc le soft power est une nouvelle formulation pour comprendre l'expression de la puissance, ceci étant, on est toujours dans le même problème. Depuis l'origine, même si on a raffiné la notion de puissance, puisqu'elle était centrale dans la théorie réaliste, la puissance reste à la fois un moyen de l'action politique et la finalité de l'action politique.
Et donc cette définition tautologique nous impose d'essayer de trouver une autre expression à l'intérêt national. Il a fallu attendre 1979 pour que Kenneth Walls considère que ce n'est pas la puissance qui est le plus petit commun dénominateur des États sur la scène internationale, mais c'est la sécurité. Il faut bien comprendre la démarche de Kenneth Walls. Kenneth Walls considérait en 1959 que les structures internationales étaient obligatoirement chrysogènes parce que ces structures étaient fondées sur la puissance. La puissance étant un jeu à somme nulle, ce que je gagne c'est ce que je prends à mon voisin, dès lors l'anarchie des relations internationales devait être trouvée dans cette centralité de la puissance.
Or, il est clair qu'un pays comme le Guatemala ou le Costa Rica, qui a fait le choix de ne pas avoir d'armée, n'a pas une politique extérieure fondée sur la recherche de la puissance. La sécurité, inversement, est bien au cœur de la politique étrangère de tous les États. La puissance va être un moyen pour faciliter, pour conforter cette sécurité, mais au cœur de la vie internationale, l'expression la plus commune de l'intérêt national, ce n'est pas la puissance mais la sécurité.
Pour arriver à cette évolution, il a fallu attendre que la discipline des relations internationales ait quelques 60 ans d'existence. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il n'était pas possible à l'origine de la discipline de faire de la sécurité une notion qui ne peut pas être définie, le cœur de la doctrine, la pierre angulaire de la doctrine. Il a fallu attendre que la discipline des relations internationales devienne suffisamment mature pour qu'elle puisse accepter de faire de la sécurité la pierre angulaire de la construction de la discipline relations internationales. partir de 1979 nous allons avoir de travaux des travaux acad mais des rapports au sein des Nations Unies qui vont faire avancer l de la s D'un point de vue académique, nous avons deux auteurs importants à prendre en considération.
Barry Buzan, que je n'ai pas le temps de vous présenter ici, Un autre auteur tout aussi important est Richard Ullmann dans un article très célèbre publié en 1983 dans International Security intitulé Redefining Security. Et pour Ullmann, la sécurité ne peut pas être envisagée simplement sous l'angle du diplomatico-stratégique. Bien sûr, la sécurité militaire est importante, mais il y a d'autres formes d'insécurité, il y a d'autres atteintes à la sécurité des populations. Et dès lors, Ullmann considère que la sécurité doit être envisagée à la fois sous l'angle du diplomatico-stratégique, mais également sous l'angle économique et financier. la capacité d'accorder ou de refuser des crédits, la capacité de fermer ou de délocaliser des entreprises, a un impact sur la sécurité globale des nations.
Il y a une dimension également droit de l'homme et valeur. La défense des valeurs qui constituent le ciment d'une société est également importante pour définir le contenu de la sécurité. Et puis, il y a ce que l'on appelle aujourd'hui la sécurité environnementale ou la sécurité sanitaire. Il y a des dimensions environnementales et sanitaires à prendre en compte dans ce que l'on appelle désormais la sécurité globale. Ce concept a été repris par les Nations Unies dans de multiples travaux.
La commission Brundtland en 1987 avec la notion de développement durable. Il y a eu la commission Brands sur notre voisinage global. Et toutes ces commissions reprennent cette définition de la sécurité qui devient globale. Et cela est extrêmement important pour nous, puisque quand on fait de la puissance le cœur des relations internationales, ainsi que je vous le disais à l'instant, on a des structures internationales qui sont obligatoirement instables et chrysogènes. L'anarchie se loge dans les structures internationales, trouve ses origines dans ces structures naturellement instables.
Si on remplace la puissance par la sécurité, notre grille d'analyse est alors totalement différente. Si je suis en sécurité, je n'ai pas intérêt à menacer la sécurité de mon voisin, parce que dans ce cas-là, mon voisin devra menacer ma propre sécurité. Pendant la guerre froide, l'OTAN n'avait pas intérêt à menacer le pacte de Varsovie si le pacte de Varsovie ne menaçait pas l'OTAN. Dès lors, on peut parler d'une sécurité commune. Et à partir de là, on a un schéma qui est complètement nouveau.
Si la sécurité est commune, on remplace la balance of power par la balance of threat, l'équilibre des menaces. Et cela veut dire que si je suis menacé, je réponds, bien évidemment, je reste réaliste, mais si je n'ai pas de menace, je n'ai pas d'intérêt rationnel à menacer la sécurité de mon voisin. La sécurité devient dès lors un bien commun. Barré-Buzanne va constater pendant la guerre froide l'existence d'un complexe de sécurité qui unissait de Vancouver à Vladivostok, mais sans passer par le détroit de Béring, les territoires des États-Unis et de l'Union soviétique, un territoire sur lequel la guerre était exclue.
La preuve en est, c'est qu'on parlait à l'époque de conflit périphérique, on repoussait vers la périphérie de ce territoire commun, de ce système stratégique central, tout risque d'affrontement. Pourquoi ? Parce que la sécurité était considérée comme un bien commun. Et dès lors, nous avons une approche réaliste des relations internationales qui est totalement différente, puisque si la sécurité est un bien commun, dès lors, la coopération entre États devient l'instrument de satisfaction des intérêts égoïstes des acteurs. Et je vous mettrai en référence du cours un article très célèbre de Charles Glazer intitulé « Realist as Optimist, Cooperation as Self-Help ».
La coopération devient dans cet environnement l'instrument pour satisfaire les besoins égoïstes de tous les États. Merci pour votre attention.