Cours 04 - Étude de la scène interétatique (II)

RELATIONS INTERNATIONALES · Semaine 2 : Scène interétatique
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Bonjour, nous avons vu lors de la dernière séance le rôle central de la souveraineté sur la scène inter-étatique. Il est clair que si vous avez une représentation absolutiste de la souveraineté, centré autour des quatre missions traditionnelles de l'État gendarme, à savoir la diplomatie, la défense, la justice et la police. Il est clair que cette vision est datée et ne rend pas compte de la réalité de la souveraineté et dès lors un certain nombre de critiques, les approches libérales par exemple, pourront vous dire que la souveraineté n'est plus aussi centrale qu'elle était par le passé.

La preuve en est, c'est qu'il y a une privatisation de la sécurité. La loi française d'ailleurs le précise avec la sécurité privée qui concourt à la sécurité publique en matière de police. C'est une loi du 1er juillet 2014 qui autorise les sociétés maritimes à recourir à des sociétés militaires privées pour la protection de leurs navires en haute mer. Donc il est clair que si l'on a une vision rigide, absolutiste et intangible de la souveraineté, cette conception sera critiquable et est facilement dépassée et mise en cause par l'évolution du monde.

Inversement, si on a cette conception évolutive et relative de la souveraineté, on a une conception qui permet de comprendre pourquoi la souveraineté est toujours présente, toujours aussi centrale, à savoir que cette souveraineté est l'instrument qui évolue avec son support qu'est l'État. Et dans le même temps, on a une conception plus conditionnée de la souveraineté, puisque la souveraineté dépend de la capacité de l'État à remplir ses obligations. Et la première de ses obligations, c'est la sécurité de ses citoyens.

Donc la conception qui est la mienne et qui sert de fil directeur à ce chapitre est celle d'une souveraineté toujours aussi centrale au sein des relations internationales, des relations inter-étatiques, mais d'une souveraineté qui n'est plus conçue sur un modèle absolutiste mais beaucoup plus sur un modèle conditionné. Alors là, j'ouvre une parenthèse, vous avez beaucoup d'approches différentes des relations internationales et vous avez notamment des approches de type libéral, mais libéral au sens américain du terme, libéral au sens expansion d'une société civile à l'international, prise en compte de phénomènes transnationaux auxquels les États ne peuvent plus répondre seuls.

Et donc, ces approches alternatives ne sont pas prises en considération dans ce chapitre du cours. Inversement, comme je vous ai dit que je n'ai pas vocation à être un gourou et à vous dire le monde se présente comme ça et non pas comme cela, je ne saurais trop vous inviter à aller lire des auteurs qui ont une approche plus libérale. Je pense entre autres à mes collègues français Bertrand Baddy à Sciences Po ou Josépha Laroche à Paris.

Je referme la parenthèse et je reviens donc à ma souveraineté et à l'expansion de la souveraineté en dehors de sa zone historique d'origine, à savoir la souveraineté est devenue le référentiel des relations internationales, même dans des zones géographiques où l'expérience historique n'avait rien à voir avec le modèle européen. Je pense notamment au modèle chinois, puisque leur système tributaire impérial chinois n'avait rien à voir avec le principe de souveraineté ou de sujeuneté, si on se réfère au modèle du Moyen-Âge.

Or la Chine aujourd'hui, même si elle pousse à bien des égards un modèle alternatif, ce qu'elle appelle le Tianxia, la Chine reste malgré tout un état extrêmement réaliste et un état arc-bouté sur une conception très rigide de la souveraineté. Donc là, nous allons étudier comment et pourquoi la souveraineté a-t-elle pu devenir ce référentiel commun sur toute la planète. Cela va nous imposer de procéder en trois étapes. Tout d'abord, nous allons voir comment la souveraineté a diffusé en dehors de son ère géographique d'origine, de son ère culturelle d'origine.

Et puis, nous allons nous intéresser à la question du point commun qu'ont tous les États souverains sur la scène inter-étatique, point commun qui nous permettra dès lors de définir les conditions du dialogue entre les États. Ce sera la troisième partie de cette section. Alors tout d voyons l du mod Alors on parle cet de monde ouestphalien Le terme est impropre mais en m temps utile Impropre parce qu est clair que le monde qui appara en 1648 n que de tr lointains rapports avec le monde dans lequel nous vivons aujourd qu m temps ce monde n pas apparu subitement en 1648 La preuve en est c que le Saint romain germanique ne dispara qui est un instrument de l'ancien monde, du monde du Moyen-Âge, ne disparaîtra qu'au début du XIXe siècle.

Donc la formule est ambivalente, mais elle est pratique pour caractériser le monde des souverainetés dans lequel nous vivons aujourd'hui. Ce monde est apparu à la suite du traité de Westphalie qui met fin à la guerre de 30 ans, une guerre qui est liée à des questions de religion mais également à des questions de politique puisque l'empereur catholique d'Autriche veut reprendre son ascendant sur les princes protestants d'Allemagne. La France de Louis XIII prend partie en faveur des princes allemands et en fait on a une opposition entre un vieux système, le système que défend l'Empire, c'est-à-dire le système du Moyen-Âge, un système d'ingérence croisée, l'ingérence du pape, l'ingérence de l'empereur.

On parlait à l'époque d'Ecclesia Universalis et d'Imperium Mundi. Donc c'est un monde d'ingérence opposé au monde moderne de la souveraineté où le roi est empereur en son royaume. Mais c'est finalement cette conception qui va l'emporter avec les traités de Westphalie. Et comme le résumera superbement Henry Kissinger dans Diplomatie, un ouvrage que je vous recommande à lire d'ailleurs si vous voulez avoir une vision longue des relations internationales, Kissinger résume très bien ce nouveau monde en disant que ce nouvel environnement est caractérisé déjà par la raison d'État, donc la centralité de l'État. un État qui n'agit que par intérêt, c'est l'intérêt national, mais cela n'implique pas une guerre permanente des États les uns contre les autres, puisqu'il y a des mécanismes d'équilibre, de dialogue, de concertation, de dissuasion, qui se mettent en place à travers les instruments de la balance of power, de l'équilibre des puissances.

Alors ce système est bien évidemment le droit public, le résultat du droit public de l'Europe, le résultat d'une expérience politique et historique unique. Or ce modèle a diffusé dans le monde en cinq étapes. Il y a eu tout d'abord les révolutions américaines et françaises de 1776 et 1789 qui vont transmettre la souveraineté du roi à l'ensemble du corps social. Et à partir de là, on aura une nouvelle sacralisation de cette souveraineté qui devient la souveraineté populaire, la souveraineté nationale.

La deuxième étape de diffusion apparaîtra au début du XIXe siècle avec les indépendances en Amérique latine. Et là, on est bien dans le schéma que l'on avait en 1648, c'est-à-dire l'affaiblissement des empires, dans le cas d'espèce l'Empire espagnol et l'Empire portugais, débouchent sur une revendication nationale. Et il est très intéressant de voir que malgré les aspirations unitaires de Bolivar, en fait on est resté dans des cadres définis par les définitions, par les délimitations administratives des anciens empires.

La preuve en est que la grande Colombie qui aurait uni le Venezuela et la Colombie n'a jamais pu voir le jour. La troisième étape, ce sont le printemps des nationalités qui en fait va durer de 1848 et qui trouvera son apothéose avec les traités de Saint-Germain, de Neuilly et du Trianon en 1919 et en 1920. C'est cette revendication nationale contre les empires, encore une fois, avec cette idée que les nations, une fois indépendantes, seront naturellement pacifiques et démocratiques, ce qui a malgré tout été un vœu pieux.

La quatrième étape, ce fut la décolonisation, une décolonisation qui est commencée bien évidemment au début du XXe siècle lorsque la Grande-Bretagne donne son indépendance à l'Australie, la Nouvelle-Zélande et l'Afrique du Sud. Mais il faut surtout attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale quand les anciennes métropoles épuisées sont obligées d'accéder à la demande de leurs anciennes colonies. Donc nous avons une première étape entre 1945 et 1947. Nous avons une deuxième étape en 1960, lorsque la France, après avoir eu la tentation de réunir son empire dans une communauté qui apparaît à l'origine de la constitution de 1958, finit par renoncer. renoncer, le général de Gaulle parlant à cet égard, le génie du siècle nous impose de mettre un terme à la colonisation.

Et puis la troisi sera au milieu des ann 70 quand les r autoritaires de Salazar et de Franco s au Portugal et en Espagne et nous avons l la troisi phase de d Enfin, nous avons une cinquième étape de diffusion du modèle politique issu de la souveraineté, C'est ce qui se passe à l'issue de la guerre froide, lorsque les nationalités qui ont été opprimées par les totalitarismes revendiquent un droit à l'existence. Et là, nous avons en 1989 159 nations membres des Nations Unies.

Nous sommes aujourd'hui à 193 nations. Quelque part, je m'interroge sur l'adéquation de certaines problématiques, puisque j'entends bien des collègues dire que l'État est mort. Mais ce que je constate, en tant que réaliste, c'est que face à cet état moribond, des peuples revendiquent la création de nouveaux états. Donc l'État, selon la formule de Karl Deutz, semble être toujours aussi inadéquat, mais toujours aussi indispensable. Et c'est la raison pour laquelle ce produit de l'histoire européenne a diffusé dans le reste du monde.

Alors il s'agit de comprendre, non pas historiquement, mais de comprendre pourquoi. Et il y a essentiellement trois raisons qui peuvent expliquer cette centralité de l'État. La première des raisons, c'est que l'État est l'instrument d'adaptation des sociétés à leur environnement. Alors je ne dis pas que l'État est le meilleur instrument. Je dis que l'État est le moins mauvais instrument d'adaptation des sociétés à leur environnement. Si l'on prend la notion de transformation, on s'aperçoit qu'il y a trois types de transformation.

Transformation par causalité, par fonctionnalité et par intentionnalité. Par causalité, c'est un changement qui est imposé de l'extérieur. On n'a pas la possibilité de le récuser à moins de se refermer sur soi-même, ce qui aujourd'hui est significatif de recul économique absolument insupportable. Or, l'État, face à ce changement imposé par l'extérieur, a la capacité déjà de gérer le temps. On dit que l'État est le maître des horloges. En même temps, l'État a la capacité d'être le prêteur en dernier ressort d'économies qui ont besoin de s'adapter à un environnement nouveau.

Et on le voit dans toutes ces périodes de transition longue qui impliquent une adaptation de modèles économiques et de modèles sociaux à un environnement radicalement différent, ce qui occasionne des fermetures d'entreprises, un chômage important, des crises sociales extrêmement graves. eh bien l'État est absolument indispensable pour gérer cette phase de transition et donc pour gérer le changement par causalité. Alors le changement par fonctionnalité, c'est quand apparaissent de nouvelles fonctions, quand apparaissent de nouveaux besoins. Alors il est clair que toutes ces fonctions, que tous ces besoins ne sont pas obligatoirement des besoins marchands, auquel cas le privé est bien plus adapté que l'État.

Mais il y a des fonctions qui ne sont pas uniquement marchandes. Pensez par exemple la disparition du rôle du confessionnal implique que les divorces se passent désormais devant un juge aux affaires matrimoniales. patrimoniale. Il est clair que c'est une mission que seul l'État peut remplir. Donc le changement par fonctionnalité n'est pas un changement qui place l'État sur le devant de la scène. Il est clair qu'il est concurrencé par des acteurs privés plus réactifs, mais il y a malgré tout nombre de fonctions nouvelles qui apparaissent et que seule la puissance publique peut prendre en charge.

Enfin, il y a, ne l'oublions pas, le changement par intentionnalité. Et là, c'est la vision noble du politique. C'est la vision du politique qui fixe des horizons d'attente et qui se donne les moyens pour accompagner les transformations de la société en vue d'atteindre cet objectif jugé souhaitable. On parle à cet égard d'État stratège, c'est cette fonction noble du politique que l'on ne doit pas négliger. Alors, in fine, je ne dis pas encore une fois que l'État est le meilleur acteur du changement, je dis que l'État est celui qui dispose de la palette d'instruments la plus étendue pour permettre l'adaptation des sociétés à leur environnement.

La deuxième raison pour laquelle l'État est toujours nécessaire, c'est son rôle en matière de répartition d'espace. Alors bien sûr, la répartition d'espace n'est jamais optimale. Nous l'avons vu, des peuples ont été prisonniers à l'intérieur de frontières ou ont été divisés par ces frontières. Et on assiste aujourd tr clairement une crise de l Il y a une mise en cause de l du monde par la diffusion du mod de l dans des zones g et culturelles qui n'étaient pas prêtes à adopter ce modèle.

Il y a en même temps les phénomènes de la mondialisation qui remettent en cause les partages territoriaux de l'espace, puisque nombre de problèmes ne peuvent plus être résolus à l'échelle de l'État. Ceci étant, il n'y a pas de substitut à l'État-nation. Il faut voir qu'il y a eu de longue date nombre de critiques portées contre cet État. Le marxisme, et Marx qui parlait notamment des trognons de peuple, avait une vision très ouverte de la politique et antinationale.

Le marxisme a échoué et c'est justement la revendication nationale de la Lituanie et de la Russie qui a mis un terme au totalitarisme soviétique. Et puis nous avons tous les isms des années de guerre froide. On parlait d'afro-asiatisme, on parlait de pan-arabisme, de pan-islamisme, on a parlé de non-alignement, tout un tas de modèles qui pensaient dépasser l'état-nation. Or, en fait, pour dépasser l'état-nation, et nous aurons l'occasion de le voir, la seule possibilité, c'est d'avoir déjà des états qui fonctionnent bien.

Si le panafricanisme n'a pas fonctionné, c'est parce qu'on ne pouvait pas trouver une solution au dysfonctionnement de l'état ou des états africains par une organisation panafricaine. Pour que cette organisation panafricaine puisse bien fonctionner, il faut en préalable que les états fonctionnent bien. Enfin, et in fine, la raison pour laquelle on a besoin de l'État, c'est qu'il n'y a pas de citoyenneté aujourd'hui sans État. Donc, deuxième raison pour laquelle l'État s'est répandu sur l'ensemble de la surface de la Terre, c'est parce que l'État est encore une fois le moins mauvais répartiteur d'espace.

Enfin, la dernière raison, c'est parce que l'État, comme le dit Hobbes, est le rempart contre l'insécurité. Alors bien sûr, encore une fois, il y a des États tyranniques, donc nombre d'États du tiers monde, les forces dites de sécurité, la police, la gendarmerie, l'armée, les services, sont bien souvent les principales causes d'insécurité des populations. C'est ce que l'on appelle l'État failli. Il y a en même temps le dilemme de l'État, de la sécurité, qui veut que l'on ne puisse pas atteindre une sécurité absolue, puisque en augmentant ses défenses, tout État devient tôt ou tard une menace pour ses voisins qui vont se coaliser contre lui.

Donc il est clair que l'État n'est pas le seul rempart à l'insécurité et l'État, bien souvent, peut être en situation d'échec. Ceci étant, on n'a pas de substitut à l'État. Comme le dit Raymond Aron, il n'y a pas d'autre frein à la passion pure et à la brutalité sans restriction. Prenez la partition de l'ex-Yougoslavie et de la Tchécoslovaquie. Dans l'ex-Yougoslavie, dès les premiers jours de la guerre, en juin 1991, la souveraineté yougoslave disparaît et c'est l'affrontement de tous contre tous, serbes contre croates, serbes contre bosniaques, bosniaques contre croates.

Alors que dans le cas de l'ex-Tchécoslovaquie, la souveraineté tchécoslovaque a été respectée jusqu'à son terme et on a alors parlé de partition de velours entre la République tchèque et la Slovaquie. La deuxième raison pour laquelle il n'y a pas de substitut à l'État au regard de cette capacité de l'État à gérer la violence, c'est que l'État a appris à vivre en bonne intelligence avec ses voisins. Et on a assisté, comme le dit encore une fois Raymond Aron, à la loi, à la vérification de cette loi tendancielle à la réduction de la force employée.

Les États ont finalement appris à vivre en paix les uns avec les autres et nous aurons l'occasion de le voir. Il y a là une approche très originale fondée sur une dialectique de la légitimation de la violence légitime dévolue à l'État. On a pris la violence à la société civile, aux différentes factions, pour la remettre à l'autorité publique, laquelle a eu l'obligation d'apprendre à utiliser cette force dans le but de délégaliser progressivement les manifestations de la force.

Nous aurons l'occasion de le revoir. Donc pour ces trois raisons, facteur d'adaptation au changement, meilleur ou moins mauvais répartiteur d'espace et rempart contre l'insécurité, ces trois raisons expliquent pourquoi le modèle de l'État a diffusé sur l'ensemble de la planète. Merci de votre attention.