Nous avons vu pourquoi il était souhaitable d'ajouter à votre parcours déjà chargé de licence ce cours de relations internationales. Aujourd'hui, nous allons nous intéresser à ce qu'est la discipline relations internationales, de façon qu'il n'y ait pas de tromperie sur la marchandise et que vous sachiez véritablement à quoi vous attendre. Alors la discipline « relations internationales » est relativement récente. Elle a en fait un siècle puisqu'elle est apparue à l'université d'Aboré-Suisse au Pays de Galles en 1919.
Alors la date vous dit quelque chose, 1919 c'est le lendemain de la première guerre mondiale et il est clair que la création de la discipline relation internationale est directement liée à cette catastrophe qui a dévasté l'Europe mais qui a également détruit les illusions du 19e siècle, les illusions positivistes de l'Europe. Alors, bien évidemment, on étudiait les rapports entre les nations, entre les cités, entre les États avant 1919. La philosophie, le droit, l'histoire étaient les moyens traditionnels pour réfléchir aux rapports entre les États.
Mais ces instruments n'étaient pas suffisants pour expliquer le cataclysme de la guerre 14-18. En fait, il faut revenir à la situation de l'Europe à la fin du 19e siècle. L'Europe a achevé son unification économique. En fait, il faudra attendre 1984 pour que le taux d'ouverture des économies européennes soit équivalent à celui que l'on avait en 1900. À cette époque, Stéphane Zweig s'étonnait de pouvoir traverser l'Europe sans avoir à présenter son passeport. En 1900, l'Europe était partie à la conquête du monde, mais avec de bonnes raisons. lorsque Jules Ferry dit qu'il y a des obligations des races supérieures à l'égard des races inférieures, ce n'est pas un racisme notoire qui parle, c'est un Européen convaincu que l'Europe est en train d'apporter au monde, avec la civilisation industrielle, la paix définitive.
C'est l'idée sur laquelle, après le siècle, après l'époque des militaires, Précédemment, nous avons dans les trois âges un âge métaphysique puis un âge militaire. Or, la civilisation industrielle doit remplacer l'exploitation rationnelle des ressources de la nature comme activité principale de l'homme, donc excite la guerre. Et c'est parce que les Européens étaient convaincus qu'ils allaient apporter la paix au monde qu'ils sont partis avec une telle bonne conscience à la conquête de leurs empires respectifs. Or, la Première Guerre mondiale a infirmé cette prévision.
La Première Guerre mondiale a fait redécouvrir la guerre totale qui avait disparu avec les grandes invasions barbares. Et donc l'Europe est désemparée. Avant même que Spengler écrive le déclin de l'Occident, Alfred de Manjon avait écrit le déclin de l'Europe. Et si vous pensez au constructivisme, si vous pensez à Isidore Adinkan, si vous pensez à Stravinsky, si vous pensez au surréalisme, dans tous les domaines artistiques, on sent que le vieux monde a craqué et qu'il faut inventer un monde nouveau.
Et donc, il faut, d'un point de vue intellectuel, inventer une discipline pour essayer de comprendre ce qui s'est passé. Mais le fait que la discipline de relations internationales soit apparue en 1919 va avoir un impact direct sur la manière même dont cette discipline était conçue à son origine. Puisqu'en effet, on s'est intéressé comme objet central de la discipline au phénomène guerre. Si en fait on avait créé la discipline relations internationales en 1900, le phénomène central aurait été très probablement le commerce entre nations.
Là, l'objet central, l'objet normal de la discipline, c'était la guerre. Et pas n'importe quel type de guerre. La guerre inter-étatique, la grande guerre entre États. Non pas les guerres int que l ne voyait pas d au nom de la non On fermait les yeux sur les affaires int des autres on s focalis l de la discipline sur les seules guerres inter Et puis, dans le même temps, on a une nouvelle distribution de la puissance. Or, les États-Unis sont très réticents à accepter les charges de la puissance.
Les États-Unis qui viennent d'accéder au statut de grande puissance. En fait, Farel Zakaria nous dit que dès 1865, dès la fin de la guerre de sécession, les États-Unis auraient pu devenir une grande puissance. Mais ils ont refusé cette situation à cause notamment du problème de la frontière intérieure. Et puis c'est simplement en 1890 que les États-Unis ont commencé à accepter le statut d'acteur international. Mais à partir de 1917, les États-Unis vont faire la différence dans la guerre et les États-Unis, avec les 14 points de Wilson de janvier 1918, vont véritablement poser le cadre de la sortie de la guerre et le nouveau cadre des relations internationales.
Or, en mars 1920, les États-Unis vont refuser de participer à la société des nations qu'ils ont contribué à créer, sur une idée française de Léon Bourgeois, mais les États-Unis, refusant les obligations de la puissance, la discipline relations internationales va bien évidemment se focaliser sur cette question centrale de la puissance. Donc on va avoir une discipline nouvelle qui se crée, qui est axée à la fois sur la puissance et sur la question de la violence inter-étatique et on va partir sur une distinction arbitraire avec cette idée selon laquelle à l'intérieur tout va bien puisqu'il y a eu un pacte social qui a désarmé les factions, qui permet aux sociétés civiles de vivre en paix et en harmonie.
Et inversement, vous avez le domaine international, là où il ne peut pas y avoir de pacte social, puisque l'on ne peut pas interdire à un État de faire la guerre. Raymond Aron nous dit interdire à un État de faire la guerre, ce serait lui interdire de défendre son intérêt ou son honneur. Donc il n'y a pas de pacte social possible. et l'anarchie demeure totale. Donc, voici le cadre fixé par la discipline du fait de son origine.
Or, le monde a changé. Il y a un siècle désormais qui s'est écoulé depuis la création de la discipline et il est normal que la discipline aille évoluer. Et il y a essentiellement deux événements importants qui doivent être pris en considération pour comprendre l'évolution du contenu de la discipline. Tout d'abord, c'est la fin de la guerre froide, c'est le choc de 1989. Et le deuxième élément à prendre en considération, c'est l'impact de la mondialisation libérale que nous connaissons aujourd'hui.
Alors tout d'abord, le choc de 1989. Je ne suis pas en train de vous dire que la fin de la guerre froide, c'est un changement de monde. Il y a des auteurs libéraux qui nous disent que la fin de la guerre froide nous précipite dans un monde post-ouestphalien. La position que j'aurai dans ce cours sera une position beaucoup plus réaliste classique disant non, nous sommes toujours dans un monde ouestphalien, c'est-à-dire un monde où l'État reste l'acteur central.
Mais ce monde a évolué comparé à celui qui existait au moment de la création de la discipline. Prenez l'exemple de la guerre. Tout le monde nous annonçait que la guerre froide allait se terminer par un grand cataclysme. Regardez les films Mad Max, Terminator, Dr. Folamour, tous les films de politique fiction de la guerre froide envisagent cette fin apocalyptique du monde. Or, il n'y a pas eu d'apocalypse nucléaire. En fait, la guerre froide s'est terminée parce que l'Union soviétique s'est écoulée de l'intérieur.
Et donc, nous avons une première modification du schéma initial à prendre en considération. dans le sch initial on opposait l int au d internationaux Or l il appara que dans la vie internationale il n a pas eu de d majeur On constate m qu juillet 1991 alors que l sovi est la veille du coup d qui vise renverser les structures existantes au profit du KGB et de l et l'Union soviétique va disparaître le 25 décembre 1991.
Or, en juillet 1991, cette Union soviétique aussi fragilisée est admise à siéger au sein du G7 qui devient le G8. Donc, à l'international, la situation est plutôt calme, alors qu'à l'intérieur, c'est le grand tumulte. Et la fin de la guerre froide est provoquée par un schéma totalement inédit d'une instabilité interne alors que l'ordre règne à l'international. Le deuxième événement à prendre en considération, c'est le changement de lecture de la violence. Les grandes guerres ne sont plus les guerres inter-étatiques.
Les violences auxquelles nous assistons sont désormais des violences infra-étatiques. On le voit d'ailleurs avant même la fin de la guerre froide, alors que la guerre froide en tant que telle se termine lorsque Américains et Soviétiques, le 7 décembre 1987, signent l'accord mettant fin à la crise des euromissiles. Eh bien, dès la fin du mois de décembre, nous avons les nouveaux conflits qui apparaissent avec le conflit entre Azeri et Arménien à propos du Nagorni Karabakh, une enclave arménienne au sein du territoire de l'Azerbaïdjan.
Nous avons désormais de nouveaux conflits qui retiennent notre attention. Ce sont essentiellement des conflits asymétriques, c'est-à-dire des conflits entre factions à l'intérieur d'un État avec ou non intervention de puissance extérieure pour essayer de ramener le calme, pour essayer de sortir du carreau. Ou bien nous avons ce que l'on appelle aujourd'hui des guerres asymétriques, c'est-à-dire des guerres dans lesquelles des groupes privés portent appui à des intérêts étatiques qui ne s'expriment pas de manière ouverte. Donc c'est une évolution considérable des cadres de lecture de la violence.
En même temps, deuxième évolution à prendre en considération, c'est l'idée selon laquelle par le passé l'intervention était interdite. Et désormais, et nous l'avons vu avec la question de la Syrie, il s'agit de se justifier lorsque l'on n'intervient pas. Je ne suis pas en train de dire que le monde moderne, le monde contemporain est caractérisé par des ingérences toutes asimutes. Non, je suis en train de dire que par le passé, le monde était caractérisé par le principe de non-intervention, par le principe de non-ingérence et désormais, nous sommes dans un environnement où les puissances doivent justifier leur inaction.
Donc c'est un monde complètement différent et là il est important de voir que ce n'est pas la réalité du monde qui s'impose à nous. En fait le monde est façonné par nos identités, par nos cultures. Nous voyons le monde différemment si nous sommes arméniens, iraniens ou français. Nous ne voyons pas les questions du nucléaire de la même manière si nous sommes iraniens, français ou nord-coréens. Et donc, il est clair que pour tout ce qui concerne la violence, le regard des acteurs est très différent et à partir de là, il est nécessaire de prendre en compte, non pas la réalité du monde qui s'impose à nous, mais la perception que l'on a du monde, voire l'intersubjectivité, c'est-à-dire le croisement des perceptions des différents acteurs.
En tout état de cause, le premier élément majeur qui explique la nécessité de revoir le monde, c'est le choc de 1989. Le deuxième élément qui nous impose de revoir nos grilles de lecture des relations internationales, c'est la mondialisation avec une multiplication des acteurs. On ne peut plus dire aujourd'hui que l'État reste l'acteur central des relations internationales. Bien sûr, l'État est toujours présent. Mais déjà, sous ce label d'État, il faut distinguer les puissances des micro-États ou des États faillis.
Donc, précédemment, l'État était au cœur des représentations, mais l'État était essentialisé. Aujourd nous voyons qu y a une tr grande diversit entre les d les d entre des centralis des f Donc l doit d Mais c de l nous voyons que des acteurs sovereignty free qui agissent hors souverainet comme dit james roseneau un auteur que nous citerons que nous verrons très souvent dans le cadre de ce cours et bien ces acteurs sovereignty free qui sont les individus les ong les organisations internationales les entreprises les les églises, les écoles, les universités, ces acteurs ont une marge d'autonomie bien plus grande.
Et cela débouche non pas sur le fait que la logique politique est désormais balayée, que la logique économique prenne le dessus. Non, la situation est plus complexe. Nous sommes dans une situation où la logique politique n'est pas a priori la solution à un problème donné. Précédemment, s'il y avait un problème et qu'on ne parvenait pas à le résoudre, in fine, c'était l'intervention des États qui permettait de trouver la solution. Aujourd'hui, face à un problème qui surgit à l'international, nous ne savons pas a priori si la clé de résolution sera politique, sera économique, sera culturelle ou religieuse.
En même temps, et dernière raison liée à la mondialisation, il faut voir que l'État n'est plus aussi central parce qu'en désessentialisant l'État, on s'aperçoit que l'État n'est pas toujours cet honnête homme que l'on subodorait. Je vous ai parlé tout à l'heure d'État failli, d'État prédateur, d'État cleptomane, une notion qui apparaît au début des années 1990 et qui débouche sur l'idée d'une sécurité humaine, d'une responsabilité de protéger. On ne peut plus, a priori, considérer que l'État est un acteur qui ne peut mal faire et il y a donc une responsabilité de la communauté internationale pour protéger les droits élémentaires des individus qui n'existaient pas par le passé et qui désormais prennent place sur la scène internationale.
Une deuxième raison, c'est l'apparition d'un objet politique non identifié qui marche plutôt bien finalement. C'est l'Europe. L'Europe qui n'est ni une fédération, ni un nouvel État. C'est un opni, un objet politique non identifié qui est bien sûr un géant économique, mais un impolitique, une larve militaire. On aura l'occasion de le voir, mais l'Europe qui nous permet de penser l'action internationale sur un registre différent. Il y a également le fait que les États ont appris à vivre en paix, comme nous l'avons vu, mais le monde n'est pas pacifié.
Il y a d'autres sources d'instabilité et de violence. Et ces sources sont liées à l'irruption de la société civile. Et l'irruption de la société civile dans l'agenda diplomatique feutré des États provoque toutes les tensions, tous les bouleversements violents auxquels nous assistons aujourd'hui. Enfin, il faut voir que l'intérêt général qui n'était pas conçu précédemment comme la sommation des intérêts particuliers doit être aujourd'hui revu. L'intérêt général doit prendre en considération l'intérêt de chaque individu, mais doit prendre également en considération les contraintes liées à une société nouvelle.
Donc il y a la nécessité de redéfinir un nouveau cadre pour le pacte social qui est lié à l'individualisation des comportements et qui impacte bien évidemment sur la nature des relations internationales. Et donc, comment allons-nous procéder ? Eh bien, nous allons procéder en quatre étapes. D'une manière totalement artificielle, j'en conviens, nous allons diviser l'international en quatre scènes différentes. Nous aurons tout d'abord, tout en haut, la scène des relations des États, la scène interétatique. Puis à côté, nous étudierons la scène des organisations internationales, nous étudierons ensuite la scène de la société civile, de la société monde, et enfin la scène de l'économie monde.
Et c'est simplement à la fin du cours que nous nous efforcerons de regrouper ces différentes scènes pour vous permettre de reconstruire vous-même votre propre scène internationale. Encore une fois, mon but n'est pas de vous dire le monde fonctionne comme cela, mon but est de vous donner les éléments pour vous permettre de construire votre propre représentation du monde.