Bonjour à toutes et à tous. Bienvenue dans ce cours de relations internationales qui, je le sais par expérience, suscite beaucoup d'intérêt et je dirais même presque trop d'intérêt. L'objet est tellement vaste, il y a tellement d'interrogations, tellement de problématique qui vous intéresse au premier chef que l'on ne sait pas exactement par quel bout prendre la discipline des relations internationales. Alors bien évidemment je ne peux pas tout présenter, présenter toutes les options, toutes les approches et je serai dans un cadre assez classique, celui du réalisme qui considère que l'État reste un acteur centrale de la vie internationale.
Mais ce réalisme a évolué, ce n'est plus du tout le réalisme classique qu'il pouvait y avoir à l'époque de Raymond Aron. Vous verrez dans le courant de la première partie que la place de l'État a bien évidemment évolué. Ceci étant, le sujet est difficile à délimiter puisque c'est quoi l'international ? Quand on considère les contraintes internes qui conditionnent le positionnement des états sur la scène internationale comme disait tocqueville les démocraties ne résolvent guère les problèmes du dehors que par les raisons du dedans à partir de ce moment là la distinction interne et externe est extrêmement difficile Donc je vais vous proposer pour commencer ce cours une réflexion sur la discipline des relations internationales.
Qu'est ce que c'est en fait ? Et nous verrons à la suite de cette présentation et de l'évolution des critères qui fondent la discipline, nous verrons comment aborder finalement cet objet aussi complexe et il est clair que mon objet ici n'est pas de vous dire il y a une manière de voir le monde de voir les relations internationales mon objet est totalement ma finalité est totalement différente il s'agit avant tout de vous permettre de vous forger les instruments intellectuels et culturels qui vous permettront de mieux comprendre les problématiques internationales et de mieux vous positionner sur des questions souvent complexes qui n'appellent pas une réponse claire et nette.
Or, débutons par la discipline des relations internationales. Cette discipline est relativement récente, elle a un siècle. Elle est née au lendemain de la première guerre mondiale en Angleterre ou plutôt au Pays de Galles dans l'université d'Abury Swiss et elle a diffusé tout de suite sur la côte est des États-Unis avant de revenir dans les années 1920 en Europe. Or, bien évidemment, l'origine historique et les origines géographiques de la discipline vont avoir un impact sur le contenu même de la discipline.
Le fait que la discipline soit apparue après la première guerre mondiale, signifiait qu'on ne comprenait pas ce qui s'était passé. Comment finalement des guerres balkaniques débouchent-on sur l'attentat de Sarajevo et comment cet attentat sera à l'origine de la première guerre mondiale ? Les instruments classiques qui sont l'histoire, le droit, la philosophie ne permettent pas de répondre à cet enchaînement d'événements qui débouchent sur une telle catastrophe. Donc on a ressenti le besoin de créer une nouvelle discipline focalisée sur les problématiques internationales, mais à travers les problématiques internationales, on s'est focalisé prioritairement sur le contrôle de la violence.
Et pas n'importe quelle violence, non pas les violences internes. on s'est penché à l'origine de la discipline sur la guerre et sur la guerre entre États. Donc, il est très clair qu'à l'origine de la discipline, il y a la Première Guerre mondiale, il y a le désir d'éviter que cette catastrophe ne se reproduise et d'étudier les phénomènes qui ont pu conduire à ce déchaînement des passions. Et si la discipline avait cr peut 20 ans plus t au d du XXe si une o la mondialisation est d achev sans doute que le commerce international aurait l normal de la discipline le centre de la discipline Mais comme tel n'est pas le cas, comme on a créé la discipline après une guerre majeure, on s'est centré sur la violence et encore on a circonscrit l'analyse de la violence à la seule violence entre les États.
En même temps, l'origine géographique nous impose de voir le rôle des intellectuels américains qui vont, dans les années 1920, développer véritablement les premiers cursus de relations internationales. Et leur position est que les États-Unis, en tant que puissance, ont désormais des responsabilités. Et ce discours est largement inaudible aux États-Unis, puisque l'héritage de Washington, la doctrine Monroe, interdit aux États-Unis d'intervenir dans les affaires du monde. Or là tout à coup les États-Unis en tant que puissance doivent justement gérer les affaires du monde Et il y a un désir d'isolationnisme très fort aux États-Unis Contre lequel les premiers théoriciens des relations internationales vont prendre position Et donc l'origine géographique de la discipline a pour conséquence le fait que l'on va faire de la puissance le critère clé de positionnement des États sur la scène internationale.
L'intérêt défini en termes de puissance, comme le dira ultérieurement Morgenthau, voici l'élément central à partir duquel comprendre et analyser les politiques étrangères. Or, il va y avoir une double conséquence à la définition relativement étroite de l'objet des relations internationales autour du contrôle de la violence et de l'exercice de la puissance. C'est le fait que la nouvelle discipline va s'efforcer de conjuguer les apports de l'histoire, les apports du droit, les apports de la philosophie, mais d'une manière totalement originale.
Dans la mesure, malgré tout, où il n'y a pas encore un corpus intellectuel, on va être dans une ère de tâtonnement. C'est le premier grand débat, en fait, de la discipline. Le débat entre les savants, les sachants qui essayent de définir cette nouvelle grille d'analyse scientifique de l'action internationale et l'opinion publique qui, elle, considère que la guerre a été une catastrophe et que cela ne doit jamais se reproduire. Donc le premier grand débat des relations internationales va opposer les idéalistes, les partisans du plus jamais sain, aux réalistes qui considèrent que bien sûr l'objectif final c'est de contrôler la violence, mais peut-être que l'idéalisme n'est pas le meilleur moyen pour atteindre cet objectif.
Dans le même temps, l'origine de la discipline va être à l'origine d'une distinction forte entre l'ordre supposé régner à l'intérieur des États et l'anarchie internationale. À l'intérieur des États, il y a le pacte social, l'État organisant la vie en société, désarmant les factions et permettant justement une vie pacifique, alors que dans les relations internationales, il n'y a pas de pacte social possible entre des entités souveraines et dès lors, l'anarchie règne dans la vie internationale. Dès lors, à l'origine de la discipline, on a une conception du monde où l'État est au centre des représentations et ces États sont mus à la fois par le désir de survivre et en même temps d'exercer au mieux leur puissance pour maximiser leurs intérêts.
Or, cette grille d'analyse a obligatoirement changé. Elle a changé non pas en 1945, non pas en 1960 quand la détente est à l'ordre du jour, mais en fait elle a changé radicalement à la fin de la guerre froide. puisque c'est la première fois dans l'histoire de cette discipline nouvelle qu'il y a un changement majeur de configuration sans une guerre. Or ce changement de configuration sans guerre va poser de probl la discipline qui va se renouveler consid Et ce renouveau de la discipline a deux axes Le premier axe, c'est l'axe de la manière de concevoir la violence.
Et le deuxième axe, c'est la dimension prise par la mondialisation qui impose véritablement de concevoir qu'il puisse y avoir d'autres acteurs que les États pour penser l'international. Alors, la vie internationale à partir de 1989 va être empreinte d'un très grand optimisme, d'un très grand idéalisme, puisque tout le monde redoutait la catastrophe nucléaire qui n'a pas eu lieu. Et c'est un miracle. Nous verrons dans le cadre de ce cours comment finalement les instruments créés par les États, par la communauté internationale, sont parvenus in fine à réaliser ce miracle et à permettre un changement majeur sans une guerre tout aussi majeure.
Mais très clairement, cette évolution n'aura pas vocation à durer. Cette évolution va durer, me semble-t-il, une bonne trentaine d'années, de 1990 jusqu'à nos jours. La question c'est de savoir est-ce que nous vivons toujours dans ce même monde où la violence était sous contrôle. Alors là je vais vous surprendre, et mon cours sera un cours très optimiste. Je vais vous surprendre quand je vous dis que votre risque de mourir aujourd'hui dans un conflit lié à une opposition politique est 17 fois inférieur au risque que les humains dans les années 50 avaient de mourir dans de telles circonstances.
D'après les chiffres de l'Upsala Conflict Data Programme, qui font vraiment référence, et vous les verrez sur le PowerPoint, il y a eu en 2020 120 000 morts dans des conflits politiques, enfin liés à des considérations politiques. 120 000 morts, ça veut dire quoi ? Ça veut dire à peu près 300 morts par jour. Alors bien sûr, c'est beaucoup trop. mais comparons au paludisme, 1800 morts par jour comparons à la faim dans le monde 90 millions de personnes meurent de faim dans le monde soit 25 000 personnes par jour sans compter les 800 millions d'êtres humains qui vivent en limite de carence alimentaire et il y a quasiment 50 000 personnes qui meurent tous les jours de maladies transmissibles Donc la violence liée à l'usage des armes n'a cessé de baisser.
Alors bien sûr, vous allez me dire l'Ukraine. Oui, parlons-en de l'Ukraine. Vous avez tous vu ces photos de l'exode français, par exemple, en 1940. Et l'été dernier, vous avez vu ces photos de tourisme russe sur les plages de Crimée, avec au fond une base aérienne en train de brûler, ou un hélicoptère de combat qui était sur la plage elle-même. En fait, si on compare les événements actuels en Ukraine, aussi dramatiques soient-ils, et nous verrons que ces événements ont des répercussions fortes pour penser justement le changement de période.
Mais il s'agit de relativiser. Au cours de la Première Guerre mondiale, le tiers des soldats français morts au combat ont été tués dans les six premiers mois de la guerre, entre août et décembre 1914, c'est-à-dire près de 500 000 morts. D'après les derniers chiffres disponibles aujourd'hui, en janvier 2022, il y aurait eu 180 000 Russes hors combat. Et les statistiques habituelles, c'est un quart de morts, trois quarts de blessés. Donc 45 000 morts. Comparé aux 500 000 soldats français tués en six mois seulement, on voit bien que les proportions ne sont pas identiques.
Alors bien sûr, il y a eu d'autres guerres importantes. Pensez à l'ex-Yougoslavie au début des années 90, 200 000 morts. Les deux guerres de Tchétchénie, c'est 300 000 morts. Le conflit en Syrie, ce sont 300 000 tués. Mais globalement, il apparaît que la courbe du nombre de victimes liées à des violences politiques ne cesse de baisser. Et vous verrez sur le PowerPoint lié à ce cours cette diminution drastique du nombre des victimes. Aujourd'hui, d'après les dernières données à notre disposition, il n'y aurait que 52 conflits dits dits dans le monde 54 plut excusez mais avec seulement deux conflits inter Les autres conflits sont des conflits internes Peut que ces conflits peuvent dans 25 cas internationalis donc avec l'intervention de puissances extérieures.
Mais il n'y a que deux conflits inter-étatiques qui sont de loin les plus violents. Et sur ces 54 conflits, il n'y a que 5 conflits qui ont atteint l'intensité de guerre. On a en effet besoin d'une distinction entre le conflit et la guerre. L'état du droit change complètement et on considère qu'il y a une guerre à partir du moment où il y a 1000 hommes de troupes engagés et 1000 victimes liées aux opérations militaires. Or, aujourd'hui, il n'y a eu, en 2020, que 5 cas où les conflits ont atteint le niveau de guerre.
Alors qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que la violence s'est transformée. On est passé de la guerre inter-étatique à la guerre asymétrique, voire aujourd'hui on parle de guerre hybride. Les causes de la violence ont changé. Il y a un rapport du PNUD sur lequel nous reviendrons, important, ce rapport date de 1994, qui dit que désormais il y a beaucoup plus de risques pour l'humanité de mourir dans des circonstances de la vie ordinaire plutôt que dans une catastrophe majeure.
Et les six causes de violence répertoriées par le programme des Nations Unies pour le développement sont déjà les inégalités de développement, ensuite la croissance démographique, ensuite les migrations internationales, ensuite les atteintes à l'environnement, le terrorisme et la montée en puissance des mafias. Alors cela débouche sur quoi ? Cela débouche sur le sentiment d'insécurité que vous avez. Il y a un adage qui dit « il n'y a plus de menaces majeures aux frontières ». Aujourd'hui, il est clair que même si l'état-major français dit qu'il faut se repréparer à des conflits majeurs en Europe, il faudra attendre un certain temps pour que des troupes venant de l'Est ou d'ailleurs puissent débouler sur les frontières françaises.
Mais s'il n'y a plus de menaces aux frontières, il n'y a plus non plus de frontières aux menaces. Il y a une capillarisation des risques et cette perception d'un monde dangereux façonne finalement votre attitude assez craintive vis-à-vis de l'avenir du monde. Et ce, d'autant plus qu'une guerre majeure a ressurgi en Europe. On a un conflit de haute intensité qui se déroule pas très loin de chez nous. Alors, comme je vous disais, il y a eu d'autres conflits de haute intensité.
Mais ce qui change, c'est que là, tout à coup, un pays doté d'armes nucléaires, membre du Conseil permanent du Conseil de sécurité, n'a plus respecté les us et coutumes, les usages mis à jour par la communauté internationale depuis 1990 pour contrôler l'usage de la force. Un exemple très clair, lorsque la Crimée a été annexée par la Russie, la Russie avait envoyé des militaires sans uniforme. La preuve en est qu'à l'époque encore, on savait bien que la guerre avait cessé d'être le moyen normal de l'État.
Or, aujourd'hui, la guerre en Crimée nous apprend que des États majeurs, qui ont une importance considérable sur l'évolution du monde, sur l'avenir du monde, ont renoncé à cette modération. Et le fait qu'un certain nombre de pays, sans soutenir directement la Russie, se sont abstenus de condamner la Russie, je pense à des pays majeurs comme la Chine, comme l'Inde ou même un pays européen comme la Hongrie, Le fait que cette agression majeure, ce manquement aux règles établies depuis la fin de la guerre froide n'ait pas entraîné une condamnation unanime sur la scène internationale peut évidemment faire extrêmement peur.
Donc, en résumé, la violence qui a été sous contrôle jusqu'à une période récente semble aujourd'hui redevenir une menace réelle dont il faut tenir compte, alors que dans le même temps, les multiples risques liés aux inégalités de développement, aux atteintes à l'environnement, à la mafiaisation des relations internationales et autres sont toujours présentes. D'où ce sentiment très clair de crainte vis-à-vis de l'avenir.