Nous sommes toujours dans notre monde féodal. À côté du morcelement territorial, l'autre grande caractéristique de la féodalité est le lien féodovacanique. Un lien double, un lien personnel, la vassalité, un lien réel au sens patrimonial, né de la concession d'un fief. À partir du XIe siècle, surtout dans son second caractère, l'association vassalité fief tend à devenir la forme dominante dans de nombreuses régions. On rencontre en effet de moins en moins de vassaux non dit-on fiefé, même si une vassalité sans fief subsiste.
À l'origine, pourtant, la logique est différente. On devient vassal d'abord pour bénéficier d'une protection personnelle. Peu à peu, l'élément réel, le fief prend une importance croissante, jusqu'à structurer largement la relation entre un seigneur et son vassal. Pour cette raison, il faut d'abord traiter du lien personnel, la vassalité. Puis, ce sera l'objet de cette vidéo, puis du lien réel, le fief. Fief qui donnera lieu d'ailleurs, soit dit en passant à plusieurs vidéos. L'important c'est du fief et réel.
Commençons donc par la vassalité, le lien personnel. Le lien personnel qui unit donc un seigneur à son vassal. La vassalité est le lien personnel qui unit donc un vassal à un seigneur. Elle résulte cette vassalité d'un accord et se forme par l'accomplissement de rites. On pourrait parler d'un contrat formel, un contrat formel synalogmatique, en ce sens que chaque partie s'engage envers l'autre. Par ce contrat, un homme, le vassal, devient le dépendant d'un autre homme, le seigneur.
Le caractère archaïque du lien ressort surtout dans son formalisme. La relation se noue par une cérémonie. À une époque où l'écrit circule peu et où le orituel sert à marquer les esprits et à donner de la publicité à l'engagement. La cérémonie double. L'hommage, puis rien, le cérémon de fidélité. L'hommage, faire hommage. Faire hommage, c'est devenir l'homme, l'homme d'un autre homme. Alors ce rite s'inscrit dans la continuité des pratiques plus anciennes, notamment la commandation. Le rituel se fixe progressivement et prend pleinement le nom d'hommage, surtout à partir du XIe siècle.
Quels sont les rituels ? Le vassal, sans arme, tête nue, se met à genoux devant le seigneur qui lui est debout. Le geste exprime clairement une forme de soumission. Le vassal joint les mains et les place dans celle du seigneur. Il prononce alors une formule du type « Je deviens votre homme ». Le seigneur recouvre les mains de son vassal et répond « Encore c'est une formule type, je vous reçois et vous prends pour homme ».
Parfois, s'ajoute un geste destiné à renforcer l'intimité du lien. Le seigneur relève le vassal et l'embrasse sur la brouche ou la joue. C'est le baiser de paix, l'osculombe. Un geste qui s'aile symboliquement, d'accord. L'hommage, tel qu'il y a d'être décrit, est avant tout un rite profane, non sacramentel. Même s'il se déroule dans un monde chrétien. Puis vient ce qu'on appelle le serment de fidélité. En effet, après l'hommage, le vassal, debout, pose la main sur des reliques ou sur des livres saints, Bible et Vrogier.
Et jure d'être fidèle. Je promets en ma foi d'être fidèle. Là, cet engagement a une dimension religieuse. Le manquement fait du vassal un parjure. Exposé à des sanctions spirituelles. Celui qui ne respecte pas son serment de fidélité fait un parjure. Et s'expose à des sanctions spirituelles. Sanctions spirituelles qui peuvent aller jusqu'à l'excommunication. Bien évidemment, cela va en plus d'éventuelles sanctions terrestres. Ce serment suppose donc un cadre chrétien. Ce qui marque une différence essentielle avec l'hommage de nature juridique profane.
Toute la question est de savoir désormais, quels sont les obligations qui n'est ce qui découle de l'hommage et du serment de fidélité de la fidélité ? Les obligations issues du contraint vinsalique vont se préciser au fil du temps. Jusqu'au 10e siècle, ces obligations restent relativement floues. Les usages vont donc les stabiliser progressivement. Elles varient selon les régions et aussi selon la qualité des parties. Nous connaissons une partie de ces obligations grâce à des textes d'intellectuels sollicités comme conseiller ou consulter par les princes.
Alors l'exemple le plus célèbre provient d'une lettre, une lettre de Fulbert de Chartres rédigée dans les années 1020. Fulbert et Vec de Chartres répondent à travers cette lettre à une question d'un duke, le duke Guillaume V d'Aquitaine. Il répond au sujet de la « teneur de la fidélité ». Donc quel contexte a lieu cette lettre ? On est dans un contexte de vassalité multiple. Certains vasseaux prêtent hommage à plusieurs seigneurs, ce qui suscite des conflits d'obligations et rend plus difficile les prestations attendues.
Ces difficultés conduiront plus tard à des mécanismes de hiérarchisation des engagements comme l'hommage lige. Oui, mais en attendant, que se passe-t-il avant de mettre en place ces « hommages liges » ? Que faut-il faire ? Or, dans sa lettre, Fulbert de Chartres donne un cadre général et laisse entendre que pour l'essentiel, ces règles sont déjà largement admises de son temps. On peut distinguer un cietre à l'ère cette lettre de série d'obligations. Les obligations fondamentales issues de l'hommage et les obligations découlant du serment de fidélité.
Voyons tout d'abord les obligations fondamentales issues de l'hommage. L'hommage est donc le rythme le plus ancien. Et cet hommage implique des devoirs qu'on pourrait qualifier « essentiels ». « Essentials » car il donne un sens à la vassalité. Quelles sont les obligations liées à cet hommage ? Pour le Seigneur, n'oublions pas, c'est un contrat synanomatique. Chaque partie a des obligations. Obligations pour le Seigneur, protéger et soutenir son vassal. Obligations pour le vassal, servir son Seigneur. Alors à ce stade, on est encore proche d'une notion largement morale.
Le vassal doit fidélité et dévouement. Le Seigneur doit protection et assistance. Protéger et soutenir, cela signifie très concrètement, alors faire vivre le vassal. D'abord en l'accueillant, en le nourrissant et en l'entretendant. Puis de plus en plus en installant, c'est-à-dire en le concédant une terre ou une honte. C'est là qu'apparaît le fief. Le fief se diffuse progressivement. Et le fief modifie l'équilibre du lien. Il introduit dans ce lien une dimension d'intérêt et surtout, il éloigne le vassal du Seigneur.
Le vassal ne vit plus nécessairement auprès du Seigneur. Le lien personnel peut s'en trouver ainsi relâché. Le serment de fidélité contribue alors à le renforcer, en ajoutant un cadre plus contraignant. Voyons donc maintenant quels sont les obligations issues du serment de fidélité. Toujours selon notre fameux fulbert de Chartres. Fulbert commence par renoncer des obligations négatives. Le fidèle, le vassal, doit s'abstenir de nuire à son maître, à son Seigneur. Il ne doit pas porter à tâte à son Seigneur, pas porter à tâte à sa personne, à sa fortune, à ses forteresses, à ses possessions, à sa justice.
C'est-à-dire de façon large, à ses droits, à son autorité assez prerogative. Il ne doit pas non plus entraver gravement ses actions légitimes. Cet inventeur est révélateur. Il traduit implicitement que l'on ne peut plus compter uniquement sur un dévouement sans limite. Ce que Fulbert exige d'abord, c'est que le vassal ne nuise pas. Puis dans un second temps, Fulbert ajoute que ses devoirs négatifs ne suffisent pas. Le vassal doit aussi fournir, dit-il, aide et conseil et conseil, auxilium et concilium.
Mais Fulbert rattache cette dimension positive plus directement à la concession du fief. Parce que le Seigneur conseille d'un fief, le vassal doit en retour fournir et des conseils.