Cours 46 - Déroulement et réponses à la crise

ECONOMIE POLITIQUE · Semaine 11 : L'économie politique et la crise économique de 2008 (2)
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Bonjour à tous et bienvenue à ce cours sur le déroulement et les réponses à la crise économique de 2008. Nous sommes toujours dans le chapitre 3, l'économie politique et la crise de 2008. Nous abordons ici la section 6, le déroulement et les réponses à la crise de 2008. Cette section est divisée en deux parties. En première partie, nous étudierons les principales phases de la crise. Puis en deuxième partie, nous nous intéresserons aux réponses données. 1. Les principales phases de la crise.

On peut distinguer quatre principales phases. Phase 1, les prémices de la crise. Phase 2, le déclenchement. Phase 3, la transmission de la crise. Phase 4, la crise des dettes souveraines européennes. Étudions tout d'abord la phase 1, 1. Les prémices de la crise. Les premiers signes de la crise apparaissent dès l'été 2007, mais seuls les initiés s'en rendent compte. En effet, la faillite de plusieurs fonds d'investissement donne le signal d'une crise de défiance sans précédent entre les établissements de crédit.

Normalement, les banques trouvent leur liquidité dont elles ont besoin sur le marché interbancaire. Redoutant de ne pouvoir être remboursés, les banques préfèrent garder leur liquidité excédentaire plutôt que de les prêter. On assiste alors à une crise de liquidité des banques. La situation s'aggrave en août 2007. Le marché interbancaire devient complètement bloqué. De nombreuses banques ne doivent alors leur survie qu'aux prêts massifs des banques centrales comme la Fed et la Banque Centrale Européenne qui jouent alors leur rôle de prêteurs en dernier ressort Malgré tout, différents établissements font faillite ou alors se font racheter par leurs concurrents Des plans de sauvetage sont également organisés par le gouvernement cette fois-ci pour des organismes comme Freddie Mac et Fannie Mae, un organisme privé sous la coupe de l'État spécialisé dans les prêts subprime et qui a attiré d'importants placements chinois.

De même, à IG, l'American International Group, l'un des leaders mondiaux de l'assurance, est sauvé plusieurs fois. Phase 2, le déclenchement de la crise. La faillite de la banque d'investissement Lehman Brothers le 15 septembre 2008 marque un tournant dans la crise La banque n'est pas sauvée En effet, les autorités américaines veulent faire un exemple Et puis, comme les particuliers ne sont pas touchés, elles pensent que l'impact sera moins important Enfin, c'est Henry Paulson, secrétaire d'État au Trésor américain, qui contribue à la prise de cette décision Or, il a été le PDG de Goldman Sachs, le principal concurrent de Lehman Brothers Cette décision a des conséquences dramatiques Car Lehman Brothers est un acteur très important des marchés dérivés La globalisation financière a pour conséquence une rapide transmission de la crise sur les différents marchés de capitaux, induisant des effets de report des investisseurs et des faillites en chaîne.

Tous les marchés sont impactés, de l'or considéré comme valeur refuge qui atteint des sommets aux matières premières comme les céréales ou le pétrole sujet à d'intenses spéculations. Phase 3 transmission de la crise. La crise se transmet alors sur le secteur réel des pays développés. Les banques désirant limiter leur exposition réduisent leurs crédits à l'économie. Le coût du crédit augmente, les entreprises ont des anticipations défavorables et diminuent leurs investissements, les ménages qui ont vu la valeur de leurs actifs financiers se réduire et qui obtiennent plus difficilement des prêts consomment moins et augmentent leur épargne.

On assiste à un fort recul de l'activité en 2008 et 2009 et une montée du chômage. La crise atteint les économies émergentes de quatre façons distinctes. La chute de la demande mondiale et de l partout dans le monde entra un recul brutal du commerce international Les pays exportateurs de mati premi subissent de plein fouet l de la valeur de leurs produits ce qui engendre même des crises alimentaires. Face aux risques généralisés, les flux de capitaux vers ces pays se réduisent.

Enfin, les banques cherchent à réduire leur exposition et diminuent leurs prêts. Globalement les pays émergents se remettent beaucoup mieux de la crise et beaucoup plus rapidement que le reste du monde et que les pays développés, même si comme tous les autres pays leur endettement a augmenté. La crise met alors en évidence la montée en puissance des grands pays émergents et principalement de la Chine. Phase 4 la crise des dettes souveraines européenne. La crise touche l'ensemble du monde.

Si les pays émergents et même les États-Unis s'en remettent progressivement, il n'en est pas de même en Europe. La crise des subprimes qui est partie des États-Unis se transforme en Europe en une crise des dettes souveraines européennes qui qui atteint son paroxysme environ entre 2010 et 2013. Cette crise touche fortement les pays du sud de l'Europe, comme la Grèce, le Portugal, l'Italie, l'Espagne, qui sont appelés péjorativement les PICS, avec en plus l'Irlande. Leurs dettes publiques progressent rapidement au risque de devenir insoutenable.

Cette situation conduit à la défiance des marchés financiers et se traduit par une forte augmentation des taux d'emprunt des pays endettés. La situation devient particulièrement explosive en Grèce, qui n'arrive plus à faire face à ces échéances. La crise se propage aux pays périphériques. Seules des mesures drastiques que nous allons étudier permettent après plusieurs années de stabiliser la situation. 2. Les réponses à la crise. Contrairement à ce qui s'est passé en 1929, et pour éviter la dépression des années 30, qui avait été d'ailleurs une des causes de la seconde guerre mondiale, de nombreuses actions sont mises en œuvre pour endiguer la crise.

On peut distinguer trois types d'actions. L'action des banques centrales, l'action des États et enfin l'action des organismes internationaux. Petit A, l'action des banques centrales. L'action des banques centrales peut se décomposer en trois phases. Première phase, politique de refinancement. Les banques centrales se sont d'abord substituées au marché interbancaire défaillant En vertu de leur rôle traditionnel de prêteurs en dernier ressort Elles offrent aux banques toute la liquidité dont elles ont besoin Elles ont élargi la gamme des actifs acceptés en échange de liquidités Offert de la liquidité de façon illimitée à taux fixe et allongée la durée des refinancements Attention, cette injection de liquidité constitue un prêt d'argent aux banques qui doivent rembourser la banque centrale Et ce n'est pas un don de la banque centrale Deuxième phase, baisse des taux d'intérêt Les banques centrales ont réduit très rapidement leurs taux d'intérêt pour les amener à zéro C'est le cas par exemple de la Fed ou à un niveau proche des zéros Comme par exemple la Banque Centrale Européenne En procédant de la sorte, elles réduisent le refinancement des banques qui devient moins coûteux Cependant, cette politique a été insuffisante pour relancer l'économie en situation de trappe à liquidité C'est pourquoi des politiques monétaires non conventionnelles ont dû être adoptées Petit 3.

Adoption de politiques dites non conventionnelles La plus connue de ces mesures est l'assouplissement quantitatif, le quantitative easing Elle consiste dans l'achat massif pendant des durées longues de titres inhabituels par les banques centrales auprès des banques ou même sur les marchés. La banque centrale accepte d'acheter des titres de mauvaise qualité qui ne trouvent pas d'acheteur. Elle peut ainsi acheter directement des titres de dette publique. on dit qu'il y a monétisation de la dette publique mais cela peut se faire de mani indirecte si les banques ach l des titres de dette qu utilisent alors pour se faire refinancer aupr de la Banque Centrale Ces politiques furent très tôt adoptées par plusieurs banques centrales, comme la Fed ou la Banque d'Angleterre.

Cependant, la BCE, qui n'a pas le droit d'acheter des titres de dette public, a mis plus de temps à mettre en place une politique comparable à travers des achats indirects. Ces politiques contribuent à la détente des taux d'intérêt sur le long terme et favorisent la reprise du crédit. Cependant, elles ont pour conséquence de gonfler l'actif du bilan des banques centrales avec des titres de mauvaise qualité. Elles engendrent également une forte création monétaire. Et du coup, les banques centrales ne peuvent pas adopter sur le long terme de telles politiques.

C'est pourquoi la Fed a mis fin à sa politique de détente quantitative fin 2014 et mis en place depuis fin 2017 une politique de resserrement quantitatif. Cela va consister à terme dans la remontée progressive des taux d'intérêt, le dégonflement du bilan de la Banque Centrale et la contraction monétaire La Banque d'Angleterre et la Banque Centrale Européenne ont également de tels objectifs sur le long terme Mais la situation économique les conduit à repousser leur mise en pratique pour l'instant.

Petit 2. L'action des États. Les États ont mis en place trois types d'actions. Le soutien aux banques, le soutien à l'activité et la réduction des déficits. Première action, le soutien des banques. Associés avec les banques centrales, les États ont contribué au sauvetage du secteur bancaire. Ils ont alors soit nationalisé, soit recapitalisé, soit mis en place des garanties publiques, comme par exemple des assurances prêts. Dans la mise en œuvre de ces plans de sauvetage, la question centrale est l'arbitrage entre la préservation des intérêts des actionnaires, des créanciers, mais aussi du contribuable.

Deuxième action, le soutien de l'activité économique. Les États ont mis en place des politiques budgétaires de relance, renonçant ainsi aux grands principes libéraux sur le devant de la scène depuis les années 1980, qui contestent l'efficacité de ces politiques. Et c'est pourquoi on a parlé du retour de Keynes. Les États ont en effet estimé qu'en période de forte crise, de nombreuses conditions sont réunies pour favoriser le succès des politiques de relance. La réduction des crédits bancaires rend en effet les particuliers plus enclins à consommer leurs suppléments de revenus.

Une telle politique devient particulièrement efficace quand elle se combine à la politique monétaire de taux zéro, et cela évite ainsi l'effet d'éviction. Enfin, menées conjointement dans différents pays, les plans de relance se renforcent les uns les autres. Toutefois, plusieurs réserves ont été émises. Les projets d'infrastructures annoncés mettent souvent du temps à se mettre en place Certaines mesures trop ciblées de soutien risquent de déplacer temporairement la demande d'un secteur vers un autre Enfin, ces mesures ont lourdement aggravé les déficits publics et ont été une des causes de la crise des dettes souveraines européennes Troisième action, la réduction des déficits.

Face à la montée des déficits, les États ont été tenus à l'orthodoxie budgétaire pour réduire leurs dépenses. Des politiques de dévaluation interne ont été mises en place, notamment en zone euro. La monnaie unique empêche en effet les pays de la zone euro de dévaluer leur monnaie. La dévaluation interne consiste dans une série de mesures concernant le marché du travail, la production ou la fiscalité qui visent à accroître la compétitivité du pays dans un régime de change fixe.

Ainsi par exemple en réduisant la fiscalité sur le travail ou le salaire minimum légal, on peut diminuer le coût du travail d'un pays et améliorer sa compétitivité. Des mesures drastiques ont alors dû être prises dans certains pays comme la Grèce qui a dû faire face des plans d consistant dans la baisse de ses salaires la hausse des pr obligatoire le recul de l de la retraite la diminution des pensions de retraite Associ ces mesures de nombreuses r ont mises en dans la zone euro r que nous la section suivante Le risque cependant est qu'une austérité trop importante compromette la reprise.

Petit 3. L'action des organismes internationaux. On peut distinguer à ce titre les actions de trois principaux organismes. Le G20, le Fonds monétaire international, la Banque des règlements internationaux, l'ABRI. Le G20 a été créé en 1999 et réunit les 20 principales économies mondiales qui constituent environ 90% du PIB mondial. Dans ce cadre, les États ont essayé de se concerter afin de trouver les réformes du système financier et bancaire mondial nécessaires pour éviter de nouvelles crises. Les principaux pôles de réflexion concernent le renforcement de la surveillance, la régulation des marchés de capitaux et de certains de ces acteurs, comme les hedge funds.

Ils consistent également dans la recherche de nouvelles règles pour les banques, par le comité de Bâle, ou la lutte accrue contre les paradis fiscaux. Le Fonds monétaire international, le FMI, a été créé en 1944 lors de la conférence de Bretton Woods. Il avait déjà aidé les pays en développement dans les années 1980 à surmonter leur crise d'endettement. Avec la crise de 2008, il est également intervenu auprès de pays émergents fragilisés par la crise. et il a également renforcé sa présence en Europe, notamment lors de la crise des dettes souveraines européennes.

Cette crise a alors été l'occasion de mettre en place une Troïka associant la Commission européenne, l'ABCE et le Fonds monétaire international. La Banque des Règlements Internationaux a été créée en 1930 en Suisse à Bâle. Elle a pour actionnaire les banques centrales et à ce titre elle est considérée un peu comme la banque centrale des banques centrales. Ses actions ont pour objet une meilleure coopération entre les banques centrales ainsi que d'assurer la stabilité financière internationale. Elle anime différents comités dont le Comité de Bâle qui élabore des règles qui doivent être suivies par les banques pour éviter les crises.

Créé par les pays du G10 en 1974, le Comité de Bâle, mis en place par la BRI, impose aux établissements de crédit des règles pour les rendre plus solides. Dès 1988, le comité de Bâle instaurait un ratio, le célèbre ratio Cook qui imposait aux banques de disposer de 8% de fonds propres par rapport à l'ensemble de leurs engagements. Ce ratio fut mis en place dans l'ensemble des pays de l'OCDE. Les accords de Bâle II, puis après la crise de 2008, les accords de Bâle III, visent à renforcer la solidité financière des banques en introduisant de nouveaux ratios, comme notamment le ratio Magdenoff.

L'objectif est de renforcer les exigences en termes de fonds propres des banques, ainsi que leur liquidité. Cependant, les banques essaient par tous les moyens de contourner ces règles. En conclusion, l'ensemble des réponses données à la crise de 2008 a permis d'éviter un engrenage comparable à celui de 1929. Les différentes politiques de régulation mises en place, ainsi que la supervision renforcée du système bancaire et financier, ont engendré une forte remise en question des théories libérales, prônant le pouvoir autorégulateur des marchés et surtout du marché financier.

Elles ont contribué à ce que de nombreux pays retrouvent le chemin de la croissance. Cependant, l'économie mondiale porte encore les traces de la crise et demeure fragile. Endettement excessif du secteur public et du secteur privé, surcroît de liquidités sur les marchés, source de bulles spéculatives, croissance affaiblie par rapport à l'avant-crise et chômage notoire.