Bonjour à tous et bienvenue à ce cours sur les causes de la crise économique de 2008. Nous sommes toujours dans le chapitre 3, l'économie politique et la crise de 2008. Nous abordons ici la section 5, les causes de la crise de 2008. Après la description de la sphère monétaire et financière qui nous a permis de mieux comprendre le fonctionnement des marchés de capitaux des banques et le rôle de la Banque Centrale Européenne, nous allons dans cette section nous intéresser à la crise de 2008 et analyser les facteurs qui ont été à l'origine de cette crise.
Cette crise est survenue à un moment où l'économie mondiale connaissait une période de rapide croissance, la plus rapide de l'histoire. D'un point de vue historique, l'économie mondiale a néanmoins toujours connu des crises. La première véritable et grave crise économique répertoriée remonte à 1637. Cette crise est liée à une bulle spéculative sur le cours des bulbes de tulipes aux Pays-Bas. Une innovation technologique avait permis la création de nouveaux bulbes de tulipes qui ont suscité l'engouement du public Au point de créer une bulle sur le cours des tulipes qui ne fit que monter jusqu'au jour où les bulbes de tulipes devinrent trop chères La bulle éclata, tout le monde revendit ses bulbes de tulipes et les cours s'effondrèrent Ce scénario montre qu'une crise spéculative peut se produire dans n'importe quel secteur de l'économie et sur n'importe quel bien.
Elle peut alors toucher ensuite l'ensemble de l'économie. Plus récemment, le XXe siècle a également connu de nombreuses crises. La crise de 1929 demeure la crise la plus grave que le XXe siècle ait connue. La crise de 1973 engendre une véritable dépression au sein des pays industrialisés Enfin, depuis les années 1990, les crises se multiplient Crise du système monétaire européen en 1992 Crise mexicaine en 1994 Crise asiatique en 1997 Éclatement de l'abus d'internet en 2000 Crise argentine en 2001, etc.
La liste est longue jusqu'à aujourd'hui. La crise de 2008 présente plusieurs spécificités. Elle apparaît au cœur du pays le plus économiquement avancé du monde, les États-Unis. Elle touche l'ensemble des pays développés, en plus des pays en voie de développement, contrairement aux crises précédentes. Enfin, à l'origine, cette crise ne semble concerner que certaines familles américaines pauvres, incapables de rembourser leurs crédits Peu de personnes auraient pensé que cette crise allait se transformer en crise mondiale Quels sont les facteurs à l'origine de cette crise ?
On peut distinguer deux grandes catégories de facteurs. Les facteurs microéconomiques que nous allons étudier en grand 1 et les facteurs macroéconomiques que nous allons étudier en grand 2. Grand 1, les facteurs microéconomiques. Le système bancaire est le premier responsable de la crise. Les banquiers ont presté sans limite et sans regarder la solvabilité des emprunteurs. Ils ont pris d'importants risques en pensant qu'en cas de problème, la banque centrale leur viendra en aide. Cette attitude s'explique parce que les banques ont développé depuis les années 1990 leurs activités sur les marchés de capitaux.
Cependant, plutôt que de participer au financement de l'économie en investissant dans des activités d'avenir, en soutenant les petites et moyennes entreprises, elles préfèrent spéculer, acheter des titres à fort rendement espéré et les revendre rapidement pour en tuer une plus-value. Plus pr trois techniques bancaires ont eu un r fondamental dans la crise Le d des cr subprime la titrisation la notation des produits bancaires Nous allons successivement ces trois concepts 1. Le développement des crédits subprime. Aux Etats-Unis, dans les années 2000, les crédits subprime permettent à des emprunteurs peu solvables et mal notés par les banques, ce que l'on appelle les subprimes, d'emprunter afin d'effectuer un achat immobilier.
Comme on ne prête qu'aux riches pour inciter les investisseurs à prêter, ces clients peu aisés doivent payer des taux d'intérêt plus élevés pour compenser la prise de risque des investisseurs. Concrètement, pendant 5 ans, ces personnes se voient proposer des taux d'intérêt attractifs relativement faibles Mais au-delà, le taux d'intérêt devient variable, indexé sur celui de la Fed, la bande centrale américaine Le bon fonctionnement du système repose sur la réalisation de deux conditions des taux d'intérêt bas et stables et une appréciation régulière de l'immobilier qui permet en cas de problème de revendre son bien immobilier à un prix plus élevé que le prix d'achat permettant de rembourser ses dettes.
Face à une situation économique morose le 11 septembre 2001 l'explosion de l'abus d'internet la guerre en Irak Le gouvernement américain essaie d'encourager l'accession à la propriété des classes les moins aisées afin de soutenir l'activité économique. La Fed joue le jeu en fixant son taux directeur à des niveaux bas. Cependant, la situation économique s'améliorant, la Fed dirigée par Alan Greenspan se remet à partir de 2004 à remonter progressivement son taux d'intérêt jusqu'en 2006. Alan Greenspan, surnommé le maestro pour sa grande expérience, a la confiance de tous et la confiance des marchés.
Il a en effet géré au mieux le krach d'octobre 1987 et stabilisé l'inflation aux États-Unis. Tenant d'un libéralisme radical, il se dit lui-même libertarien, il croit en l'auto-régulation des marchés. Sa décision d'augmenter le taux d'intérêt contribue au retournement de la situation à l'origine de la crise de 2008 Petit 2. La titrisation Qu'est-ce que la titrisation ? C'est une technique qui apparaît aux Etats-Unis vers 1960 et se développe dans toute l'Europe à partir des années 2000 Elle est introduite en France en 1988 sous l'impulsion de Pierre Bérégovoy.
Cette technique consiste pour les établissements de crédit à transformer par l'entremise d'un tiers des blocs de créances en instruments négociables sur les marchés de capitaux destinés à être cédés à des investisseurs. La titrisation se fait en trois étapes. un établissement de crédit regroupe des créances homogènes sous forme de blocs présentant des caractéristiques similaires. Il les vend à un fonds commun de titrisation, c'est la deuxième étape, et c'est ce que l'on appelle, ce fonds commun de titrisation, on l'appelle un véhicule de titrisation qui rachète les blocs de créances.
Ainsi, le fonds commun de titrisation sert d'intermédiaire entre l'établissement de crédit et les investisseurs Troisième étape, le fonds commun de titrisation divise ses blocs de créances en parts qu'il revend sur les marchés financiers La titrisation présente plusieurs avantages Elle permet d'abord à une banque qui a effectué beaucoup de prêts de continuer à prêter tout en respectant ses ratios prudentiels La titrisation lui permet de sortir de son bilan un certain nombre de ses créances et de les revendre sur les marchés La titrisation engendre alors un transfert du risque de la banque vers les investisseurs sur les marchés Le risque est ainsi morcel et partag Cependant la titrisation conduit la cr de produits complexes avec une absence de visibilit sur le risque r qu repr Ne supportant plus le risque, les banques sont conduites à prêter encore plus, en faisant encore moins attention à la solvabilité des emprunteurs.
La titrisation est à l'origine de la crise et a permis sa transmission rapide sur les différents marchés de capitaux 3. Les notations Les produits vendus sur les marchés font l'objet de notations par des agences de notation Les plus connues sont Standard & Poor's, Moody's et Fitch Ratings Elles doivent évaluer la capacité des émetteurs de titres à honorer leurs engagements La note qu'elles décerment fixe les taux d'intérêt que les entreprises notées ou les États devront verser pour obtenir des prêts Ainsi, lorsqu'un État obtient une mauvaise note, il va avoir moins de crédit et a des taux d'intérêt plus élevés En théorie, ces agences de notation sont des institutions indépendantes.
En pratique, ce sont des entreprises privées qui sont rémunérées par les entreprises qu'elles notent. Elles ont donc été très indulgentes sur les produits nouveaux, aussi fort rendement qu'elles notaient. 2. Les facteurs macroéconomiques de la crise. Le développement de la crise et sa propagation peuvent s'expliquer par deux principaux facteurs. La globalisation financière et la sphère réelle. Petit 1, la globalisation financière. La globalisation financière s'est développée dans les années 1980. Elle se définit comme la mise en place au niveau mondial d'un marché unifié du capital.
Avec la prédominance des thèses économiques libérales, la globalisation financière s'est réalisée sous l'impulsion de ce que l'on appelle les trois D. Déréglementation, décloisonnement, désintermédiation. La déréglementation consiste dans un assouplissement des règles sur les transactions financières et conduit ainsi à la diminution du contrôle des changes. Le décloisonnement se traduit par la multiplication de banques universelles qui prennent alors une dimension internationale. La désintermédiation permet le développement de l'accès direct au marché de capitaux et le moindre recours aux établissements de crédit.
Elle traduit ainsi le passage d'une économie d'endettement à une économie de marché de capitaux La globalisation financière présente plusieurs avantages Une réduction du coût de l'intermédiation financière avec la concurrence accrue entre les places Elle permet également un élargissement des possibilités de placement et de prêt Enfin, elle conduit normalement à une réduction du risque via la diversification des placements. La globalisation financière a ainsi facilité le financement des pays émergents en réduisant les taux d'intérêt. Elle a contribué à la croissance de certains pays en les faisant accéder facilement à des sources de financement A ce titre, elle a contribué à réduire les inégalités entre les pays Cependant, la globalisation financière a également permis un développement de la sphère financière dans des proportions démesurées par rapport à la sphère réelle.
On parle alors d'hypertrophie des marchés de capitaux. Ces marchés se sont progressivement déconnectés de la sphère réelle, n'ayant plus pour but principal le financement de l'économie, mais la spéculation. La levée de nombreuses réglementations et les montants excessifs en circulation ont alors favoris l de bulles sur les actifs qui sont source d financi La connexion de l des places financi a accru le processus de contagion entre ces places et fait peser le problème du risque systémique, qui est un déséquilibre majeur touchant l'ensemble du système économique.
Ainsi, la globalisation financière est une des causes de la multiplication des crises dans les années 1990 ainsi que de la crise de 2008 Petit 2. La sphère réelle En liaison avec le développement de la sphère financière et monétaire Les causes profondes de la crise se trouvent également dans la sphère réelle et dans le mode de croissance des pays développés. Favorisé par la globalisation financière dans les années 1980 et par d'importantes vagues de privatisation, le capitalisme financier est devenu le système économique qui prévaut dans les pays développés.
La gestion traditionnelle de l'entreprise a été remplacée par de nouveaux principes reposant sur la gouvernance d'entreprise. Elle consacre l'importance de la finance au sein d'entreprises dont le partage de la valeur ajoutée se fait désormais au seul profit des actionnaires. Afin de faire augmenter le cours des actions, les entreprises sont tentées de privilégier leurs investissements sur le court terme. Elles réduisent leurs investissements productifs sur le long terme, au risque d'affecter leur productivité et même leur croissance. et dans ce cadre, elles font peu progresser les rémunérations des salariés qui peuvent même être licenciés si cela fait remonter le cours des actions.
La mondialisation et le progrès technique ont aggravé la situation des travailleurs les moins qualifiés qui subissent alors de plein fouet la concurrence des pays aux coûts salariaux plus faibles ainsi que la déglocalisation des entreprises. La conséquence a été une augmentation des inégalités au sein des pays développés, la concentration de la richesse aux mains d'une classe de plus en plus aisée et la faiblesse des augmentations salariales pour le reste de la population. On peut ainsi dire que si la globalisation financière a réduit les inégalités entre les pays, elle a aussi contribué à leur aggravation au sein même de ces pays Face à la faiblesse des hausses de salaire et à un pouvoir d'achat réduit Les pays développés se sont alors tournés vers un modèle de croissance reposant sur l'endettement Dans ce cadre, la globalisation financière a favorisé d'importants transferts d'épargne des pays du Sud vers les pays du Nord, des pays surproducteurs vers les pays surconsommateurs.
Elle a notamment permis à la Chine de placer ses excédents commerciaux vers le pays a priori le plus sûr du monde, les États-Unis. Au début, les placements se sont faits vers les bons du trésor américain, avant de se tourner vers ces nouveaux produits complexes, mais attractifs au rendement soi-disant élevé. Grâce à ces importants transferts, de nombreux pays développés, dont les États-Unis, ont ainsi financé leur croissance à crédit. En somme, la crise de 2008 trouve ses sources dans les dérives des pratiques bancaires et l'hypertrophie d'un système financier insuffisamment régulé.
Cependant, au-delà de la seule sphère bancaire et financière, elle traduit plus globalement la crise du capitalisme financier et du modèle sur lequel les pays développés ont fait reposer leur croissance et leur développement.