Cours 39 - La réplique keynésienne

ECONOMIE POLITIQUE · Semaine 9 : Nouvelle microéconomie, nouvelle macroéconomie keynésienne et autres courants
Raccourcis : espace = play/pause · ←/→ = -/+ 5 sec

Bonjour à tous et bienvenue à ce cours sur la réplique keynésienne. Nous sommes toujours dans le chapitre 2. Nous abordons la section 2, la réplique keynésienne. Même si les monétaristes, puis la nouvelle macroéconomie classique, occupent le devant de la scène dans les années 70, diverses répliques apparaissent avec l'émergence de l'école néo-kénésienne puis de la nouvelle macroéconomie kénésienne à partir des années 80 Elle contribue d'autant à rompre le consensus qui s'était opéré autour de l'école de la synthèse Nous allons étudier successivement ces deux courants 1.

Les néo-kénésiens L'école néo-kénésienne apparaît dans les années 70 Elle remet en cause les résultats de l'école de la synthèse classico-kénésienne pour des motifs cependant bien différents des monétaristes Pour eux, l'analyse de l'école de la synthèse classico-kénésienne effectuée dans un cadre macroéconomique mais reprenant les fondements de la théorie néoclassique standard de Valras est inadaptée La théorie microéconomique valracienne reposait en effet sur l'interdépendance des marchés en équilibre et traiterait donc très mal du phénomène de chômage involontaire propre à l'analyse keynésienne.

Les tenants de l'école néo-keynésienne privilégient une analyse en termes de déséquilibre. On parle d'ailleurs de théorie du déséquilibre ou de théorie des équilibres non-valracien. Pour Robert Clower, 1926-2011, un des fondateurs de l'école du déséquilibre, la loi de Valras ne permettrait pas de rendre compte d'une économie avec chômage involontaire En effet, pour rappel, d'après la loi de Valras, dans une économie à N marchés, si N-1 marchés sont à l'équilibre, le dernier l'est aussi Ainsi, si j'ai quatre marchés, si les trois premiers marchés sont à l'équilibre, c'est-à-dire le marché des biens et services, le marché du capital et le marché de la monnaie, eh bien forcément le marché du travail l'est également.

Pour Clower, s'il y a du chômage involontaire, ce marché du travail ne peut pourtant pas être à l'équilibre et la loi de Valras ne devrait pas pouvoir s'appliquer. L'hypothèse de base de l'école néo-kénésienne est la fixité des prix qui engendre un rationnement sur les marchés. Robert Barrault et Herschel Grossmann sont les premiers à élaborer un modèle d'équilibre général à prix fixe en 1971. Leurs travaux feront l'objet de développements complémentaires, notamment par les économistes français Edmond Malaveau et Pascal Begnassi, ainsi que par le belge Drez.

Essayons de résumer simplement les principales idées développées par cette école. Petit 1 donc les principales idées. L'hypothèse de départ est que les prix mettent du temps à s'adapter sur le court terme. Ils sont fixes et non flexibles comme le supposait l'analyse walrassienne. Ils ne permettent plus d'équilibrer les marchés. L'offre peut devenir supérieure à la demande ou au contraire la demande peut devenir supérieure à l'offre. Cela a pour cons ce que l appelle un rationnement des march Les deux principaux march sont le march des biens et services et le march du travail Je vous propose de r la r avec le petit tableau suivant En colonne, on positionne le marché des biens et services qui peut présenter un excès d'offres, offres supérieures à la demande, ou un excès de demandes.

En ligne se trouve le marché du travail qui peut présenter un excès d'offres ou de demandes. Plusieurs configurations apparaissent. Quand il y a un excès d'offres sur les deux marchés, on est dans le cas d'un chômage keynésien. Quand il y a excès d'offres sur le marché du travail, mais excès de demandes sur le marché des biens et services, le chômage est classique. Quand il y a excès de demandes sur les deux marchés, on est dans le cas d'inflation contenue Les ménages ne peuvent acheter alors autant qu'ils le souhaitent et les entreprises sont restreintes sur leur embauche car l'économie se trouve au plein emploi Examinons ce qui se passe dans les deux configurations de chômage Petit 2, la situation de chômage classique Sur le marché du travail, il y a un excès d'offres de travail, donc du chômage involontaire.

On en comprend la raison en regardant la situation sur le marché des biens et services. Sur ce marché, les entreprises ne produisent pas assez pour satisfaire la demande des consommateurs. Elles ne cherchent pas à produire davantage car cela n'est pas rentable pour elles. Elles n'embauchent pas car cela leur coûte trop cher. le coût du travail est trop élevé. Concrètement, le remède pourrait consister dans une politique de réduction des coûts des entreprises pour améliorer leur rentabilité. Ainsi, la réduction du coût du travail pourrait se traduire par une stagnation du SMIC ou un abaissement des cotisations sociales des entreprises.

A diverses périodes, le chômage a été qualifié de classique en France. Ainsi, dans les années 70, les hausses de salaire plus élevées que la productivité du travail, ainsi que la hausse du prix de l'énergie suite au choc pétrolier, ont détérioré la rentabilité des entreprises qui ont réduit leurs embauches. Intéressons-nous à présent à la situation de chômage keynésien. Petit 3, donc, le chômage keynésien. Il y a toujours un excédent d'offres de travail sur le marché du travail.

On a donc un chômage involontaire, mais ici la raison est toute autre. Si on regarde le marché des biens et services, les entreprises font face à une insuffisance de débouchés. Elles n'arrivent pas à vendre leurs marchandises. C'est pourquoi elles réduisent leurs embauches et du chômage apparaît. Une solution réside ici dans la mise en place de politiques de relance de la demande Politiques budgétaires, politiques monétaires de relance qui permettraient de favoriser la consommation et de réduire le chômage Une telle situation est ainsi apparue en France dans les années 80-90 où l'application de politiques de rigueur a réduit la consommation des ménages De même, la crise financière de 2008, qui a engendré la diminution des crédits et de la demande intérieure, a également créé du chômage keynésien.

Les néo-keynésiens expliquent le chômage par les rigidités des prix et des salaires sur les différents marchés. Cependant, une analyse précise doit être effectuée sur chacun des marchés pour en comprendre les dysfonctionnements. La qualit du diagnostic se r ici essentielle pour tenter de r le ch Une erreur d peut conduire aggraver les d Étudions à présent, en grand deux, la nouvelle macroéconomie keynésienne. La nouvelle macroéconomie keynésienne émerge dans les années 80 avec à sa tête de nombreux économistes très célèbres.

Joseph Stiglitz, économiste américain né en 1943, prix Nobel d'économie, qu'il partage avec George Akerlof, économiste américain né en 1940. Akerlof s'est marié avec Jeannette Yellen, qui est élève de Stiglitz et qui va devenir la présidente de la Fed, la banque centrale américaine, de 2014 à 2018. Toujours dans cette école, on a également Gregory Mankiew, qui est un économiste américain né en 1958. L'objectif général de leur recherche consiste à maintenir le programme de recherche keynésien. Mais il le développe dans le cadre de la nouvelle macroéconomie classique, avec en particulier des agents aux anticipations rationnelles.

Il pense en effet qu'il est important de donner des fondements microéconomiques à la macroéconomie. Cependant, ils rejettent l'idée d'une concurrence parfaite qui peut difficilement pour eux traduire la présence d'un chômage involontaire. Ils ne croient pas que les marchés s'équilibrent rapidement car les salaires et les prix ne sont pas flexibles mais visqueux et presque fixes sur le court terme. Cependant, par rapport aux néo-kénésiens, la nouvelle macroéconomie kénésienne essaie de comprendre l'origine de cette fixité des prix, qui n'est pas simplement exogène.

Ils expliquent cette fixité par l'imperfection de l'information et reprennent alors le cadre de la concurrence imparfaite de la nouvelle microéconomie. Nous allons examiner la situation au niveau des prix, des salaires, puis les conséquences en termes de politique économique. Petit 1. Les prix. Pour la nouvelle macroéconomie keynésienne, les prix sont visqueux, car des changements de prix trop fréquents engendreraient pour l'entreprise de nombreux coûts. C'est l'argument que développe Gregory Mankief dans son article de 1985 avec ce qu'il appelle les coûts de menu.

Ces coûts représentent des coûts de catalogue qui consistent dans les coûts liés au changement des kits-quêtes, à la renégociation des contrats ou tout simplement à la réimpression des catalogues. En somme, dans un monde en concurrence imparfaite, il devient coûteux d'ajuster automatiquement les prix qui sont visqueux. Il peut s'en déduire des conséquences au niveau macroéconomique. Si les prix ne sont plus flexibles, la monnaie n'est plus neutre. Toute augmentation de la masse monétaire n'engendre plus directement une augmentation des prix.

Donc les individus détiennent davantage de monnaie, les économistes appellent cela des enquêtes, et peuvent accroître leur demande de biens. La hausse de la demande peut alors se traduire par des conséquences positives sur l'emploi. Une politique monétaire expansive pourrait donc retrouver de l'efficacité en présence de viscosité des prix. 2. Les salaires. Un exemple type est donné par la théorie du salaire d'efficience. On a déjà étudié ce modèle dans le cadre de la nouvelle microéconomie. On va voir à présent les conséquences macroéconomiques de ce modèle.

En présence d'asymétrie d'information, la recherche d'efficacité conduit les entreprises à payer les travailleurs au-delà du salaire d'équilibre afin de les inciter à mieux travailler. Le salaire s donc naturellement au du salaire d sans qu ait besoin de postuler l d rigidit C le choix des entreprises efficientes qui agissent dans un cadre de concurrence imparfaite Il y a donc apparition d'un chômage involontaire d'équilibre. Cependant, ce chômage n'est pas keynésien, car il ne résulte pas d'une demande insuffisante.

Une politique de relance n'aurait ici aucun effet. La seule solution se trouverait dans la flexibilisation des salaires réels, qui demeure difficile en raison de la symétrie d'information. 3. Politique économique En termes de politique économique, les économistes de la nouvelle macroéconomie classique pensent qu'une politique budgétaire de relance peut avoir un effet positif sur l'activité de court terme, mais son impact se réduit drastiquement avec le temps. Il ne faudrait avoir recours à une telle politique qu'en cas de récession importante Le risque étant par ailleurs un creusement du déficit public L'État doit avant tout préserver la soutenabilité de sa dette publique c'est-à-dire sa capacité sur le long terme à rembourser ses dettes En ce qui concerne la politique monétaire Les économistes pensent qu'elle peut avoir une efficacité en présence de viscosité des prix.

Cependant, prenant en compte les problèmes d'incohérence temporelle soulignés par la nouvelle économie classique, ils préconisent l'emploi de règles et le suivi par la Banque centrale d'une règle précise, comme par exemple celle élaborée par l'économiste John Taylor en 1993. Selon cette règle, que l'on appelle justement la règle de Taylor, le taux d'intérêt pratiqué par la banque centrale dépend de sa cible d'inflation et du niveau d'activité économique qu'elle souhaite atteindre. Une fois les paramètres de cette règle précisément fixés, la banque centrale doit suivre cette ligne directrice.

En somme, les économistes de la nouvelle macroéconomie keynésienne montrent que les déséquilibres peuvent être endogènes au fonctionnement des marchés et en ce, ils réincarnent l'économie keynésienne selon l'expression de Grégory Mankiv Cependant, le cadre de leur analyse et leur conclusion s'éloignent de l'analyse traditionnelle keynésienne Ils utilisent le cadre de la modélisation microéconomique en concurrence imparfaite qui leur permet de comprendre pourquoi les prix et les salaires sont fixes Le chômage proviendrait d'une asymétrie d'informations sur le marché du travail En termes de politique économique, la politique budgétaire ne doit être utilisée qu'avec parcimonie en cas de forte récession au risque d'aggraver le déficit public La politique monétaire peut parvenir à réguler l'économie, mais elle doit suivre une règle précise.

La véritable solution serait d'améliorer le fonctionnement de l'économie et des marchés. La crise de 2008 a contribué à modifier l'influence relative des différents courants de pensée. L'intervention massive des États et des banques centrales pour sauver le système financier a contribué à décriminaliser l'analyse libérale, partisan d'une autorégulation des marchés. Elle a néanmoins renforcé le poids de la nouvelle macroéconomie keynésienne.