Cours 30bis - Le modèle IS-LM, partie 2

ECONOMIE POLITIQUE · Semaine 6 : Les prolongements de l'analyse keynésienne (1)
Raccourcis : espace = play/pause · ←/→ = -/+ 5 sec

Bonjour à tous et bienvenue à ce cours sur le modèle ISLM en économie ouverte, que l'on appelle également le modèle Mundell-Fleming. Nous sommes toujours dans le chapitre 3 et nous abordons en section 3 partie 2 le modèle Mundell-Fleming. L'analyse keynésienne a été effectuée dans un contexte de repli des pays sur eux-mêmes. Elle s'est donc traduite par une analyse en économie fermée, sans importation ni exportation, et c'est ce qui a conduit au modèle ISLM en économie fermée.

Les années 1960 sont marquées par une ouverture importante des économies sur l'extérieur. Le commerce international se développe à un rythme deux fois plus rapide que la production. Les relations économiques internationales s'intensifient également. Deux économistes, Robert Alexander Mundell, un économiste canadien né en 1932, Nobel en 1999, qui enseigne aux États-Unis, ainsi que John Marcus Fleming, 1911-1976, un économiste britannique, directeur adjoint du Fonds monétaire international, le FMI. Ces deux économistes publient de façon indépendante, entre 1962 et 1963, des articles sur les effets à court terme des politiques monétaires et budgétaires, cette fois-ci dans le cadre d'une économie ouverte sur l'extérieur.

Leurs travaux sont rapportés dans les manuels comme le modèle Mangan-Fleming, qui est en fait une représentation du modèle ISLM en économie ouverte. Nous allons étudier successivement 1 les hypothèses de ce modèle, 2 ce modèle et 3 une des conséquences directes de ce modèle qui est le triangle des incompatibilités. 1 tout d'abord les hypothèses de ce modèle. La prise en compte de l'international se traduit par l'intégration de deux paramètres supplémentaires au modèle ISLM traditionnel. Tout d'abord le régime de change, puis le degré de mobilité du capital.

Que représentent ces deux concepts ? 1. Le régime de change. Le régime de change d'un pays décrit l'ensemble des règles de détermination des taux de change d'un pays ou d'un ensemble de pays. Deux grands types de régimes de change peuvent être mis en exergue. Le régime de change fixe et le régime de change flottant ou flexible. Dans un régime de change flottant, le taux de change de la monnaie évolue librement en fonction de l'offre et de la demande sur le marché des changes.

La monnaie n'a pas de parité officielle avec les autres monnaies. Depuis la conférence de la Jamaïque en 1976, les principales monnaies le dollar, l'euro, le yen, la livre sterling sont en change flottant les unes par rapport aux autres. Au contraire, dans un régime de change fixe, le taux de change d'une monnaie est déterminé par rapport à un étalon, souvent une monnaie ou un panier de monnaie. Le cours de la monnaie est donc fixé, on parle de cours pivot.

On peut prendre comme exemple de change fixe le cas de l'euro. Avant le passage du franc à l'euro, un cours pivot déterminait précisément la valeur d'une monnaie par rapport à une autre. Une certaine marge de fluctuation peut être autorisée autour du taux de change de référence de la monnaie. Au delà, la banque centrale est obligée d'intervenir pour défendre le cours pivot de sa monnaie au sein de la marge de fluctuation autorisée. Des modifications du cours pivot peuvent néanmoins être acceptées mais elles se traduisent alors par des dévaluations ou des révéalations.

Petit 2, on va regarder maintenant la notion de degré de mobilité du capital En ce qui concerne le degr de mobilit du capital on s ici la circulation du capital et donc de l d pays l Selon le choix des pays le degr de mobilit du capital est plus ou moins important Plus le degré de mobilité du capital est important, plus il est aisé d'implanter une usine à l'étranger, d'acheter un bien immobilier ou bien simplement des titres comme des actions ou des obligations à l'étranger.

Ces dernières années, la mobilité importante du capital contribue à une mise en concurrence de plus en plus féroce entre les pays. Leur politique fiscale et sociale a un rôle déterminant à l'heure où l'attractivité d'un pays en capital est devenu un enjeu crucial pour son développement et le soutien de la croissance. Attention, on a souvent un cas d'école en économie, théorique en tout cas, un cas extrême où le capital serait parfaitement mobile. Dans ce cas, les capitaux se déplacent instantanément d'un pays à l'autre pour s'établir là où la rémunération est la plus intéressante.

Il n'est alors plus possible pour un pays de maintenir durablement un écart de taux d'intérêt avec les taux d'intérêt internationaux, car alors tous les capitaux sortent ou rentrent instantanément. Étudions à présent le modèle de Mundell-Fleming. Grand 2 donc, le modèle de Mundell-Fleming. L'intégration du régime de change et du degré de mobilité du capital modifient les effets des politiques budgétaires et monétaires du modèle ISLM en économie fermée. Les principaux résultats sont résumés dans le tableau à double entrée suivant.

En colonne figurent la politique monétaire et la politique budgétaire. En ligne apparaissent les régimes de change, change fixe et change flexible. Les principales conclusions de ce modèle sont les suivantes. Le modèle de Mundell-Fleming montre qu'une politique monétaire est peu efficace en change fixe. Plus le capital est mobile, moins elle est efficace. Au contraire, elle devient efficace en change flexible, d'autant plus que la capitale est mobile. En revanche, c'est tout l'inverse pour une politique budgétaire. Elle est efficace en change fixe, d'autant plus que le capital est mobile.

Au contraire, elle devient inefficace en change flexible, d'autant plus que le capital est parfaitement mobile. Nous allons expliquer ces résultats en détaillant les raisonnements. En raison de leur complexité, qui selon votre niveau en économie peut vous apparaître effectivement un peu plus difficile à comprendre pour certains d'entre vous, j'ai décidé que le paragraphe suivant ne fera pas l'objet de questions d'examen. 1. Effet d'une politique monétaire expansive. En économie fermée, une politique monétaire expansive se traduit par une baisse des taux d'intérêt qui stimule l'investissement et la production et provoque donc un accroissement des revenus.

Si l'on ouvre maintenant l'économie et que l'on considère une économie ouverte, ces effets ont deux répercussions. La baisse des taux d'intérêt induit une fuite des capitaux, et puis l'accroissement du revenu induit au contraire une augmentation des importations. L'augmentation des importations et la fuite des capitaux induisent toutes deux une dépréciation du taux de change. La monnaie nationale se déprécie par rapport à la monnaie étrangère. Et donc, Donc selon le système de change, le résultat va différer. En change fixe, les autorités monétaires doivent maintenir la parité.

La banque centrale doit alors vendre des devises sur le marché des changes pour soutenir la monnaie du pays. Cette vente de devises contracte la masse monétaire qui revient alors à sa situation initiale et rend donc caduque les effets positifs de la politique monétaire qui devient inefficace. Au contraire en change flexible la d du change rend plus attractifs les produits nationaux Elle se traduit par une augmentation des exportations une baisse des importations et cela accroît le revenu national.

Petit 2. On va regarder maintenant les effets d'une politique budgétaire expansive. En économie fermée, on a vu qu'une telle politique conduisait à une une augmentation du revenu et à une hausse des taux d'intérêt. Qu'en est-il en économie ouverte ? D'une part, l'augmentation du revenu national accroît les importations. On appelle cet effet l'effet 1. Et si les importations augmentent, eh bien cela déprécie le change. L'augmentation du taux d'intérêt attire les capitaux. On parle ici d'effet 2, ce qui conduit au contraire ici à une appréciation du change.

On a donc ici deux effets contraires sur le change. Plus le capital est mobile, plus l'effet 2 l'emporte sur l'effet 1, ce qui apprécie le change. En change fixe, dès lors qu'il existe un peu de mobilité du capital, une politique budgétaire expansive permet d'augmenter le revenu national et d'atteindre le plein emploi. Plus la mobilité du capital est grande, plus cette politique est efficace. La politique monétaire ne fonctionne pas, car les autorités monétaires doivent intervenir sur le marché des changes pour maintenir la parité de leur monnaie, ce qui annihile tous ses effets bénéfiques.

En change flexible, les variations du taux de change rétablissent automatiquement l'équilibre sur le marché des changes. La politique monétaire expansive devient alors d'autant plus efficace que le capital est mobile. En revanche, une politique budgétaire est inefficace. Pour finir cette section, on va maintenant s'intéresser à ce que l'on appelle le triangle des incompatibilités qui va constituer notre grand 3. Les conclusions de Mundell Fleming conduisent à la célèbre analyse en termes de triangle des incompatibilités ou triangle de Möndel qui est développé dans les années 60.

Petit 1, qu'est-ce que le triangle des incompatibilités ? Dans une économie ouverte sur l'extérieur, ce triangle nous montre qu'une économie ne peut simultanément pas atteindre les trois objectifs suivants avoir un régime de change fixe ce qui est un atout pour les entreprises à la recherche d'un horizon clair disposer d'une politique monétaire autonome qui est un atout puisque l'indépendance de la politique monétaire permet au gouvernement de fixer le taux d'intérêt qu'il souhaite en fonction des besoins de leur économie Enfin, avoir une parfaite mobilité du capital, ce qui permet de placer son argent au taux le plus intéressant et de bénéficier d'opportunités de financement à bas prix.

Donc la parfaite mobilité du capital peut également être un atout pour une économie. Eh bien, on ne peut pas, avec le triangle des incompatibilités réussir à maintenir ces trois objectifs simultanément. En revanche, si l'un de ces objectifs est abandonné, et bien les deux autres deviennent réalisables. Ce principe fondamental se représente sous la forme d'un triangle. A chacun de ces sommets figure un objectif change fixe, indépendance de la politique monétaire et parfaite mobilité. du capital. Les pays peuvent donc se situer à trois endroits.

Si l'on regarde le graphique, en petit a le change est fixe, la politique monétaire est indépendante mais il y a contrôle des capitaux. En petit b le change est fixe, la mobilité du capital est parfaite mais il n'y a pas d'indépendance des banques centrales. Et puis en petit c, la politique monétaire est indépendante, le capital est parfaitement mobile et on est en change flottant. On va essayer maintenant de comprendre en petit 2 pourquoi ces trois objectifs sont incompatibles Prenons le cas d pays en change fixe qui ancre par exemple sa monnaie sur le dollar Il d de favoriser une parfaite mobilit du capital Il cherche aussi à garder une politique monétaire autonome.

En d'autres termes, sa propre banque centrale décide par le biais de sa politique monétaire du taux d'intérêt directeur le plus favorable au pays. On va appeler ce taux d'intérêt directeur de ce pays petit r. Il y a alors deux possibilités. Soit ce taux d'intérêt directeur petit r est supérieur au taux d'intérêt de la Fed, la banque centrale américaine et dans ce cas le pays attire tous les capitaux chez lui puisqu'il rémunère beaucoup plus le capital et si tous les capitaux vont dans ce pays et bien son taux de change et sa monnaie va s'apprécier par rapport au dollar.

Deuxième configuration au contraire ce taux d'intérêt est plus faible que le taux d'intérêt de la Fed. Dans ce cas, les capitaux migrent vers les Etats-Unis car ils n'ont qu'un intérêt à rester dans le pays qui rémunère moins le capital que les Etats-Unis. Dans ce cas, la monnaie de ce pays va se déprécier. On voit donc que quelle que soit la configuration, cela pose problème parce que le pays était en change fixe par rapport au dollar. Du coup son taux de change ne devait ni s'apprécier ni se déprécier par rapport au dollar.

Empiriquement, les pays qui ont cherché à maintenir ces trois objectifs ont toujours subi des crises. Le triangle des incompatibilités permet d'expliquer la crise asiatique qui a touché les pays de l'Asie du sud-est en 1997 et d'autres crises comme notamment la crise mexicaine de 1995. Petit 3, on va effectuer ce que l'on appelle une analyse historique. En effet, on s'aperçoit qu'historiquement les différentes régions du triangle représentent un certain nombre des étapes par lesquelles est passé le système monétaire international, le SMI.

Avant 1914, le système des talons or établissait des parités fixes entre les monnaies et l'or. Les capitaux circulant assez librement, les banques centrales devaient adapter les taux d'intérêt pour que le change ne se modifie pas. Cela représente la situation petit b sur le triangle des incompatibilités. Entre 1944 et 1971, suite à la conférence de Bretton Woods, les monnaies sont toutes définies par rapport au dollar selon des cours pivots fixes. Seul le dollar est convertible en or.

Les pays décident librement de leur politique monétaire, mais les capitaux ne circulent pas librement entre les pays. Cela caractérise la situation petit a sur le triangle des incompatibilités. Enfin, suite à la conférence de la Jamaïque en 1976, les principales monnaies sont en change flottant les unes par rapport aux autres. Les banques centrales sont autonomes et le capital mobile. Cela caractérise la situation C sur le triangle des incompatibilités. En ce qui concerne la zone euro, son taux de change est fixe.

En effet, si l'on considère tous les pays de la zone euro, il n'y a pas de fluctuation du taux de change. Le capital est parfaitement mobile et les pays n'ont pas de politique monétaire indépendant. Il y a une seule politique qui est fixée au niveau de la zone euro par la Banque Centrale Européenne. On peut donc considérer considérer qu'on est dans la situation b dans le triangle des incompatibilités. En conclusion de cette section, la modélisation en économie ouverte de Mandel-Fleming permet de relativiser les effets des politiques monétaires et budgétaires qui dépendent du régime de change et du degré de mobilité des capitaux.

Leur étude conduit par ailleurs à la célèbre analyse en termes de triangle des incompatibilités. Mis en évidence dans les années 60, le respect de ces grands principes demeure encore fondamental à l'heure actuelle.