Cours 21 - La concurrence pure et parfaite

ECONOMIE POLITIQUE · Semaine 4 : L'analyse néoclassique (2)
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Nous voici au point de départ de notre titre quatrième qui sera intégralement consacré à la contestation du libéralisme. Nous avions pris coutume dans les titres antécédents de planter le décor de l'époque. Nos socialistes, qu'ils fussent idéalistes ou marxistes, ont été grosso modo des contemporains des classiques. En d'autres termes, je ne reviendrai pas sur ce que je vous ai dit concernant l'époque et vous demandes de vous référer au chapitre premier du titre précédent qui s'intitulait « L'époque ».

En revanche, dans cette introduction, j'aimerais ajouter quelques petites touches qui vous feront comprendre pourquoi les mouvements de contestation ont éclos. Nous sommes à une époque de multiplication de tensions. D'abord une tension externe évidente car la Grande-Bretagne a jeté sa nasse sur le monde et donc le British leadership s'affirme. Nos économistes classiques avaient enseigné que la libre concurrence ferait que tout le monde tirerait son épingle du jeu. Mais ne voilà pas que la Grande-Bretagne, peu à peu mais de façon assurée, se place en position dominante.

Je vais vous lire quelques lignes d'une historienne. Yvette Catan, dans un ouvrage qu'elle avait commis, un ouvrage collectif, un dictionnaire d'histoire économique. Il y avait là un passage qui s'appelait, qui s'intitulait « Royaume-Uni, l'Empire ». Voici ces quelques lignes mais ô combien évocatrices. Au milieu du 19e siècle, et nous y sommes, la Grande-Bretagne est présente sur tous les continents. Cet empire n'est pas le résultat d'une politique coloniale délibérée mais est née des appétits des compagnies à chartes munies du monopole du commerce avec une région définie.

Elles finissaient par se rendre maîtresse de leurs zones d'action par la conquête comme ce fut le cas pour la compagnie de liste India en Inde. Certaines polonies furent acquises après des guerres victorieuses, ainsi le Canada français avait été enlevé à la France en 1763. En 1815, l'Angleterre reçut un grand nombre d'îles ou de points stratégiques qu'elle avait occupés durant les guerres contre Napoléon. Ascension, Malte, Céland, les Sechelles, l'île Maurice, la Malaisie, le Pape. En 1845, Borneo, un officier en retraite, s'était fait concéder avec le titre de Raja, fut rétrocéder à la Grande-Bretagne.

A ses acquisitions, s'ajoutaient les anciennes colonies des Indes occidentales, ses antilles arrachées à l'Espagne, colonisant des clins depuis la fin de l'esclavage 1848. On du fait venir des coulises de l'Inde pour travailler dans les plantations de la Barbade, de Trinidad et de la Jamaïque. Bref, au travers de ce texte, vous avez compris, la Grande-Bretagne a soit son hegemonie. D'autres tensions apparaissent. Des tensions intérieures sur le plan économique et sur le plan social. Sur le plan économique, parce que comprenez bien que les enseignements du libéralisme ne sont guères suivis dans l'effet, et surtout, les enseignements du libéralisme sont bien souvent contredis par l'effet.

Il reste, pardon, l'être morte dans la mesure où concentration industrielle et commerciale entravaient le libre jeu des forces de marché et venaient évidemment contredire l'hypothèse de la libre concurrence. De même dans le domaine monétaire, nous avons les principes tentatives, qui, on le sait, n'ont été appliqués que durant trois années. Et puis, ces préconisations classiques ont été aussi contredites par l'effet. On nous avait décrit une mécanique harmonieuse de laquelle devait découler un développement équilibré et une harmonie sociale.

Est-ce le cas au milieu du 19e siècle ? On nous avait dit que les équilibres devaient, pourvu qu'on leur laissait le temps, se rétablir et devenir de nouveau des équilibres pérennes. Est-ce le temps ? Est-ce l'époque où les crises se sont au contraire succédés ? À telle enseigne, quand 1861, un économiste français, Jouglard, est le premier à se pencher sur la notion de cycle économique. Crises ou tensions économiques, mais aussi tensions sociales. Tensions sociales, parce que nous avons une triple mutation qui opère.

Une mutation de classe, dans la mesure où l'aristocratie peu à peu le cède à l'économocratie, et pour s'en convaincre, il n'est que de se référer à la révolution française. Il y a là un ébranlement très profond et très réel de la hiérarchie sociale. Et ceux qui possèdent l'argent s'emparent peu à peu du pouvoir. Mutations de classe, mais aussi mutations de la démographie. Car cette démographie grouillante qui faisait si peur amaltuce, on va essayer de l'endiguer de quelque manière.

Et ainsi, par exemple, la ville de Versailles va-t-elle instituer des prix de tempérance, c'est-à-dire que l'on donnait de l'argent aux familles ouvrières qui n'avaient pas ou peu d'enfants, en quelque sorte des allocations familiales à l'envers. Et puis, une mutation de la société. Dans la mesure où cette société se trouve minée par une crise matérielle, des rémunérations honteuses, des conditions de vie intolérable, une hygiène pour le moins défectueuse quand elle était existante, une crise morale, car l'homme est tout simplement réduit à l'état de machine, et enfin une crise politique, parce que, peu à peu, la bourgeoisie devient la classe dirigeante.

On le comprend, les mutations sont très profondes. Extérieur, intérieur économique, intérieur social. Ceci sera de nature, à faire émerger des courants de pensée anti-libéraux. Et bien évidemment, parmi ces courants, n'il doute que le courant socialiste occupera une place de choix, encore que le socialisme fut décliné de différentes manières. En Grande-Bretagne, s'instaurera un socialisme de la négociation, bien compatible avec l'esprit, la mentalité britannique. Bref, on aura un socialisme réformiste, qui, quelque temps plus tard, fera en sorte que le parti travailliste sera carrément financé par les syndicats ouvriers.

Le socialisme allemand marquera la suprématie de l'état, et on le trouvera dans sa tendance planificatrice avec Robert Berthouse, ou bien dans sa tendance révolutionnaire avec Karl Marx. Et puis, le socialisme russe sera un socialisme tout emprunt d'anarchisme, mais un anarchisme lui aussi déclinable. Anarchisme nihiliste avec Bakounine, anarchisme déchaîné avec Netchaïev, anarchisme politique avec Kropotkin, anarchisme mystique avec Tolstoy. Et puis, l'ensemble de ces courants se trouveront transcendés, mais plus tard, par les écrits de Plekanov, mais surtout Dullianov dit Lenin.

Finalement, si les penseurs anti-libéraux ont été majoritairement socialistes qui peuvent le nier, il ne faut pas injurer l'histoire en ne mettant de citer d'autres auteurs qui, bien que non-socialistes, se proclamèrent anti-libéraux. En sorte que le titre quatrième de secours sera ventilé en trois chapitres, tout d'abord, nous verrons le socialisme idéaliste avec ses déclinaisons, ensuite nous verrons le socialisme marxien du à Karl Marx et à Friedrich Engels, et puis ensuite nous verrons ces mouvements contestataires non-socialistes non-marxiens, mais anti-libéraux.

Donc je vous propose trois types de réfutations. La réfutation socialiste, la réfutation marxiste, les réfutations thématiques.