Au-delà du texte de la Constitution, des différentes lectures de la Constitution, de la logique présidentialiste, du fait majoritaire et d'autres notions que l'on a déjà pu aborder, il y a aussi les acteurs de la Vème République, les acteurs politiques de la Vème République. Parmi eux, il y a les élus, les élus nationaux, les députés, les sénateurs, les ministres, les membres du gouvernement, le premier ministre, le président de la République Il y a aussi les élus locaux, notamment les maires Tout cet ensemble de personnes, d'acteurs politiques peut être étudié, notamment dans le cadre de la science politique, à travers l'étude de la professionnalisation des carrières politiques.
Également au sein de l'étude des carrières militantes, au sein des partis politiques. Également par rapport aux intérêts Comprendre pourquoi tel élu va défendre plutôt telle position ou telle réforme Faire des études dans le temps, faire des études comparées entre les partis Étudier également, par exemple, les professions à l'Assemblée nationale Étudier l'évolution de la représentativité de la représentation nationale Qu'elle soit à l'Assemblée ou au Sénat On peut étudier également la féminisation du personnel politique, que ce soit au sein du gouvernement, au sein des assemblées, des élus locaux, etc.
Et tout cet ensemble, il est principalement étudié en sciences politiques. Ce n'est donc pas l'objet de cette vidéo ni de ce cours. Vous pouvez l'étudier à travers d'autres cours. Il reste néanmoins un acteur politique, un type d'acteur politique qui est étudié en droit constitutionnel et qui est un acteur prépondérant de la vie politique sous la Vème République. Cet acteur, cet ensemble d'acteurs, c'est les partis politiques. Ce sont les partis politiques. Les partis politiques, on les étudie en droit constitutionnel parce qu'ils sont reconnus dans la Constitution.
Leur rôle est prévu à l'article 4 de la Constitution de la Ve République. C'est donc à ce titre que le droit constitutionnel se saisit de l'étude des partis politiques pour comprendre la Ve République. Ainsi, l'étude des partis politiques fait partie, c'est une part importante, prépondérante à certains égards de l'étude de la Ve République. C'est ce que je vais vous présenter dans cette vidéo. Alors l'étude des partis politiques, ici perçue au prisme du droit constitutionnel, s'inscrit à l'origine de la Ve République, dans une évolution de la IVe République d'une part, et d'autre part, dans l'évolution de la Vème République.
Alors commençons par les ruptures, les évolutions par rapport à la IVe République. Premièrement, le rôle constitutionnel des partis est prévu dans la constitution d'un Vème République pour la première fois dans l'histoire constitutionnelle en France Cette reconnaissance constitutionnelle porte précisément sur le rôle des partis politiques qui concourent à l'expression du suffrage des citoyens Cette reconnaissance constitutionnelle, cette constitutionnalisation des partis politiques Elle est donc de ce point de vue là une plus-value, une reconnaissance pour les partis politiques Mais cette reconnaissance elle est particulière Cette reconnaissance elle est particulière puisque elle est limitée Et elle vise à limiter les partis politiques Ceux-ci ne sont reconnus que comme faisant partie des acteurs qui concourent à l'expression du suffrage.
Ce ne sont donc pas les seuls acteurs et seulement leur rôle qui est limité à l'expression du suffrage. Alors que si vous étudiez les partis politiques en sciences politiques, vous découvrirez que les partis politiques ont de nombreuses autres fonctions dans la vie politique, que ce soit des fonctions idéologiques, des formations, des carrières militantes, la formation par rapport au militantisme, la formation par rapport à la structuration des réseaux d'idées entre le local et le national, etc. Donc cette reconnaissance constitutionnelle, on le voit, elle est limitative et elle correspond en fait à l'idée que s'en faisait le général de Gaulle.
Cette id du g de Gaulle par rapport au multipartisme de la 4 R et fonctionnement institutionnel de la 4 R dont on a vu qu avait conduit notamment l gouvernementale et une forme d parlementaire notamment caus par le multipartisme et le fonctionnement les jeux des partis au sein des institutions De plus, le général de Gaulle, dès son discours de Bayeux, avait conceptualisé le rôle du chef de l'État, du président de la République, au sein des institutions et du régime politique.
Ce rôle du chef de l'État, du président de la République, il s'inscrivait dans une logique au-dessus des partis, c'est-à-dire que le président de la République ne souffrait pas en quelque sorte d'une médiation à travers les partis politiques pour s'adresser au peuple. En l'espèce, très clairement, le général de Gaulle n'appréciait pas les partis politiques qu'il considérait comme une force limitant, le chef de l'État et les parlementaires d'ailleurs, une force de médiation qui créait une rupture de lien direct entre le chef de l'État et les citoyens et le peuple.
Le chef de l'État, selon le général de Gaulle, devait être un président au-dessus des partis. Un président au-dessus des partis, c'est-à-dire un président qui n'était pas soumis à un écran, un écran partisan en quelque sorte, entre le président et le peuple. Le général de Gaulle a donc souhaité que la Constitution marginalise leur rôle, minimise leur rôle. Cette conception d'un président au-dessus des partis explique donc la constitutionnalisation mais la marginalisation des partis politiques Elle se retrouve également dans la pratique gaullienne des institutions avec le recours à l'appel au peuple, le référendum gaullien Donc dans la pratique gaullienne du pouvoir au début de la Vème République Mais dans l'évolution de la Ve République, les partis politiques ont largement dépassé ce rôle.
Les partis ont, sous la Ve République, un rôle particulièrement important. Et c'est là le paradoxe, c'est là un paradoxe que je vais expliquer. Le paradoxe, il se trouve en fait dès 1962, et c'est paradoxal puisque c'est dès la décision du général de Gaulle, dès la révision constitutionnelle de 1962 visant à élire le président de la République directement par le peuple, au suffrage universel direct, et donc la volonté de s'extraire des partis politiques, que paradoxalement les partis politiques vont prendre leur essor, progressivement bien sûr, vont prendre leur essor pour devenir des rouages essentiels du pouvoir, y compris pour le président de la République.
Les conséquences vont donc être contraires. Les conséquences de la révision de 1962, et donc de l'élection du chef de l'État au suffrage universel direct, vont donc être contraires au souhait, à l'esprit souhaité par le général de Gaulle d'un président au-dessus des partis. Au contraire, à partir de 1962 et progressivement, les partis politiques vont être une donnée structurante de la vie politique. C'est-à-dire que la vie politique va se structurer autour des partis politiques, elle va se moderniser par et avec les partis politiques, de nouveaux enjeux vont se poser au sein des institutions comme le financement des partis politiques, etc.
On le voit donc, cette évolution de la Vème République, elle se fait avec les partis politiques, par les partis politiques, et donc en tenant compte des partis politiques, alors que initialement, le texte de 1958 et la volonté de 1962 étaient plutôt de s'extraire des partis politiques. Et pourtant, ce n'est pas ce qui s'est passé. Ce n'est pas ce qui s'est passé puisque les partis politiques vont connaître un essor important. Cet essor important ressort notamment des recherches du professeur Huck Portelli, qui a montré, à partir d'études empiriques variées, d'abord l'existence d'un phénomène de présidentialisation des partis politiques, que l'on va expliquer ensuite.
Deuxièmement, une relativité des effets des institutions sur les partis. Et troisièmement, l'usage des institutions par les partis. La relation entre les partis et les institutions correspond donc au phénomène de présidentialisation des partis politiques. Celle-ci peut donc se résumer à être définie ainsi, je cite le professeur Portelli, La présidentialisation est un phénomène d'interpénétration entre système politique national et sous-système partisan. La pr des partis politiques sous la Ve R n pas la cons directe et univoque des institutions sur les partis politiques L des institutions sur les partis ne correspond pas non plus l d nuanc par l des partis politiques La présidentialisation est plutôt le résultat de l'adaptation des partis politiques aux institutions, d'une part, et des stratégies des partis politiques, d'autre part.
Si l'on fait une présentation sur les grandes lignes seulement de la présidentialisation des partis politiques, que vous retrouverez à travers des enrichissements de manière plus précise et plus précisément évoquée, on peut s'attarder d'abord sur la logique institutionnelle adaptée par les partis politiques. C'est d'abord le style et le leadership du chef de l'État, le président de la République, qui a renforcé son rôle politique. Cette pratique du rôle du président et les croyances durables qui l'entourent permettent d'expliquer en partie, par exemple, le quinquennat, qui en est la suite logique.
On l'a déjà vu. Mais cela concerne également, le même objet mais perçu différemment, concerne la stratégie des partis politiques La centralité de l'élection présidentielle que l'on perçoit à travers les enjeux et les questionnements autour du quinquennat a des conséquences sur la vie même des partis politiques La centralité de l'élection présidentielle a des conséquences qui peuvent avoir une influence sur la vie même des partis politiques, sur les partis politiques qui peuvent être amenés à disparaître faute de leaders politiques pour l'élection présidentielle.
Les stratégies de candidature pour certains partis, par exemple pour les partis verts, le parti vert, Europe Écologie Les Verts et sa suite. Également à propos des difficultés de certains partis de gouvernement depuis 2017 à incarner un leadership pour l'élection présidentielle. Et de l'autre côté, l'évolution de nouveaux partis politiques que peuvent être par exemple la France Insoumise ou en 2017 la République En Marche, qui s'inscrivent véritablement comme des partis personnels construits autour et pour un leader politique dont la fonction principale, voire unique, est d'être candidat à l'élection présidentielle.
On assiste ainsi à une influence des institutions sur les partis politiques, ainsi que d'une évolution vers une présidentialisation des partis, qui est un choix stratégique des partis, qui mettent en avant, en première fonction principale des partis politiques et dans les institutions, la centralité de l'élection du président de la République. Cette centralité de l'élection du président de la République a également une influence sur la transformation des carrières politiques au sein des partis. En effet, l'organisation des partis politiques s'est transformée autour de l'élection présidentielle.
On remarque ainsi, dès 1980, la présidentialisation des partis politiques à travers la notion, le mot qui est utilisé, les écuries présidentielles. Les écuries présidentielles, c'est l'idée qu'au sein de chaque parti politique, les leaders se jaugent de manière intra-partisane, forment des écuries à l'intérieur même d'un parti. Ces écuries, elles ont une fonction, remporter le parti politique pour ensuite être candidat à l'élection présidentielle. Cette logique institutionnelle a aussi été adaptée par les partis politiques. Ce sont les partis politiques qui, au cœur du système politique, ont ainsi valorisé particulièrement et continuent de valoriser particulièrement aujourd'hui encore l'élection présidentielle.
Mais l'élection présidentielle aurait pu avoir une centralité moindre si la stratégie des partis politiques et de leurs leaders n'avait pas été de concourir pour les principaux leaders à l'élection présidentielle. On pense par exemple au phénomène de la cohabitation, aux périodes de cohabitation. On l'a vu, ces périodes de cohabitation tendent à un retour au texte de la Constitution, c'est-à-dire à un régime parlementaire plus classique, sans tendance présidentialiste, avec un régime primo-ministériel, c'est-à-dire un régime dont le premier ministre est celui qui conduit, détermine et conduit la politique de la nation qui s'appuie sur une majorité à l'Assemblée nationale.
Les leaders politiques que ce soit Jacques Chirac entre 1986 et 1988 que ce soit Balladur entre 1993 et 1995 que ce soit Lionel Jospin entre 1997 et 2002 ces trois leaders politiques qui ont premiers ministres avaient comme objectif non pas d premiers ministres mais bien de devenir pr de la R C'est pourquoi, même dans les périodes de cohabitation, le choix a été fait par les partis politiques, les stratégies des partis politiques, de continuer à mettre au premier plan l'élection présidentielle.
Ce faisant, la logique institutionnelle du régime, sa présidentialisation, elle a perduré parce que les stratégies des acteurs politiques étaient celles-ci, étaient de concourir pour leurs leaders principaux à l'élection du chef de l'État. Et donc cette centralité de l'élection, elle est certes prévue, on l'a vu dans la Constitution, mais elle est aussi déterminée, expliquée par le fait que les stratégies des partis politiques concourent, renforcent cette logique présidentielle de la Constitution. Ce sont en effet les partis, pour citer Huck Portelli, qui ont maintenu la primauté présidentielle au moment où celle-ci était sérieusement remise en cause par la cohabitation.
Cette évolution, elle se perçoit ensuite avec le quinquennat Elle se perçoit également après 2012 avec la création de nouveaux partis politiques Je le disais par exemple, LFI, la France Insoumise ou La République En Marche en 2017 et Emmanuel Macron Cette logique de création de nouveaux partis politiques centrés sur l'élection présidentielle présidentielle, elle renforce cette logique, cette lecture des institutions, ce choix stratégique des partis politiques, puisque ces nouveaux partis font en réalité le même choix que les anciens partis, que les partis de gouvernement classiques comme les Républicains ou le Parti socialiste, d'avoir une centralité de l'élection présidentielle.
Le phénomène des primaires pour désigner les candidats des partis politiques est un autre exemple de cette présidentialisation des partis politiques et comment les partis s'adaptent aux institutions. Un dernier exemple, c'est la question du financement des partis politiques. Le financement des partis politiques a été encadré par les institutions, par le droit notamment, et il est en quelque sorte une manière de percevoir comment les institutions contraignent également les partis politiques. Le financement des partis politiques, financement essentiellement public des partis politiques, il renvoie au fait que les partis politiques sont aussi soumis aux institutions.
Et c'est là un point important. Paradoxalement, en apparence, les partis sont en réalité complètement essentiels et indispensables aux institutions. Et donc, malgré leur faiblesse, leur défiance, le faible ancrage sociétal et populaire des partis politiques, par exemple le faible nombre de militants au sein des partis politiques, cette faiblesse ne se traduit pas par rapport aux institutions. Au contraire, les partis sont devenus des rouages indispensables aux institutions. « La force des partis politiques en France, leur caractère essentiel et nécessaire, dépend ainsi plus de la manière dont ils ont joué des institutions que de leur assise idéologique et ou militante et ou sociale et ou syndicale. » Les partis sont toujours davantage un rouage essentiel du pouvoir, et cela depuis 1962.
La relation des partis avec les institutions ainsi ne se fait pas à leur détriment. L'évolution entre les partis politiques et les institutions de la Ve République est ainsi mutuelle, car, pour citer Hugues Portelli, « Si la Constitution de la Ve République a peut-être été mise au service des partis politiques, ceux-ci, en retour, se sont mis au service de la Constitution. » Ainsi, on le voit, institutions et partis politiques s'influencent mutuellement et les deux concourent au même objectif, la stabilité du régime politique.