... Peut-être deux mots du contexte aussi pour Thomas Hobbes. On est au milieu du XVIIe siècle en Angleterre. Et en Angleterre, les guerres civiles sont extrêmement nombreuses. Des guerres civiles de nature religieuse sont très nombreuses au XVIIe siècle. Et donc Thomas Hobbes va lui aussi chercher un moyen d'une affirmation de l'État, une affirmation de l'obéissance pour mettre fin et pour dépasser le conflit religieux. Alors ce que je vais vous dire aujourd'hui est essentiellement extrait d'un livre qui a été publié en 1651 et qui est un livre très célèbre intitulé Le Léviathan.
Alors, Le Léviathan est un livre qui est tout à fait fondamental parce qu'il va faire basculer la pensée politique et la pensée juridique dans la modernité. Et en particulier, il va être certainement un des premiers à poser le principe de la loi comme unique expression du droit. Autrement dit, toutes les autres règles, celles qui ne sont pas d'un droit posé par le souverain, on considère que ce sont des règles qui peuvent être des règles très intéressantes, de morale, de bon comportement, de civilité, toutes sortes de règles, mais qui ne sont pas du droit.
Et ce qu'il va dire, c'est que la caractéristique du droit, c'est une règle qui fait l'objet d'une sanction. Si la sanction est différée dans l'au-delà, c'est-à-dire dans l'autre monde, ou si la sanction est simplement une sorte de réprobation sociale, ça n'est pas du droit. Le droit, c'est une loi qui fait l'objet d'une sanction par des juridictions et des juridictions qui, dans leur sentence, peuvent avoir recours légitimement à la force et en particulier, éventuellement, s'emparer du corps de quelqu'un, contraindre le corps de quelqu'un en le jetant en prison ou éventuellement en le tuant.
Alors, ce qui est aussi très caractéristique de la modernité de Thomas Hobbes, c'est son approche philosophique. Il ne va pas se situer dans un monde chargé d'histoire et de connaissances, il va se placer dans un monde un peu plus imaginaire. Au XVIIe siècle, on s'intéresse beaucoup à la technologie, aux nouvelles technologies et en particulier à la mécanique. Et lui va utiliser cette connaissance scientifique au service de la science sociale. En particulier, il va essayer de repérer quels sont les éléments premiers, les éléments les plus importants, les éléments premiers de l'organisation sociale. sociale et ensuite il va rebâtir un petit peu comme on construit une horloge qu'on aurait démontée d'abord et puis qu'on va remonter très exactement avec chaque ressort, il va essayer de comprendre la mécanique sociale.
Alors dans la phase de construction, plutôt d'identification des éléments premiers de société il va imaginer un état de nature et puis ensuite il va imaginer un deuxième moment qui sera celui du contrat social ou de la convention sociale. Alors examinons d'abord dans un premier paragraphe, l'état de nature. Il s'agit pour Hobbes d'imaginer ce qu'est l'homme en lui-même, c'est-à-dire l'homme dans la nature humaine la plus profonde, indépendamment de tout rapport de pouvoir indépendamment d'une histoire et indépendamment de l'ancrage dans la société.
Et il d l comme quelqu qui est d part peureux de la mort quelqu qui veut tout faire pour la mort mais il d l comme quelqu qui est un animal de désir, tourné vers sa jouissance personnelle, vers son intérêt personnel, vers la volonté de gloire, la volonté de possession et de domination. Et au fond, l'homme est un égoïste qui ne voit en l'autre homme qu'un rival. Donc il n'y a pas une conception du tout harmonieuse de la société, comme c'était le cas par exemple chez saint Thomas d'Aquin ou chez Aristote.
Ici, on est dans une société dure, une société de rivaux. C'est d'ailleurs pour ça que, quand on veut résumer la pensée de Hobbes, on retient cette idée, l'homme est un loup pour l'homme. Cette volonté à la fois de se préserver en vie et de faire valoir sa puissance pour le faire, c'est ce que Hobbes désigne comme étant le droit de nature, qu'il décrit au chapitre 14 de Léviathan. Voici la définition qu'il donne de ce droit de nature.
C'est la liberté qu'a chacun d'user comme il le veut de son pouvoir propre pour la préservation de sa propre nature, sa propre vie et en conséquence de faire tout ce qui conviendra, selon son jugement et sa propre raison, comme le moyen le mieux adapté à cette fin. Ce qui le conduit, évidemment, pour satisfaire ce désir, ce qui conduit chaque homme à faire la guerre aux autres, d'avoir recours à la violence, et ce qui conduit donc à ce fameux homo homini lupus est, c'est-à-dire l'homme est un loup pour l'homme.
Alors voyons maintenant dans un paragraphe 2 comment les choses évoluent. Paragraphe 2, donc la loi de nature et le covenant. Hobbes explique que l'homme n'est pas seulement cette espèce d'animal de désir et de volonté de puissance, l'homme est aussi animé par une passion supérieure à toutes les autres, qui est la passion de sa propre survie, c'est-à-dire cette passion de vouloir sauver sa peau. Et ici il ne s'agit plus du droit de nature mais d'une loi de nature dont Hobbes donne la définition suivante. une loi de nature est un précepte, une règle générale découverte par la raison, par laquelle il est interdit aux gens de faire ce qui mène à leur propre destruction et leur enlève le moyen de se préserver dans leur être.
Donc la loi de nature n'est pas un pouvoir, n'est pas une capacité, une latitude d'action, mais c'est une obligation, une obligation que la raison et la conscience de chacun reçoit, et cette obligation est celle de ne pas porter atteinte à la vie des autres. D'où cette distinction célèbre de Hobbes entre le droit et la loi, il le dit dans le chapitre 14, la loi et le droit diffèrent exactement comme l'obligation et la liberté qui ne sauraient coexister en un seul et même point.
Donc autant le fondement du droit de nature de cette liberté est très basique, très sommaire, très animal, très instinctif, la volonté de puissance, se préserver en vie par tous les moyens, autant la loi de nature est plus rationnelle, plus sophistiquée, plus civilisée. C'est quelque chose qui est une injonction de notre conscience de ne pas tuer les autres. et aussi peut-être cette idée qu'on a plutôt intérêt à ne pas tuer les autres pour ne pas être tué soi-même.
C'est-à-dire cette idée qu'il y a une raison en nous qui, en quelque sorte, arrive à contenir la pulsion de la gloire, la pulsion de la domination qui est celle du droit de nature Alors quand on est dans une soci sans il va y avoir cette difficult c que le droit de nature va l sur la loi de nature et on va assister à un système de guerre permanente, de guerre de tous contre tous et la description de l'état de nature que fait Thomas Hobbes et donc la description d'une sorte de guerre civile permanente, qui correspond en réalité à la description, sous une forme un peu stylisée, de l'Angleterre du XVIIe siècle, mais aussi de l'ensemble de l'Europe depuis le début des guerres de religion.
Alors, pour sortir de cette situation, celle du déploiement infini du droit de nature, la loi de nature nous invite à passer ce que Hobbes appelle un covenant, c'est-à-dire une convention qui va être à l'origine de la doctrine du contrat social. Ce covenant comporte trois phases qu'on va distinguer. En réalité, les deux premières phases se déroulent exactement au même moment, elles sont exactement superposées. Et puis, il y a la troisième phase qui, elle, est un petit peu postérieure.
Alors, la première phase, c'est très simple. c'est l'idée que l'ensemble du peuple, c'est-à-dire l'ensemble des individus, se métamorphose en quelque sorte en une unité. Donc d'une multitude, on passe à une unité qui est le peuple. exactement de la même manière que quand un parlement vote la loi on considère que la loi est votée par le parlement, une seule institution même si c'est une institution qui comporte plusieurs centaines de parlementaires, plusieurs centaines de députés et puis la deuxième phase qui est en fait concomitante et conjointe à cette constitution en une seule unité Chaque homme constitué en membre du peuple renonce à sa pleine liberté, renonce à la violence et habilite, autorise l'Eviathan à agir en son propre nom. autorise donc un représentant souverain, Léviathan, qui est en fait figuré comme un roi, qui agit au nom et à la place de chaque membre du peuple.
Et au fond, c'est cette idée que chaque homme ne renonce pas à la violence, simplement la violence dont il pouvait user à l'état de nature, va être une violence qui sera utilisée par l'Eviathan à l'état social. Pour bien comprendre cette dialectique, il suffit de comprendre la dialectique entre l'auteur et l'acteur. le peuple est l'auteur des décisions prises par Léviathan, qui est en quelque sorte simplement l'acteur qui va mettre en œuvre les décisions du peuple. Et donc quand Léviathan va avoir recours à la violence, la violence étatique, c'est en réalité parce qu'il aura été pour cela habilité par les auteurs qui sont le peuple l'ayant habilité lors de la deuxième phase du contrat social.
Il y a ici évidemment une très grande similitude et en même temps une très grande différence avec Jean Baudin. la similitude c'est que le souverain a le monopole de l'édiction du droit positif la grande différence avec Baudin c'est que désormais le pouvoir ne vient pas de Dieu mais il vient du peuple et donc en réalité dans la configuration et dans le modèle de Hobbes le grand absent c Dieu Dieu n plus partie prenante la politique alors que dans la conception tout de m de Baudin la l du roi ne venait pas du peuple mais elle venait bien de Dieu Alors la troisième phase de ce contrat, c'est une phase au cours de laquelle le peuple qui a habilité l'Eviathan, chaque membre du peuple devient aussi un sujet de l'Eviathan, c'est-à-dire qu'il doit une obéissance absolue à l'Eviathan.
Et il y a ici d'ailleurs un tour de force tout à fait extraordinaire de la part de Hobbes sur le plan logique. Il dit pourquoi peut-on exiger l'obéissance absolue des hommes à Léviathan ? Parce qu'en réalité en obéissant à Léviathan, on obéit aux auteurs, c'est-à-dire aux hommes et donc on s'obéit à soi-même. Donc obéir à Léviathan n'est autre chose qu'obéir à soi-même et c'est la raison pour laquelle résister aux ordres de Léviathan serait tout à fait absurde parce que résister aux ordres de Léviathan serait se résister à soi-même, c'est-à-dire se désobéir à soi-même, ce qui est logiquement impossible.
Voyons à présent, paragraphe 3, les enseignements juridiques de la théorie hobbienne ou hobbsienne, on peut dire les deux. Alors, les enseignements que l'on peut tirer de la théorie Hobbesienne, ou de la pensée de Hobbes, sont au nombre de trois. Premier enseignement, il n'existe d'autre droit que ce qui est issu de la volonté du souverain Léviathan. Donc tout le droit est dans la loi. Et ce qui caractérise cette loi, c'est qu'elle est sanctionnée. Deuxième enseignement, toutes les autres règles de comportement qui ne sont pas sanctionnées par le souverain ne sont pas du droit. ce peut être des règles de morale encore une fois des règles de civilité des règles sociales mais aussi des préceptes religieux peu importe et toutes ces règles ont leur mode de sanction qui est propre les règles de civilité par exemple c'est la désapprobation sociale les règles religieuses ça va être des sanctions internes comme des pénitences ou une excommunication, etc.
Les règles de morale, c'est peut-être la sanction, ça va être la souffrance que l'on va éprouver au regard de sa propre conscience. Et la règle de droit a pour caractéristique d'être sanctionnée institutionnellement par des tribunaux et puis ensuite par la légitimité du recours à la force. Puis le troisième enseignement, qui est très important pour Hobbes, c'est qu'il a encore un pied dans le monde de la pré-modernité, c'est-à-dire dans le monde de la conception de la monarchie comme un pouvoir absolu.
Au fond, le Léviathan de Hobbes et le souverain de Baudin ont tous les pouvoirs, donc il n'y a pas de difficulté là-dessus. Mais ce qui est très intéressant avec Hobbes, c'est que désormais, l'origine du pouvoir, la source du pouvoir, c'est le peuple. Et ce peuple, par définition, il peut à un moment donné cesser d'habiliter Léviathan. Et donc, en même temps que Hobbes fait de Léviathan un dieu, il dit que c'est un dieu mortel, en même temps qu'il en fait un dieu, il en fait aussi un colosse au pied d'argile, parce qu'il conceptualise, il pense la capacité à renverser le pouvoir politique.
Il pense la capacité, en réalité, à faire la révolution. Alors nous avons terminé cette vidéo sur Hobbes et puis la prochaine vidéo, on va la consacrer à la pensée juridique de Jean-Jacques Rousseau.